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Retour accueil Histoire et Patrimoine de la Comédie-Française

 L'Avare

 

Comédie en 5 actes en prose de Molière

 

Distribution de l'entrée au répertoire
Distribution de la création

Vie de l'auteur

Paysage politique et culturel

Quantièmes

Représentations jusqu'en 1850

Mises en scène après 1850

Personnages

Liste des interprètes à la Comédie-Française

Représentations à la Cour

Liste des représentations extérieures

Liste des représentations en tournée

Bibliographie

Cinéma

Mises en scène extérieures
Anecdotes

Citations

Commentaires

Oeuvres en rapport

Cassettes audio et video

Sources

 

Distribution de l'entrée au répertoire :

Hôtel Guénégaud, lundi 2 septembre 1680 :

Distribution présumée (d'après la distribution indiquée dans le Répertoire des comédies françaises qui se peuvent jouer à la cour, 1685) :
Harpagon : Rosimond
Valère : La Grange
Cléante : Raisin ou Hubert
Maître Jacques : Du Croisy
La Flèche : Guérin
Élise : Mlle De Brie
Mariane : Mlle Guérin (Armande Béjart)
Frosine : Mlle Beauval ou Mlle La Grange
Recette : 564 livres

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Distribution de la création :

Théâtre du Palais-Royal, dimanche 9 septembre 1668

Distribution présumée :
Harpagon : Molière
Valère : Du Croisy
Cléante : La Grange
Maître Jacques : Hubert
La Flèche : Louis Béjart
Élise : Mlle De Brie (ou Armande Béjart)
Mariane : Armande Béjart ou Mlle De Brie
Frosine : Madeleine Béjart

Recette : 1069 livres 10 sols

Le décor :
« le théâtre est une salle, et sur le derrière un jardin. »

Accessoires :
« Il faut deux chiquenilles [sic], des lunettes, un balai, une batte, une cassette, une table, une robe, une chaise, un écritoire, du papier, deux flambeaux sur la table au 5e acte. »

Le costume de Molière :
« un manteau, chausses et pourpoint de satin noir garni de dentelle ronde de soir noire, chapeau, perruque, souliers. » (Inventaire après décès de Molière).

ROBINET, Lettre en vers à Madame , 15 septembre 1668 :

« J'avertis que le sieur Molière
[...]
Donne à présent sur son théâtre,
Où son génie est idolâtre,
Un Avare qui divertit,
Non pas certes pour un petit,
Mais au-delà ce qu'on peut dire ;
Car d'un bout à l'autre il fait rire.
Il parle en prose , et non en vers ;
Mais, nonobstant les goûts divers,
Cette prose est si théâtrale
Qu'en douceur les vers elle égale. »

Malgré des recettes peu élevées - la recette du 5 octobre est si faible ( 143 livres, 10 sols) que les comédiens ne daignent même pas la partager - la pièce est jouée 9 fois de suite, dont une fois (le 16 septembre) en présence de Monsieur, frère du roi, et de Madame. Du 2 au 7 novembre, les Comédiens sont appelés à Saint-Germain, où ils jouent 3 fois George Dandin et 1 fois l'Avare. Robinet qualifie la pièce « d'excellente »

Le public, dit-on, fut déconcerté par la forme de la pièce. Jusqu'alors on n'avait jamais donné de grande comédie en 5 actes en prose. Grimarest, le premier biographe de Molière, attribue le demi-échec de la pièce à son écriture en prose : « Comment ! disait M. le Duc de..., Molière est-il fou, et nous prend-il pour des benêts de nous faire essuyer cinq actes de prose ? A-t-on jamais vu plus d'extravagance ? Le moyen d'être diverti par de la prose ! »

La pièce est reprise en décembre, accompagnée d'une comédie aujourd'hui perdue, le Fin lourdaud, dont on ignore même l'auteur. Sans être exceptionnelles, les recettes sont convenables, et le succès de la pièce ira croissant au cours du temps.

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La Vie de l'auteur :

Après la maladie qui, en 1667, l'a éloigné de la scène, et l'interdiction qui a frappé la représentation de Tartuffe, l'année 1668 est une année productive dans la carrière de Molière. En janvier, pour faire sa cour au Roi et célébrer ses amours avec Mme de Montespan, il donne la comédie d'Amphitryon, imitée de Plaute, dont le succès à la ville va renflouer un peu les caisses du théâtre. Chargé avec Lully et Vigarani des fêtes de Versailles au mois de juillet, il compose les paroles de la Pastorale et George Dandin, créé et joué à la Cour avant d'être présenté au public parisien, à qui, en septembre, il propose l'Avare, comédie en 5 actes en prose, également imitée de Plaute, et dont la forme inusitée déconcerte les spectateurs, habitués à la grande comédie en vers.

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Le paysage politique et culturel :

1668 : fin de la guerre de Dévolution entre la France et la monarchie d'Espagne. Le 15 avril 1668, par la Paix de Saint-Germain, la France fait la paix avec la Triple Alliance récemment créée à La Haye par l'Angleterre, la Hollande et la Suède. Le Traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 2 mai, reprend à la France la Franche-Comté conquise par Condé en février, mais lui annexe une partie de la Flandre en compensation. Louis XIV affirme de plus en plus son autorité, confiant de nouvelles responsabilités à Colbert, désormais secrétaire d'État à la Maison du Roi . Louvois est secrétaire d'État à la Guerre.

Les Jansénistes et le Pape concluent la « Paix de l'Église ».

Racine donne les Plaideurs, sa seule comédie, très lointainement imitée d'Aristophane, et dont un personnage se nomme Dandin. La pièce est créée à l'Hôtel de Bourgogne fin octobre ou début décembre. Le 11 décembre, Mlle Du Parc, créatrice du rôle d'Andromaque, meurt à l'âge de trente-cinq ans.

La Fontaine publie le premier recueil des Fables (livres I à VI).

Mort de Nicolas Mignard, dit Mignard d'Avignon, auteur du portrait de Molière dans le rôle de César (la Mort de Pompée, Corneille).

Naissance de François Couperin.

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Quantièmes :

2448 représentations, depuis la création de la Comédie-Française

Nombre de représentations du vivant de l'auteur :

47 représentations (16 en 1668, 11 en 1669, 6 en 1670, 6 en 1671, 8 en 1672) + 3 représentations privées.

Nombre de représentations avant la constitution de la Comédie-Française : 39 représentations entre le 17 février 1673 et le 24 août 1680

Date de l'entrée au répertoire : lundi 9 septembre 1680

Répartition des quantièmes : 2448 répartis comme suit :
1680 - 1700 : 155
1701 - 1800 : 538
1801 - 1900 : 815
1901 - 1989 : 940

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Représentations jusqu'en 1850 :

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on joue Molière en costumes contemporains, sans recherche particulière. Les distributions exactes ne sont notées dans les Registres qu'à partir de 1765, date avant laquelle on est souvent réduit aux conjectures, en raison de la forte alternance des rôles pratiquée dans la troupe, selon la stricte hiérarchie des « chefs d'emploi », « emplois en second », etc.

Après la mort de Molière, Rosimond reprit le rôle d'Harpagon, en alternance avec Brécourt, après son retour dans la troupe. Guérin, second mari d'Armande Béjart, joua le rôle à son tour, Duchemin, dans les années 1720, s'y acquit une bonne réputation.

