Il était une fois

La Comédie-Française en quelques dates

1670 : À Paris, trois troupes de théâtre rivales coexistent : celle du Marais, celle de l’Hôtel de Bourgogne et celle du Palais-Royal, dirigée par Molière.
1673 : Après la mort de Molière, les comédiens du Marais rejoignent sur ordre royal la troupe des comédiens de Molière, et cette nouvelle troupe s’installe à l’Hôtel Guénégaud, rue Mazarine.
1680 : Le 18 août, un ordre du roi, expédié de Charleville, enjoint aux deux dernières troupes de comédiens français établis dans Paris de jouer dorénavant ensemble.
Le 25 août, jonction entre les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et ceux de l’Hôtel Guénégaud – les comédiens de Molière, dont le chef est La Grange – qui donnent leur première représentation commune.
Le 21 octobre, une lettre de cachet, signée à Versailles, consacre la fondation d’une troupe unique, composée de vingt-sept comédiens et comédiennes choisis par le roi pour leur excellence, dans le but de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ». La troupe unique jouit du monopole des représentations en français à Paris et dans les faubourgs. À son répertoire figurent Corneille, Molière et Racine, mais aussi Rotrou, Scarron.
1681 : Le 5 janvier, les Comédiens-Français se lient entre eux par un acte d’association qui ne sera jamais remis en cause. La troupe réunit des comédiens fameux, tels que : Armande Béjart, Catherine De Brie, La Grange, Hubert, Du Croisy, Baron, Jeanne Beauval, Mlle Champmeslé – l’interprète favorite de Racine–, Poisson, etc.
1682 : Le 24 août, dotés d’un brevet de pension de 12 000 livres, ils vont connaître les avantages d’une protection de tutelle, mais en contrepartie de cette subvention, ils se trouvent plus étroitement assujettis aux caprices royaux. Le privilège des «Comédiens du roy » est souvent remis en cause par les troupes rivales, le théâtre de la Foire et surtout les Comédiens-Italiens. C’est par opposition à ceux-ci que se répand le nom de « Comédie-Française ».
1687 : Les comédiens reçoivent l’ordre de quitter leur théâtre, l’Hôtel Guénégaud, dont la proximité effarouche les ecclésiastiques du nouveau collège des Quatre-Nations (aujourd’hui l’Institut, quai Conti).
1689 : Après diverses tentatives infructueuses, la troupe s’installe rue des Fossés-Saint-Germain (n° 14 de l’actuelle rue de l’Ancienne-Comédie).
Le 18 avril, le théâtre construit par l’architecte François d’Orbay ouvre ses portes. Au répertoire figurent les comédiens-auteurs Champmeslé, Dancourt et Poisson, en compagnie de Dufresny, Regnard et Crébillon… Les succès n’empêchent pas la troupe de surmonter avec difficulté les années de crise de la fin du règne de Louis XIV.
1716 : L’avènement du Régent, avec un retour au luxe et au plaisir, contraint les Comédiens-Français à brandir leur monopole face à la troupe reconstituée des Comédiens-Italiens et au théâtre de la Foire qui prospère.
La compagnie renouvelée inscrit à son répertoire les premières tragédies de Voltaire, des oeuvres de Destouches, Gresset, Piron, Fagan, Nivelle de LaChaussée, créateur d’un nouveau genre dramatique, la « comédie larmoyante », et, en concurrence avec les Italiens, quelques unes des comédies de Marivaux.
Leurs interprètes ont pour nom Mlle Duclos, Mlle Dangeville, Adrienne Lecouvreur ; puis, au milieu du siècle, Mlles Clairon, Gaussin,Vestris, et les comédiens Lekain, Préville, Molé…

