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Les autographes de Molière sont très
rares. La Comédie-Française n'en possède qu'un seul:
une signature portée sur un document notarié. Ce document
aurait été découvert dans un lot de vieux papiers
achetés par un charcutier d'Auteuil. II a figuré le 18 juillet
1852 à la vente Fossé d'Arcosse, puis à la vente
de la collection Alfred Bovet le 19 juin 1884. C'est alors qu'il fut acquis
par Alexandre Dumas fils, qui en fit présent à la Comédie-Française
en décembre 1884.
© Collections Comédie-Française |
Acte notarié
de 1670 portant la signature de Molière |
Il s'agit d'une obligation passée dans les études
des notaires Lenormand et Moufle. Jean Mouchaingre et sa femme reconnaissent
avoir reçu 300 livres, à titre de prêt, de Charles
Rollet, procureur en Parlement, et s'engagent à rendre cette
somme dans six mois à dater du 31 août 1670. |
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Pour en garantir le paiement, Mouchaingre et sa femme consentent
à ce que la somme de 300 livres soit payée directement à
Rollet par Michel Baron, comédien de la Troupe du Roi, leur propre
débiteur pour une valeur égale, en raison de la vente à
lui faite d'habits de théâtre. « Poquelin, sieur de
Molière, demeurant rue Saint-Thomas-du-Louvre " se porte
caution pour Baron et accepte la responsabilité des Filandre à
l'égard de Rollet. Suivent les signatures de « J.B. Mouchaingre,
Angélique Meunier, J.B. P. Molière, C. Rollet " et
celles des notaires.
Cet acte met en cause plusieurs personnalités intéressantes. Jean-Baptiste Mouchaingre (ou Monchaingre), sieur de Filandre (ou Philandre) avait épousé en 1637 Angélique Meunier, comédienne. On trouve les traces de la troupe itinérante qu'il dirige, à Saumur en 1638, puis dans diverses villes des Pays-Bas, sous le titre de « Troupe de la reine de Suède ». En 1657, Filandre, « comédien du prince de Condé », est à Paris. Dorénavant, il parcourt la France, puis se fixe, vers 1670, en Anjou où il devient concierge du château du duc de Brissac. Son créancier, Charles Rollet, est le « fripon » immortalisé par Boileau (« J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon »). II s'occupait fréquemment des affaires des comédiens. Michel Baron avait dix-sept ans en 1670. Orphelin à neuf ans, prédestiné au théâtre par la célébrité de ses parents, son talent précoce et sa beauté, il était entré dans la troupe des Petits Comédiens du Dauphin et avait fait sensation à Paris en février 1666. Molière l'avait pris auprès de lui aussitôt et s'était attaché à cultiver ses dons éblouissants. L'adolescent avait débuté avec éclat à la Cour dans Mélicerte, en décembre 1666, mais l'hostilité manifeste de Mlle Molière l'avait décidé à se joindre à une troupe de province. A l'ouverture du Théâtre du Palais-Royal, à Pâques 1670, Baron, appelé dans la Troupe du Roi par une lettre royale, était revenu auprès de son maître et ami. La scène de Paris exigeait d'un comédien la possession d'une importante et riche garde-robe, d'où l'achat d'habits fait par Baron à Filandre qui quittait le théâtre. L'obligation de 300 livres n'était pas encore acquittée à la mort de Molière, et Rollet obtint une sentence du Châtelet à l'encontre de sa veuve. Quelques semaines après la mort de Molière, Baron avait abandonné la Troupe du Roi pour se joindre aux Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, et Mlle Molière n'avait aucune raison d'hésiter à rappeler à Baron la dette contractée. Le 3 juin 1673, le jeune comédien paya à Rollet les 300 livres dues augmentées des intérêts et des dépens du procès. |