La première distribution complète inscrite dans les registres est celle du :

Lundi 18 novembre 1765

Harpagon
 : Bonneval
Cléante : Molé
Valère : Dauberval
Anselme : Bellemont
Maître Jacques : Préville
La Flèche : Augé
Mariane : Mlle Doligny
Élise : Mlle d'Epinay (Mme Molé)
Frosine : Mlle Le Kain
Maître Simon : Bouret
Le Commissaire : Feulie

L'Avare est joué tous les ans, sans renouvellement de la mise en scène, l'alternance des rôles suffisant à la diversification de l'interprétation. Mais jamais, jusqu'au milieu du XXe siècle, les modifications de la distribution ne suffiront à donner un éclairage différent de l'oeuvre prise dans son ensemble. Seul l'interprète principal, selon sa façon d'envisager le personnage, lui donne une coloration plus ou moins comique, plus ou moins dramatique. C'est l'exemple type de la pièce de répertoire qui se nourrit de traditions de jeu, jusqu'au jour où un metteur en scène, au XXe siècle, viendra bousculer ces traditions et proposer de nouvelles lectures de la pièce.

Quelques prises de rôle sont néanmoins importantes, comme celle de Grandmesnil, sans doute l'un des meilleurs interprètes d ‘Harpagon dans l'histoire de la Comédie-Française :

Lundi 13 septembre 1790 

Harpagon
 : Grandmesnil
Cléante : Dunant
Valère : Florence
Anselme : Dorival
Maître Jacques : La Rochelle
La Flèche : Champville
Mariane : Charlotte La Chassaigne
Élise : Mlle Lange
Frosine : Mlle La Chassaigne
Maître Simon : Marchand
Le Commissaire : Bellemont

Un mois après la réunion des Comédiens en 1799, la pièce est reprise avec le même protagoniste :

Mardi 25 juin 1799 

Harpagon
 : Grandmesnil
Cléante : Armand
Valère : Després
Anselme : Lacave
Maître Jacques : La Rochelle
La Flèche : Champville
Mariane : Mlle Mars cadette
Élise : Mlle Mars aînée
Frosine : Mlle La Chassaigne
Maître Simon : Bellemont
Le Commissaire : Berville

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Mises en scène après 1850 :

Vendredi 15 janvier 1886 : après Provost, Talbot, Got et Leloir, Laugier débute dans le rôle d'Harpagon

Harpagon : Laugier
Cléante : Delaunay
Valère : Prudhon
Anselme : Caristie Martel
Maître Jacques : Got
La Flèche : Coquelin cadet
Mariane : Mlle Müller
Élise : Mlle Barretta
Frosine : Mlle Granger
Maître Simon : Auguste Joliet
Le Commissaire : Villain

Samedi 30 septembre 1916 : nouveau décor

Harpagon : Maurice de Féraudy
Cléante : René Rocher
Valère : Maurice Lehmann
Anselme : Ravet
Maître Jacques : Léon Bernard
La Flèche : Croué
Mariane :
Elisabeth Nizan
Élise : Huguette Duflos
Frosine : Marie-Thérèse Kolb
Maître Simon : Falconnier
Le Commissaire : Lafon

Aucune indication concernant les décors, les costumes et la mise en scène ne figure dans les registres avant 1949. En 1922, Denis d'Inès joue pour la première fois Harpagon, rôle qu'il interprétera 288 fois jusqu'en 1954.

La reprise du lundi 2 avril 1945 présente une distribution largement renouvelée :

Harpagon : Denis d'Inès
Cléante : Julien Bertheau
Valère : Jean Chevrier
Anselme : Louis Seigner
Maître Jacques : Alfred Adam
La Flèche : Robert Manuel
Mariane : Thérèse Marney
Élise : Jeanne Sully
Frosine : Andrée de Chauveron
Maître Simon : Roger Rudel
Le Commissaire : Jean Le Goff

Mercredi 11 mai 1949:

Nouvelle présentation : mise en scène : Jean Meyer. Décor : Suzanne Reymond.
Costumes : Suzanne Lalique

Harpagon : Denis d'Inès
Cléante : Jacques Clancy
Valère : Jean Weber
Anselme : Chambreuil
Maître Jacques : Jean Meyer
La Flèche : Jacques Charon
Mariane : Gisèle Casadesus
Élise : Yvonne Gaudeau
Frosine : Béatrice Bretty
Maître Simon : Lemarchand
Le Commissaire : Georges Vitray

jeudi 14 janvier 1960:
Reprise pour les Matinées Classiques du Théâtre de Paris

Harpagon : Georges Chamarat
Cléante : Jean-Louis Jemma
Valère : Bernard Dhéran
Anselme : Georges Vitray
Maître Jacques : Jean-Louis Le Goff
La Flèche : Jean Piat
Mariane : Michèle Grellier
Élise : Régine Blaëss
Frosine : Lise Delamare
Maître Simon : Maurice Porterat
Le Commissaire : Marco-Behar

lundi 15 janvier 1962,
Nouvelle présentation, mise en scène de Jacques Mauclair, décor et costumes de Jacques Noël

Harpagon : Georges Chamarat, en alternance avec Michel Etcheverry
Cléante : Jacques Toja
Valère : Georges Descrières
Anselme : Michel Etcheverry, en alternance avec Henri Rollan
Maître Jacques : Jean-Claude Arnaud
La Flèche : Jean-Paul Roussillon
Mariane : Myriam Colombi
Élise : Geneviève Casile
Frosine : Lise Delamare
Maître Simon : Maurice Porterat
Le Commissaire : François Vibert

dimanche 14 septembre 1969 Nouvelle présentation, mise en scène de Jean-Paul Roussillon, décor et costumes de Savignac

Harpagon : Michel Aumont
Cléante : Jean-Pierre Barlier
Valère : Simon Eine
Anselme : Jacques Eyser
Maître Jacques : René Camoin
La Flèche : Alain Pralon
Mariane : Nicole Calfan
Élise : Ludmila Mikaël
Frosine : Françoise Seigner
Maître
Simon : Marco-Behar
Le Commissaire : René Arrieu

samedi 21 mars 1973 
Reprise, dans la même mise en scène

Harpagon : Michel Aumont
Cléante : Francis Huster
Valère : Simon Eine
Anselme : Louis Arbessier
Maître Jacques : Jean-Claude Arnaud
La Flèche : Jean-Paul Roussillon
Mariane : Isabelle Adjani
Élise : Ludmila Mikaël
Frosine : Rosy Varte
Maître Simon : Marco-Behar
Le Commissaire : René Arrieu

lundi 23 juin 1975
Reprise

Harpagon : Michel Aumont
Cléante : Raymond Acquaviva
Valère : Simon Eine
Anselme : Jacques Eyser
Maître Jacques : René Camoin
La Flèche : Jérôme Deschamps
Mariane : Catherine Chevallier
Élise : Béatrice Agenin
Frosine : Catherine Samie
Maître Simon : Marco-Behar
Le Commissaire : Marcel Tristani

vendredi 7 janvier 1983 
Reprise

Harpagon : Michel Aumont
Cléante : Jean-Philippe Puymartin
Valère : Simon Eine
Anselme : Louis Arbessier
Maître Jacques : Roland Bertin
La Flèche : Alain Pralon
Mariane : Anne Consigny
Élise : Béatrice Agenin
Frosine : Françoise Seigner
Maître Simon : Marco-Behar
Le Commissaire : Patrice Kerbrat

mardi 13 juin 1989 
Reprise

Harpagon : Michel Aumont
Cléante : Jean-Pierre Michaël
Valère : Michel Favory
Anselme : Michel Etcheverry
Maître Jacques : Dominique Rozan
La Flèche : Alain Pralon
Mariane : Véronique Vella
Élise : Catherine Sauval
Frosine : Françoise Seigner
Maître Simon : Jean-Paul Moulinot
Le Commissaire : Jean-François Rémi

samedi 4 mars 2000
Nouvelle présentation, mise en scène de Andrei Serban, décor et costumes de Marielle Bancou