1756 - 1759 : Face à l’autorité des premiers Gentilshommes de la Chambre, chargés d’appliquer les nouveaux règlements mis en place en 1757 et 1766 par Louis XV qui a pris en charge les dettes de la société, les comédiens s’affirment, construisent de petites loges, d’un gros rapport, et, avec l’appui de Voltaire, débarrassent la scène des banquettes réservées aux spectateurs privilégiés.
La mise en scène, le décor, le costume, le jeu évoluent sous l’influence notamment de Lekain et Mlle Clairon vers plus de naturel et d’authenticité.
1770 : Les comédiens quittent leur théâtre vétuste et s’installent provisoirement dans la Salle des Machines du palais des Tuileries. Larive, Dazincourt, Fleury et Mlle Contat y connaissent leurs premiers succès.
1775 : Création du Barbier de Séville de Beaumarchais avec Préville dans le rôle de Figaro.
1778 : Apothéose de Voltaire. Son buste est couronné sur la scène en sa présence.
1782 : La troupe inaugure sa nouvelle salle du Faubourg-Saint-Germain (l’actuel Odéon), construite pour elle par les architectes Peyre et deWailly.
1784 : Création triomphale et tumultueuse du Mariage de Figaro de Beaumarchais, comédie annonciatrice de l’esprit révolutionnaire.

1789 : La Comédie-Française, à la suite des événements politiques, prend le nom de Théâtre de la Nation. La Révolution accorde aux comédiens les droits civils, mais elle met fin à la situation privilégiée de la Comédie.
Au cours de cette période, la Comédie-Française connaît tous les périls, la dissidence des comédiens « républicains», qui scinde la troupe : conduits par Talma, ils s’installent dans un théâtre récemment construit par Victor Louis, rue de Richelieu, dit « Théâtre de la République ».
1793 : Le 3 septembre, le patriotisme des comédiens « monarchistes » ayant été mis en cause par leur choix de répertoire, le Comité de salut public ordonne la fermeture de leur théâtre à l’Odéon, leur arrestation et la saisie de leurs papiers. Le dévouement d’un obscur acteur, Charles Labussière, employé au Comité de salut public, les sauve de la guillotine. La chute de Robespierre leur rend la liberté ; mais ruinés, sans salle de théâtre, les comédiens se dispersent dans d’éphémères troupes de Paris et de province.
1799 : La tempête politique apaisée, la réunion de la troupe est réalisée à l’instigation de l’écrivain François de Neufchâteau, devenu ministre de l’Intérieur, puis membre du Directoire. Le gouvernement concède à la société des Comédiens-Français le Théâtre Français de la République, rue de Richelieu.
Le 30 mai, la nouvelle Comédie-Française ouvre ses portes. Napoléon se fait le protecteur de la Comédie-Française.
1804 : Le 17 avril, les Comédiens-Français signent un nouvel acte de société.
1812 : Le 15 octobre, le décret de Moscou, signé par Napoléon, ratifie et complète les règlements établis. Dominés par Talma, les nouveaux sociétaires, parmi lesquels Mlle George et Mlle Duchesnois, se disputent les faveurs du public dans un répertoire classique éprouvé qui surclasse un répertoire contemporain médiocre.
1826 : La mort deTalma prive la troupe de sa principale étoile. Le répertoire en crise est prêt à accueillir les auteurs de la nouvelle école romantique.
1830 : Sous la direction du baron Taylor, commissaire du gouvernement, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Victor Hugo imposent le nouveau genre au répertoire : le drame romantique connaît son point culminant avec « la bataille » d’Hernani, le 25 février 1830, tandis qu’évoluent le jeu des acteurs, la mise en scène et la conception du décor.
1843 : L’échec des Burgraves de Victor Hugo laisse la place à des oeuvres de facture plus traditionnelle. La tragédie classique revient à la mode avec Rachel, véritable vedette d’une troupe renouvelée.
1849 : Le prince-président Louis Napoléon met fin à une longue période de flottement administratif et financier en créant la fonction d’administrateur, dépendant directement du ministère de l’Intérieur.
1850 : Les deux premiers administrateurs nommés, successivement Arsène Houssaye (1850-1856) et le baron Empis (1856-1859), font de la Comédie-Française la troupe ordinaire de l’Empereur.
1859-1871: Sous l’administration d’Édouard Thierry, une troupe homogène, où figure durant quelques mois la jeune Sarah Bernhardt, fait triompher la comédie bourgeoise et consacre des auteurs comme Banville, Ponsard, Émile Augier.
1870 : Pendant le siège de Paris, le foyer est transformé en lieu d’accueil des blessés.