Harpagon : Gérard Giroudon
Cléante : Eric Génovèse
Valère : Eric Ruf
Anselme : Roland Bertin
Maître Jacques : Bruno Raffaelli
La Flèche : Alexandre Pavloff
Mariane : Céline Samie
Elise : Florence Viala
Frosine : Muriel Mayette ou Claudie Guyot (en alternance)
Maître Simon et le commissaire : Malik Faraoun

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Personnages :

Harpagon : père de Cléante et d'Élise, et amoureux de Mariane
Le nom d'Harpagon est forgé d'après le verbe grec a r p a z w , qui signifie empoigner, griffer, et qui a donné, en ancien français les verbes harper (empoigner, saisir avec violence) et s'entreharper (attesté chez Scarron). De la même veine est le nom de M. Harpin, le receveur des tailles d'Angoulême dans la Comtesse d'Escarbagnas. Le nom d'Harpagon n'a pas été inventé par Molière. Adapté du verbe grec par Plaute dans le Trinummus (acte II, sc.1, v.214), il est utilisé pour désigner, parmi d'autres qualificatifs, l'amour vénal. Il figure aussi dans le dénouement ajouté par le savant bolonnais Urceus Codrus au manuscrit incomplet de l'Aulularia de Plaute, acte V, scène 2 : « Tenaces nimium dominos nostra aetas tulit, Quos harpagones, harpigias et tantalos vocare soleo... » (Ce temps-ci porte des maîtres un peu opiniâtres, que nous appelons communément Harpagons, Harpies et Tantales).

Cléante : fils d'Harpagon, amant de Mariane.
Plusieurs personnages masculins portent ce nom chez Molière, qu'ils soient jeunes premiers ou amoureux (L'Avare, le Malade imaginaire), ou homme de bon sens de la catégorie dite des « raisonneurs » (Tartuffe).

Valère : fils d'Anselme, et amant d'Élise.
Valerio et Ottavio sont les jeunes premiers amoureux de la troupe italienne qui partage la salle du Palais-Royal avec la troupe de Molière. Valère est donc tout naturellement le nom du jeune homme amoureux de la comédie. On le trouve à ce titre dans la Jalousie du Barbouillé, le Médecin volant, le Dépit amoureux, l'École des maris, Tartuffe et l'Avare.

Le rôle de domestique tenu par Valère dans l'Avare n'est pas un emploi servile. Les grands seigneurs avaient presque toujours auprès d'eux des gentilshommes domestiques qui les accompagnaient, leur servaient d'intendants ou de secrétaires. Tels étaient Racan chez le duc de Bellegarde, Daniel de Cosnac (futur archevêque d'Aix) chez le prince de Conti, Saint-Evremond chez le prince de Condé. Toutes proportions gardées, dans la riche maison d'Harpagon, Valère est un intendant dont la condition est supérieure à celle des serviteurs, comme l'est celle de Tartuffe dans la maison d'Orgon.

Frosine : femme d'intrigue.
Frosine est un diminutif du prénom Euphrosine, variante d'Euphrasie, dont l'étymologie rappelle la facilité de parole. Confidente d'Ascagne dans le Dépit amoureux, Frosine est dans l'Avare, comme la Nérine de Monsieur de Pourceaugnac, une « femme d'intrigue ».

A l'époque de Molière, il était encore courant de s'en remettre aux soins d'une entremetteuse pour arranger un mariage. Furetière, dans le Roman bourgeois (1666) énumère les sortes de mariages ainsi réalisés, selon les rangs des candidats, par les soins de la marieuse. Dufresny, en 1699, dans ses Amusements sérieux et comiques, justifie une telle pratique : « Tel autre qui n'a pas la force de se déterminer par lui-même s'en rapporte à la marieuse de son quartier, qui sait à point nommé le taux des établissements et le prix courant des filles à marier. Ces connaisseuses ont le talent d'assortir les conditions. » Héritière de la « maquerelle » (lena) de la comédie latine, l'entremetteuse est exploitée au théâtre dans la comédie italienne et française de la Renaissance, où, traditionnellement, elle convainc ses pratiques au moyen de flatteries exagérées ( I Suppositi, de l'Arioste, traduits en français en 1552 ; La Veuve, de Larivey, adaptée de la Vedova de Niccolà Buonaparte). L'une des plus célèbres entremetteuses du théâtre, et son expression littéraire la plus forte, est néanmoins espagnole. Il s'agit de la Célestine, de Fernando de Rojas (1502). On trouve ce type traditionnel dans la Satire XIII de Mathurin Régnier, (1612) sous le nom de Macette. Elle figure dans une pièce de Samuel Chappuzeau, intitulée la Dame d'intrigue ou l'Avare dupé, représentée en 1662 à l'Hôtel de Bourgogne. Au XVIIIe siècle, son emploi glissera vers le personnage de « revendeuse à la toilette », que l'on trouve chez Regnard, Dancourt et Lesage.

Mariane : amante de Cléante, et aimée d'Harpagon.
Personnage d'ingénue à la fois timide et déterminée que l'on trouve dans Tartuffe et dans L'Avare.

Élise : fille d'Harpagon, amante de Valère.
Molière a donné le nom d'Élise à l'une des protagonistes de la Critique de l'École des femmes personnage spirituel et de bon sens, maniant l'ironie à bon escient. Ainsi se nomme également la fille d'Harpagon, sensible et intelligente, dont la finesse psychologique dépasse le caractère habituel des jeunes « amoureuses » conventionnelles.

La Flèche : valet de Cléante.
Rappelle le type traditionnel du « servus currens » (esclave courant) de la comédie latine, personnage abondamment illustré par Plaute, serviteur agité, continuellement en mouvement, toujours menacé des pires châtiments par son maître et néanmoins d'une insolence réjouissante. Son sobriquet, comme le nom de Strobilus (tourbillon, ouragan) dans l'Aulularia, suggère la rapidité.

Anselme : père de Valère et de Mariane.
Nom à consonance méridionale porté par l'un des deux pères de L'Étourdi. Il désigne forcément un vieillard, et est ici le pseudonyme de Dom Thomas d'Alburcy, gentilhomme napolitain, reconnu pour le père de Valère et de Mariane.

Maître Jacques : cuisinier et cocher d'Harpagon.
Le personnage de Maître Jacques, cumulant plaisamment les fonctions de cocher et de cuisinier pour un maigre salaire et une piètre considération de la part de son maître, est devenu si célèbre que son nom désigne dans la langue populaire quiconque remplit en même temps plusieurs emplois différents.

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Liste des interprètes à la Comédie-Française :

Harpagon : Molière, Rosimond, Brécourt, [...], Guérin, [...], Duchemin, [...], Fierville, [...], La Thorillière, [...], Bonneval, Pin, Montfoulon , Fleury, Paillardelle, La Sozelière (D), Des Essarts, Verteuil (D), Courville, Broquin, Gernevalde (D), Gérard, Grandmesnil, Caumont, Ernest Vanhove, Devigny, Baudrier, Hamell, Cossard, Grandville, Guiaud, Prot (D), Duparai, Périer, Provost, Micheau, Joannis, Roger, Mauzin, Anselme Bert, Talbot, Kime, Got, Leloir, Clerh, Laugier, Coquelin cadet, Barral, Siblot, Féraudy, Reynal, Croué, Denis d'Inès, René Simon, Jean Meyer, Georges Chamarat, Michel Etcheverry, Michel Aumont, Gérard Giroudon.

Cléante : La Grange, Raisin, Hubert, [...], Dufresne, Legrand, [...], Dubois, [...], Drouin, Legrand de Belleville, [...], Chevalier, [...], Dalainville,[...], Molé, Vellenne, Monvel, Reymond, Fleury, Dunant, Saint-Fal, Florence, Armand, Michelot, David, Menjaud, Albert, Mirecour, Leroux, Dupuis, Delaunay, Candeilh, Métrême, Worms, Ariste, Claude Verdellet, Sénéchal, Boucher, Charpentier, Davrigny, Emile Dehelly, Charles Granval, Jacques Guilhène, René Rocher, Pierre Bertin, Jean Weber, Claude Lehmann, Julien Bertheau, Jacques Clancy, Pierre Gallon, Tony Jacquot, Jean-Louis Jemma, Daniel Dancourt, Michel Bernardy, Jacques Toja, Maurice Germain, Jean-Pierre Barlier, Francis Huster, Raymond Avquaviva, Philippe Etesse, Jean-Philippe Puymartin, Jean-Pierre Michaël, Eric Génovèse.

Valère : Du Croisy, La Grange, [...], Dufresne, [...], Dubreuil, [...], Bellecour, [...], Dauberval, Neuville, Dorival, Larive, Florence, Dunant, Després, Barbier, Saint-Fal, Firmin, Lecomte, Delafosse, Bouchet, Albert, Leroy, Geffroy, Rey, Brindeau, Mirecour, Garraud, Prudhon, Pierre Berton, Dupont-Vernon, Baillet, Worms, Le Bargy, Leitner, Marcel Dessonnes, Maurice Lehmann, Lagrenée, Emile Dehelly, Roger Monteaux, Pierre Fresnay, Pierre de Rigoult, Jean Martinelli, Jean Debucourt, Louis Seigner, Jean Chevrier, Jean Marsan, Paul-Emile Deiber, Bernard Noël, Jean Weber, Roland Alexandre, Gilbert Guiraud, Jean Deschamps, Bernard Dhéran, Michel Le Royer, Jacques Destoop, Jacques Toja, Georges Descrières, Claude Giraud, Denis Savignat, Serge Maillat, Simon Eine, Michel Favory, Eric Ruf.

Anselme : [...], Brizard, [...], Bellemont, Dalainval, Dusaulx, Charles Vanhove, Marsy, Dorival, Dugazon, Lacave, Florence, Ernest Vanhove, Saint-Fal, Duruissel, Colson, Saint-Aulaire, Desmousseaux, Brévanne, Auguste, Mainvielle, Maubant, Chéry, Gibeau, Caristie Martel, Hamel, Delaunay fils,

Ravet, Numa, Gerbault, Lafon, Reyval, Drain, Rognoni, Chambreuil, Lemarchand, Lucien Dubosq, Louis Seigner, Raoul-Henry, Georges Vitray, René Camoin, Louis Eymond, Michel Etcheverry, Henri Rollan, Marcel Tristani, François Chaumette, Jacques Eyser, Louis Arbessier, Roland Bertin.

 Maître Jacques : Hubert, Du Croisy, [...], Ponteuil, [...], La Thorillière fils, Poisson de Roinville, Legrand de Belleville, [...], Préville, Feulie, Augé, Dazincourt, Courville, La Rochelle, Dugazon, Michot, Thénard, Cartigny, Monrose, Lemelle, Faure, Samson, Regnier, Got, Riché, Louis Monrose, Seveste, Thiron, Coquelin cadet, Maurice de Féraudy, Jules Truffier, Auguste Joliet, Léon Bernard, Lafon, Rognoni, Lucien Dubosq, Lemarchand, Chambois, Echourin, Balpétré, Alfred Adam, Paul Bonifas, Georges Cusin, Georges Baconnet, Jean Meyer, Jean-Louis Le Goff, Jean-Claude Arnaud, Hervé Sand, Jacques Lorcey, René Camoin, Jean-Paul Moulinot, Jean-Paul Roussillon, Yves Pignot, Roland Bertin, Dominique Rozan, Bruno Raffaelli.

La Flèche : Louis Béjart, [...], Guérin, [...], Ponteuil, [...], La Thorillière, [...], Paul Poisson, [...], Baron fils, [...], Deschamps, [...], Augé, Feulie, Bouret, Dugazon, Dazincourt, La Rochelle, Champville, Dublin, Thénard, Faure, Cartigny, Monrose, Stockleit, Armand-Dailly, Riché, Got, Louis Monrose, Saint-Germain, Eugène Provost, Coquelin, Seveste, Coquelin cadet, Roger, Jules Truffier, Georges Berr, P. Veyret, Croué, André Brunot, Charles Granval, Hiéronimus, Rognoni, René Simon, Pierre Dux, Lucien Dubosq, Jean Meyer, Jacques Charon, Robert Manuel, Jean Piat, Teddy Bilis, Michel Aumont, Jean-Paul Roussillon, Max Fournel, Alain Pralon, Jérôme Deschamps, Pierre-Olivier Scotto, Gérard Giroudon, Alexandre Pavloff.

Mariane : Armande Béjart, Mlle De Brie, [...], Mlle Labatte, Mlle Balicourt, [...], Mlle Guéant, [...], Mlle Doligny, Mlle Contat, Mme Suin, Mlle Adélaïde (D), Mlle Olivier, Mlle Monrose (D.), Mlle Laurent, Mlle Masson, Charlotte (La Chassaigne), Mlle Mars, Mlle Hopkins, Mlle Volnais, Mlle Gros, Mlle Bourgoin, Rose Dupuis, Mlle Boissière (Mme Michelot), Mlle Devin (Mme Menjaud), Elisa Wenzel, Mlle Anaïs, Mlle Valette, Mlle Despréaux (Mme Allan-Despréaux), Virginie Bourbier, Eulalie Dupuis (Mme Geffroy), Mlle Saint-Ange, Mlle Plessy (Mme Arnould-Plessy), Mlle Weiss, Aglaé Larché, Mlle Noblet, Mlle Denain, Eugénie Worms, Mlle Solié, Mlle Théric, Berthe Savary, Emilie Dubois, Emma Fleury, Marie Royer, Rose Deschamps, Suzanne Reichenberg, Mlle Martin, Blanche Frémaux, Mlle Müller, Marie Leconte, Mlle Garrick, Ferdinande Bergé, Berthe Bovy, Mlle Lifraud, Elisabeth Nizan, Madeleine Renaud, Jeanne Sully, Marcelle Gabarre, Mony Dalmès, Thérèse Marney, Gisèle Casadesus, Micheline Boudet, Jacqueline Cartier, Jeanne Moreau, Denise Pezzani, Magali de Vendeuil, Claude Winter, Michèle Grellier, Danièle Ajoret, Régine Blaëss, Myriam Colombi, Géraldine Valmont, Catherine Hubeau, Edith Garnier, Nicole Calfan, Catherine Hiégel, Isabelle Adjani, Catherine Chevallier, Dominique Constanza, Anne Petit-Lagrange, Claude Mathieu, Anne Consigny, Véronique Vella, Céline Samie.