1871-1885 : Le nouvel administrateur, Émile Perrin, ancien directeur de l’Opéra, attire à la Comédie-Française le Tout-Paris. Une troupe d’élite joue Hugo, Dumas fils, Pailleron, Bornier, Coppée et Erckmann-Chatrian dans les mises en scène somptueuses de l’administrateur.
1885-1913 : Les vingt-huit années de l’administration Claretie sont caractérisées par des difficultés financières, une troupe tragique plus brillante que la troupe comique, et un répertoire contemporain où domine la comédie de moeurs (Hervieu, Brieux, Lavedan, Donnay, Porto-Riche, Bataille, Mirbeau, de Flers et Caillavet).
1900 : L’incendie du théâtre fait errer la troupe de salle en salle pendant six mois.
1908 : Les Comédiens-Français, sous la direction artistique de Charles Le Bargy, collaborent aux premiers films des Studios des films d’art.
1913-1936 : Sous les administrations d’Albert Carré (ancien directeur de l’Opéra-Comique), puis de l’auteur dramatique Émile Fabre, la Comédie-Française vit une période de transition. Elle participe pendant la guerre aux représentations du Théâtre aux Armées, donne des galas à bénéfice et joue des oeuvres à caractère patriotique. Émile Fabre, malgré les crises financières et politiques de l’après-guerre, parvient à accueillir une nouvelle génération d’auteurs dramatiques (Jean-Jacques Bernard, Paul Raynal, André Obey). Il fait entrer au répertoire des auteurs étrangers (d’Annunzio et Ibsen).
1935 : La Comédie-Française participe aux premières retransmissions radiophoniques.

1936 : L’auteur dramatique Édouard Bourdet est nommé administrateur. Il est assisté par un comité consultatif composé des metteurs en scène issus du Cartel : Jacques Copeau, Gaston Baty, Charles Dullin et Louis Jouvet. Ces metteurs en scène apportent un regard neuf sur les classiques tandis que des auteurs contemporains français et étrangers – Giraudoux, Lenormand, Mauriac, Romain Rolland, Pirandello – font leur entrée en force au répertoire.
1940-1946 : Pendant la guerre vont se succéder les administrateurs Jacques Copeau, Jean-Louis Vaudoyer et, à la Libération, Pierre Dux. Ils s’efforcent de préserver l’intégrité et le prestige de la Comédie-Française pendant l’occupation allemande.
1946 : Un important décret accorde à la Comédie-Française l’exploitation de l’Odéon – appelé Salle Luxembourg pour le distinguer de la Salle Richelieu – et provoque le départ d’un groupe de sociétaires.
1946-1960 : Les administrateurs André Obey, Pierre-AiméTouchard, Pierre Descaves et Claude de Boisanger affrontent les différentes crises et accroissent le nombre des acteurs.
1959 : L’Odéon est retiré à la Comédie-Française.
1960-1970 : Maurice Escande ouvre le théâtre aux acteurs nouveaux et aux metteurs en scène extérieurs.
1970-1979 : Pierre Dux continue cette politique avec l’exploitation de l’Odéon, revenu à la Comédie-Française en 1971.
1979-1983 : Jacques Toja succède à Pierre Dux.
1983 : L’Odéon est retiré à la Comédie-Française. Nomination de Jean-Pierre Vincent comme administrateur.
1986 : Jean Le Poulain, sociétaire de la Comédie-Française, est nommé administrateur.
Le Théâtre national de l’Odéon est rattaché à la Comédie-Française.
1988 : Le 1er mars, décès de Jean Le Poulain.
Le 15 juin, Antoine Vitez est appelé aux fonctions d’administrateur général. L’Odéon est de nouveau retiré à la Comédie-Française.
1990 : Le 30 avril, Antoine Vitez disparaît brutalement.
Le 4 juillet, Jacques Lassalle est appelé aux fonctions d’administrateur général.
1993 : En août, nomination de Jean-Pierre Miquel pour un mandat de cinq ans. Ouverture du Théâtre du Vieux-Colombier (trois cents places), en qualité de deuxième salle de la Comédie-Française.
1994 : D’importants travaux de modernisation de la cage de scène et de réfection de la Salle Richelieu sont entrepris.
1995 : Les statuts sont modifiés. Le 1er avril, la Comédie-Française devient un Établissement public à caractère industriel et commercial (ÉPIC) placé sous la tutelle du ministre de la Culture.
1996 : Une troisième salle, le Studio-Théâtre (cent trente-six places), est inaugurée à l’automne au Carrousel du Louvre.
2001 : En août, nomination comme administrateur de Marcel Bozonnet.
2006 : Muriel Mayette lui succède.