Élise : Mlle De Brie, Armande Béjart , [...], Mlle Quinault, [...], Mlle Sallé, [...], Mme Grandval, [...], Mlle Hus (Mme Lelièvre), Mlle D'Epinay (Mme Molé), Mme Préville, Mlle Vadé, Mme Suin, Mlle Olivier, Mlle Laveau, Mlle Laurent, Mlle Lange, Mlle Mézeray, Mlle Mars aînée, Mlle Baptiste, Mlle Duval-Desroziers, Mlle Gros, Mlle Dupuis, Mme Regnier, Mlle Devin (Mme Menjaud), Mlle Saint-Fal, Elisa Wenzel, Mlle Claret, Mlle Brocard, Mlle Mante, Mlle Despréaux (Mme Allan-Despréaux), Mlle Charton, Eulalie Dupuis (Mme Geffroy), Mlle Moralès, Elisa Verneuil, Mlle Plessy (Mme Arnould-Plessy), Mlle Béranger, Aglaé Larché, Mlle Rabut, Mlle Noblet, Emilie Guyon, Mlle Garique, Eugénie Worms, Mlle Denain, Mlle Loyo, Mlle Solié, Maria Favart, Delphine Fix, Emilie Dubois, Berthe Savary, Edile Riquer, Marie Royer, Zélia Ponsin (Mme Provost-Ponsin), Jeanne Tordeus, Mlle Lloyd, Gabrielle Tholer, Blanche Barretta, Mlle Fayolle, Marguerite Durand, Renée Du Minil, Jeanne Bertiny, Mlle Lainé-Luguet, Marguerite Moréno, Marcelle Géniat, Mlle Garrick, Ferdinande Bergé, Berthe Bovy, Gabrielle Robinne, Huguette Duflos, Clémence Valpreux, Jeanne Rémy, Marie Bell, Marcelle Romée, Jeanne Sully, Irène Brillant, Mary Morgan, Marcelle Gabarre, Yvonne Gaudeau, Hélène Bellanger, Marie Sabouret, Françoise Engel, Micheline Boudet, Régine Blaëss, Danielle Volle, Geneviève Casile, Alberte Aveline, Bérengère Dautun, Ludmila Mikaël, Béatrice Agenin, Claude Mathieu, Catherine Sauval, Florence Viala.

Frosine : Mlle Beauval, Mlle la Grange, [...], Mlle la Motte, [...], Mme Le Kain, Mlle Camouche, Mlle Livry, Mlle Durand, Mlle Démar, Mlle La Chassaigne, Mme Préville, Mme Drouin, Mlle Desbrosses, Mlle Devienne, Mlle Demerson, Mlle Dupont, Mlle Saint-Ange, Louise Thénard , Mlle Lebrun, Mlle Thierret, Mlle Varlet, Mlle Avenel, Augustine Brohan, Mlle Georgina (D.), Mlle de Saint-Hilaire, Mlle Bonval, Mlle Biron, Mlle Valérie, Mlle Granger, Dinah Félix, Zélia Ponsin (Mme Provost-Ponsin), Mlle Bianca, Mme Amel, Céline Montaland, Mlle Fayolle, Mlle Lynnès, Mary Kalb, Marie-Thérèse Kolb, Jane Even, Mlle Roseraie, Catherine Fonteney, Béatrix Dussane, Andrée de Chauveron, Jeanne Faber, Nadine Marziano, Germaine Kerjean, Béatrice Bretty, Line Noro, Lise Delamare, Suzanne Nivette, Marthe Alycia, Françoise Seigner, Denise Gence, Rosy Varte, Catherine Samie, Yvonne Gaudeau, Muriel Mayette, Claudie Guyot

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Représentations à la cour :

1681­- Fontainebleau, date incertaine
1682 - Saint-Germain en Laye, vendredi 10 avril
1685 - Versailles, jeudi 4 janvier
1687 - Versailles, vendredi 28 février. Fontainebleau, 9 novembre
1688 - Versailles, jeudi 12 février
1689 - Versailles, jeudi 27 octobre
1691 - Fontainebleau, lundi 24 septembre
1693 - Versailles, jeudi 26 novembre
1699 - Versailles, mardi 10 février
1706 - Versailles, jeudi 21 janvier
1707 - Versailles, lundi 24 janvier. Fontainebleau, date incertaine
1710 - Versailles, samedi 15 février
1725 - Versailles, jeudi 22 février. Fontainebleau, 3 octobre
1732 - Versailles, mercredi 16 janvier
1737 - Versailles, mardi 19 mars
1741 - Versailles, mercredi 8 novembre
1743 - Versailles, jeudi 28 février
1745 - Versailles, mardi 9 mars
1751 - Versailles, mardi 9 mars
1752 - Versailles, mardi 19 décembre
1755 - Versailles, mardi 28 janvier
1762 - Versailles, mardi 12 janvier
1764 - Fontainebleau, mardi 16 octobre
1774 - Versailles, mardi 4 janvier
1777 - Versailles, mardi 14 janvier
1778 - Versailles, mardi 17 février
1781 - Versailles, mardi 16 octobre
1783 - Versailles, mardi 1 er avril
1785 - Versailles, mardi 11 janvier
1806 - château de Saint-Cloud, jeudi 8 mai
1810 - château de Saint-Cloud, jeudi 30 août
1857 - château de Compiègne, mercredi 28 octobre

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Liste des représentations extérieures

1832 : 6 décembre, Théâtre de l'Odéon
1833 : 15 avril, Théâtre de l'Odéon
1835 : 15 février, Théâtre de l'Odéon
1870 : 6 mars, Théâtre du Châtelet, bénéfice de Randoux
1876 : 24 décembre, Théâtre historique, bénéfice de Randoux
1928 : 22 février, Vaugirard
1947 : 8 janvier, Palais de Chaillot
1948 : 15 novembre, Cité universitaire

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Liste des représentations en tournées :

1868 - 20 juillet. Lyon.
1er août . Marseille
1878 - 27 juin, Angleterre (Londres, Gaiety Theatre)
1919 - 15 et 16 décembre, Belgique (Liège et Bruxelles)
19 décembre, Pays-Bas (La Haye)
1922 - 22 mai , Angleterre (Londres)
9 juillet, Pézenas
1927 - 7 octobre, Le Havre
1929 - 23 mai, Espagne (Barcelone)
3, 15 et 16 décembre, Égypte (Le Caire)
1932 - 29 septembre, Suisse (Genève)
1933 - 9 juillet, Joigny, Théâtre de verdure
27 octobre, Strasbourg, Théâtre municipal
1941 - 5 janvier, Versailles
1947 - 14 juin, Montpellier
1949 - mai-juin, Italie (Rome, Florence, Venise, Milan, Turin)
1962 - avril, Belgique (Bruxelles, Anvers)
23 juillet, Orange
1966 - février-mars, États-Unis (New York et Washington)

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Bibliographie :

Édition originale :

L'Avare, comédie par J.B.P.Molière.

A Paris, Chez Jean Ribou, au Palais, vis-à-vis la Porte de l'Église de la Sainte Chapelle, à l'Image de S. Louis.

M.DC.LXIX. Avec Privilège du Roy ;

Robinet, Lettre en vers à Madame, 2 mars 1669 :

On vend l'Avare,
Poème en prose, encor, si rare,
Avec son beau George Dandin,
Dont il reçoit force dindin.
C'est chez Ribou qu'on les délivre,
Chacun pour une et demi-livre,
Prix fait, et ce sont vérités,
Ainsi que de petits pâtés.

Éditions :

L'Avare, mise en scène et commentaires de Charles Dullin, Paris, Ed. du Seuil, Coll . Mises en scène, 1946. Réimpr. Ed. d'Aujourd'hui, Coll. « les Introuvables », 1982.

L'Avare, préface de Roger Planchon, présentation de Charles Dullin, commentaires et notes de Jacques Morel, Paris, Librairie générale française, Le Livre de poche, 1986. 

L'Avare, Collection du répertoire, Paris, Comédie-Française, 1983.

Éditions de référence :
Voir dossier Misanthrope

Sur Molière :

Voir les précédents dossiers

A propos de l'Avare :

COUSIN d'Avalon - Harpagoniana, ou recueil d'Aventures, d'Anecdotes, et de traits plaisants, sérieux et comiques, sur les avares, entremêlés de pensées sur l'avarice tirées des meilleurs auteurs, avec des remarques et des notes, à Paris, chez Pigoreau, 1801

Jacques ARNAVON, Notes sur l'interprétation de l'Avare, Paris, Plon, 1923.

Sophie et Jacques DAUVIN, L'Avare de Molière. Paris, Hatier, Profil d'une oeuvre, 1979.

Marcel GUTWIRTH, The Unity of Molière's l'Avare, P.M.L.A., 1961, vol. 76.

Madeleine LAZARD, La Comédie humaniste et ses personnages, Paris, PUF, 1978.

Charles MAURON, Des métaphores obsédantes au mythe personnel. Introduction à la psychocritique, Paris, José Corti, 1963.

Charles MAURON, Psychanalyse du genre comique, Paris, José Corti, 1964.

Comédie-Française :

« Odieux mais humain », entretien avec Michel Aumont, In : Gazette du Français, n°4, février 1984.

Revue Comédie-Française, n°114, 115, 117, 118, 121-122, 1983 ; n°125-126, 1984 ; n°177, 1989.

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Sources de la pièce :

Aulularia (Plaute)

La source principale de la pièce est sans conteste, après le succès d'Amphitryon, imité de Plaute, une autre comédie du grand comique latin, Aulularia (la Marmite). Les Comédies de Plaute avaient été traduites et publiées en 1658, avec des remarques en latin et en français, en 4 volumes in-8, par Michel de Marolles, abbé de Villeloin. L'Aululaire ou l'avaricieux figure dans le premier volume de cette édition. Outre l'essentiel de l'intrigue, Molière a emprunté à Plaute trois des scènes essentielles de la pièce, celle qui met aux prises Harpagon et La Flèche (acte IV, scène 4 , Euclio/Strobilus), le monologue d'Harpagon (scène 9, acte IV, monologue d'Euclio), et la scène de quiproquo entre Harpagon, Maître Jacques, le commissaire et Valère

(scène 10, acte IV, Euclio/Lyconide).

Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. Cette formule de santé et d'économie était énoncée par les Latins par ses seules initiales : EVVNVVE (« Ede ut vivas, ne vivas ut edas » : « mange pour vivre, ne vis pas pour manger ». Elle est énoncée de façon plus littéraire par Cicéron, Rhétorique à Herennius, livre IV, ch. 28 : « Esse oportet ut vivas, non vivere ut edas » (il faut manger pour vivre non vivre pour manger). On attribuait un mot semblable à Socrate.

Charles Sorel (Histoire de Francion, 1622) : le pédant Hortensius cite la phrase en l'attribuant à Cicéron. A propos d'Hortensius, aussi avare que pédant, Charles Sorel note également un trait qui n'a pas échappé à Molière : « Hortensius étoit de ceux qui aimoient les sentences..., et principalement il estimoit celle-ci : Ne quid nimis (rien de trop], laquelle il avoit écrite au-dessus de la porte de sa cuisine »

Le père usurier du fils : Cette aventure était arrivée au président Maslon de Bercy et son fils et fut mise en comédie par Boisrobert.

Tallemant des Reaux raconte l'incident dans ses Historiettes : « De quelques-uns de ces contes-là, Boisrobert voulut faire une comédie qu'il appeloit le Père avaricieux. En quelques endroits, c'était le feu président de Bercy et son fils... Il feignoit qu'une femme qui avoit une belle fille, sous prétexte de plaider, attrapoit la jeunesse ; là entroit la rencontre du président de Bercy chez un notaire avec son fils qui cherchoit de l'argent à gros intérêts. Le père luy cria : « Ah ! desbauché, c'est toy ! » - « Ah ! vieux usurier, c'est vous ! » dit le fils. Boisrobert, étourdi à son ordinaire, alla dire en plusieurs lieux que c'étoit le président de Bercy qu'il entendoit. Bercy, qui est un brutal, alla prendre cela de travers, au lieu d'en rire... Le Roy vouloit que la pièce se jouast, et Boisrobert le vouloit prier de la luy commander en présence du Président. Cependant il n'osa la faire jouer ; je pense que M. de Matignon (fils du Maréchal) l'en pria ou luy fit sentir qu'il ne le trouveroit nullement bon. »

La pièce de Boisrobert fut publiée sous le titre de la Belle plaideuse :

Philippin : Il veut bien vous fournir les quinze mille francs ;
Mais, Monsieur, les deniers ne sont pas tous comptants.
Admirez le caprice injuste de cet homme !
Encor qu'au denier douze il preste cette somme,
Sur bonne caution, il n'a que mille escus
Qu'il donne argent comptant.
Ergaste : Où donc est le surplus ?
Philippin : Je ne sçay si je puis vous le conter sans rire.
Il dit que du cap Vert il lui vient un navire
Et fournit le surplus de la somme en guenons,
En fort gros perroquets, en douze gros canons,
Moitié fer, moitié fonte, et qu'on vend à la livre.

A propos de l'usure : les taux d'intérêt de l'argent étaient réglés par un édit du Parlement du 22 décembre 1665, qui fixait l'intérêt des rentes au denier vingt, soit à 5%. Le denier 18 (5 ½ %) est donc proche de la légalité. En revanche, le denier 5 (20 %) est franchement usuraire. Or pour 15.000 livres remboursables, Cléante ne toucherait réellement que 9. 000 livres, si l'on compte que la somme prêtée en argent comptant est déjà réduite à 12.000, le reste étant constitué des « nippes » dont La Flèche fait l'inventaire.

« sans dot » : La répétition comique de l'argument inattaquable brandi par Harpagon se trouve déjà chez Plaute, Aulularia ; le procédé est également exploité par Gelli, dans la Sporta, et par Larivey, dans le Morfondu.

Le monologue d'Harpagon :

Texte original de Plaute , Aulularia, acte IV, scène 9, vers 669-684, monologue d'Euclio, à qui un esclave a dérobé sa « marmite » pleine d'argent :

Perii ! interii ! obcidi ! Quo curram ? quo non curram ?
Tene, tene ! Quem ? Quis ? Nescio, nihil video, caecus eo, atque
Equidem quo eam, aut ubi sim, aut qui sim nequeo cim animo
Certum investigare. Obsecro vos ego mihi auxilio,
Oro, obtestor sitis, et hominem demonstretis qui eam abstulerit.
Qui vestitu et creta obcultant sese, atque sedent, quasi sint frugi...
Quid ais tu ? Tibi credere certum ‘st ; nam esse bonum e voltu cognosco.
Quid est ? Quid ridetis ? Gnovi omneis, scio fures esse heic complureis.
Hem, nemo habet horum ? Obcidisti. Dic igitur : quis habet ? Nescis ?
Heu me miserum, miserum ! perii ! male perditus, pessume ornatus eo.
Tantum gemiti et malae moestitiae hic dies mihi obtulit,
Famem et pauperiem : perditissimus ego sum omnium in terra.
Nam quid mihi opu'st vita, qui tantum auri perdidi,
Quod custodivi sedulo ? Egomet me defrudavi,
Animumque meum geniumque meum .....

Traduction par Pierre Grimal (Plaute, oeuvres complètes. Paris, Bibl. de la Pléiade. :

« Je suis fini, je suis mort, je suis assassiné. Où courir, où ne pas courir ? Arrêtez-le, arrêtez-le ! Qui ? Et par qui ? je ne sais, je ne vois rien, je suis aveugle ; où vais-je, où suis-je, qui suis-je, je ne suis plus certain de rien. Je vous en supplie, je vous le demande, je vous en conjure, secourez-moi, et montrez-moi l'homme qui me l'a enlevée. Que dis-tu, toi ? je veux te croire ; je vois à ton visage que tu es un honnête homme. Qu'y a-t-il ? Pourquoi riez-vous ? Je vous connais tous ; je sais qu'il y a ici beaucoup de voleurs qui, sous un vêtement blanchi, se dissimulent et sont assis à leur place, comme s'ils étaient de braves gens. Eh bien, personne, parmi les gens d'ici, ne l'a prise ? Tu m'as assassiné. Dis-moi, donc, qui est-ce qui l'a ? Tu ne le sais pas ? Ah, malheureux que je suis, tout est fini ! Je suis vraiment fini, et bien mal en point, tant ce jour m'a apporté de gémissements, de malheurs et de tristesse ! Et la faim, et la misère ! Je suis, de tous les vivants, le plus abandonné. A quoi me sert de vivre ? J'ai perdu tout l'or que je gardais si soigneusement ! Je me suis privé moi-même, moi, mon âme et mon génie... »

Pierre de Larivey, les Esprits, acte III, scène 6, monologue de Severin, retrouvant pleine de cailloux la bourse qu'il avait cachée pleine d'argent :

« Ô m'amour, t'es-tu bien portée ? Jésus ! qu'elle est légère ! Vierge Marie ! qu'est ceci qu'on a mis dedans ? Hélas ! je suis détruit, je suis perdu, je suis ruiné. Au voleur ! au larron ! au larron ! prenez-le ! arrêtez tous ceux qui passent, fermez les portes, les huis, les fenêtres. Misérable que je suis ! où cours-je ? à qui le dis-je ? je ne sais où je suis, que je fais, ni où je vas. Hélas ! mes amis, je me recommande à vous tous. Secourez-moi, je vous en prie ! je suis mort, je suis perdu. Enseignez-moi qui m'a dérobé mon âme, mon coeur et toute mon espérance. Que n'ai-je un licol pour me pendre ? car j'aime mieux mourir que vivre ainsi. Hélas ! elle est toute vuide. Vrai Dieu ! qui est ce cruel qui tout à un coup m'a ravi mes biens, mon honneur et ma vie ? Ah ! chétif que je suis, que ce jour m'a été malencontreux ! A quoi veux-je plus vivre, puisque j'ai perdu mes écus, que j'avois si soigneusement amassés, et que j'aimais et tenais plus chers que mes propres yeux ? mes écus, que j'avais épargnés retirant le pain de ma bouche, n'osant manger mon soûl ! et qu'un autre joït maintenant de mon mal et de mon dommage ! »

Le quiproquo cassette/Elise : Semblable procédé, déjà exploité par Plaute, se trouve dans le théâtre vénitien, l'opéra-comique Gilles ravisseur, et chez Larivey.

Le dénouement : voir les Tromperies, de Larivey.

Les désordres de Naples qui causent le l'exil de don Thomas d'Alburcy , alias le seigneur Anselme et de sa famille sont le soulèvement mené par le pêcheur Masaniello en 1647 contre le vice-roi, le duc d'Arcos, au profit du duc de Guise.

Un sombre fait divers : Jacques Tardieu, fameux lieutenant criminel, et sa femme, avares notoires, furent assassinés en 1665. Tallemant des Réaux raconte cette histoire sordide en donnant des détails dont Molière s'est souvenu. Parlant de Mme Tardieu, il écrit : « Sa mère, son mari et elle n'ont pour tous valets qu'un cocher ; le carrosse est si méchant et les chevaux aussi, qu'ils ne peuvent aller : la mère donne l'avoine elle-même ; ils ne mangent pas leur soûl. » Boileau a mis les personnages en scène dans une de ses satires.

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Cinéma : 1979, film de Jean Girault, avec Louis de Funès dans le rôle d'Harpagon

 

Mises en scène extérieures :

1913, Théâtre du Vieux-Colombier, mise en scène de Jacques Copeau avec, entre autres, Charles Dullin : Harpagon

1922, Théâtre de l'Atelier, mise en scène de Charles Dullin. Avec :
Harpagon : Charles Dullin 
Mariane : Marguerite Jamois
Élise : Simone Dulac
Frosine : Francine Mars
Cléante : Louis Allibert
Valère : Jean Mamy
Maître Jacques : M. Ferréol
La Flèche : Lucien Arnaud
Anselme : Antonin Artaud

1942, Théâtre Sarah-Bernhardt, mise en scène de Charles Dullin avec, entre autres : Harpagon : Charles Dullin

1952, Palais de Chaillot, mise en scène de Jean Vilar, décor et costumes de Léon Gischia avec :
Harpagon : Jean Vilar
Cléante : Jean-Pierre Darras
Élise : Monique Chaumette
Valère : Jean Topart
Mariane : Christiane Minazzoli
Frosine : Zanie Campan
La Flèche : Daniel Sorano

1962, Palais de Chaillot, reprise 

1964, Hôtel de Rohan (festival du Marais), reprise

1986, TNP Villeurbanne, mise en scène de Roger Planchon
avec :
Harpagon : Michel Serrault
Frosine : Annie Girardot
Mariane : Philippine Leroy-Beaulieu
Élise : Sylvie Orcier
Cléante
 : Pierre-Loup Rajot
Valère : Fabrice Eberhard
La Flèche :Wladimir Yordanoff
Maître Jacques : Jacques Boudet

1989, Théâtre du Marais, mise en scène de Jacques Mauclair, décor et costumes de Jacques Noël

1989, Lyon, Théâtre des Célestins, puis Paris, Théâtre de l'Atelier, mise en scène de Pierre Franck
avec :
Harpagon : Michel Bouquet
Frosine : Juliette Carré
Élise : Fabienne Tricottet
Valère : Charles Gonzalès
Mariane : Gwendoline Hamon, puis Clotilde Coureau
Cléante : John Arnold
La Flèche : Michel Gaccia
Maître Jacques : André Chaumeau
Anselme : Jacques Buron

1999, Théâtre National de Chaillot, mise en scène de Jérôme Savary
avec, entre autres :
Harpagon : Jacques Sereys
Frosine : Catherine Jacob

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Anecdotes :

  • A propos de la tapisserie de « Gombaut et Macée », proposée parmi les nippes pour compléter la somme à prêter à Cléante : Gombaut et Macée était une sorte d'Astrée populaire, en vogue à l'époque de Henri IV ;

On peut lire, dans un inventaire des biens du maréchal de La Meilleraye, rédigé en 1664 par Jean Poquelin, maître tapissier, consulté comme expert : « une tenture de tapisserie de Gombaut et Massée, contenant 8 pièces [...], prisée 1000 livres ». Peut-être Molière s'est-il souvenu de cette expertise réalisée par son père pour enrichir le catalogue hétéroclite des objets proposés à Cléante... 

  • Boileau et l'Avare ; Anecdotes dramatiques (Clément et Laporte, 1775)

Après que Racine se fut brouillé avec Molière, au sujet de la Demoiselle Du Parc qu'il enleva à ce dernier, pour la faire entrer à l'Hôtel de Bourgogne, Molière donna son Avare, où Despréaux fut des plus assidus. « Je vous vis dernièrement, lui dit Racine, à la pièce de Molière ; et vous riiez tout seul surle théâtre. Je vous estime trop, lui répondit son ami, pour croire que vous n'y ayez pas ri, du moins intérieurement. » 

  • L'Avare est sans doute la pièce de Molière à laquelle s'attachent le plus grand nombre de traditions de jeu, l'interprète principal ayant tout loisir de développer certains lazzi qui faisaient effet sur le public.

Pendant longtemps, les deux premières scènes ont été escamotées, la pièce commençant alors sur la scène entre la Flèche et Harpagon, au détriment de l'exposition, qui met en place les différents personnages, et permet notamment de comprendre la révolte des enfants contre leur père.

  • Exemple des jeux de scène introduits dans la pièce par la tradition : à la fin de la scène 4 de l'acte IV, où Maître Jacques intervient comme conciliateur entre le père et le fils : Harpagon :  «  Tu m'as fait plaisir, maître Jacques, et cela mérite une récompense. Va, je m'en souviendrai, je t'assure », l'interprète d'Harpagon tirait de sa poche non une bourse ou quelques pièces, mais un mouchoir dont il se mouchait ou s'épongeait, très grand et très voyant, ou minuscule et conforme à l'avarice du personnage.
  • L'acteur Préville, dans ses Mémoires, justifie la charge apportée à certains jeux de scène : « Si Harpagon n'est pas animé d'une violente colère, si la défiance qu'il a du valet de son fils ne semble pas lui avoir troublé la cervelle, que signifiera, après avoir visité les mains de ce valet, cette demande plaisante, montre-moi les autres. Il ne serait pas naturel que de sang-froid, il oubliât qu'il parle des mains de la Flèche et que pensant aux poches de ce valet, il exigeât voir les autres. Il s'en suit de ces observations qu'il est des rôles dans lesquels l'acteur serait insupportable s'il se contentait de les débiter sagement, et que la charge, loin d'être un défaut, est au contraire un degré de perfection dans la manière de rendre ces rôles. »  
  • Dans la scène 1 de l'acte III, lorsque Maître Jacques, interrogé sur le repas qu'il va proposer à la compagnie, se lance dans l'énumération des plats envisagés, les premières éditions se bornent aux incipit, laissant entendre que le reste est laissé à l'improvisation de l'acteur :

Maître Jacques : Hé bien ! il faudra quatre grands potages, et cinq assiettes. Potages... Entrées...
Harpagon : Que diable ! Voilà pour traiter toute une ville entière.
Maître Jacques : Rôt...
Harpagon : Ah ! traître, tu manges tout mon bien.
Maître Jacques : Entremets...

L'édition de 1682, procurée par La Grange, comble les lacunes au moyen d'un texte qui sans doute s'était fixé au cours des représentations :

Maître Jacques : Hé bien ! il faudra quatre grands potages, bien garnis, et cinq assiettes d'entrées. Potages : bisque, potage de perdrix aux choux verts, potage de santé, potage de canards aux navets. Entrées : fricassée de poulets, tourte de pigeonneaux, ris de veau, boudin blanc, et morilles.

Harpagon : Que diable ! voilà pour traiter toute une ville entière.

Maître Jacques : Rôt, dans un grandissime bassin, en pyramide : une grande longe de veau de rivière, trois faisans, trois poulardes grasses, douze pigeons de volière, douze poulets de grain, six lapereaux de garenne, douze perdreaux, deux douzaines de cailles, trois douzaines d'ortolans..."

Le jeu de la bougie : A la scène 5 de l'acte V, Harpagon, voyant deux bougies allumées, en souffle une. Le jeu de scène est mentionné dans l'édition de 1682, comme dans celle de 1734, qui publie toutes les didascalies. Traditionnellement il donnait lieu à un long gag plus ou moins heureusement exécuté.

L'acteur Grandmesnil, célèbre pour son interprétation saisissante du personnage d'Harpagon, immortalisée par le peintre Desoria et une gravure populaire de la série Hautecoeur-Martinet, écrit à ce propos, dans une lettre que cite Aimé-Martin dans son édition des oeuvres complètes de Molière (1845) : « les comédiens ont imaginé le jeu de la bougie, pour égayer une scène que le public n'écoute jamais sans quelque impatience. Voici comment ce jeu s'exécute : Harpagon éteint une des deux bougies placées sur la table du notaire. A peine a-t-il tourné le dos, que maître Jacques la rallume. Harpagon, la voyant brûler de nouveau, s'en empare, l'éteint, et la garde dans sa main. Mais pendant qu'il écoute, les deux bras croisés, la conversation d'Anselme et de Valère, maître Jacques passe derrière lui, et rallume la bougie. Un instant après, Harpagon décroise ses bras, voit la bougie brûler, la souffle, et la met dans la poche droite de son haut-de-chausses, où maître Jacques ne manque pas de la rallumer une quatrième fois. Enfin la main d'Harpagon rencontre la flamme de la bougie, etc. »

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Citations :

Harpagon : Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. Allons, que l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence. (Acte I, scène 3)

Harpagon : Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.
La Flèche : Les voilà.
Harpagon : Les autres.
La Flèche : Les autres ?
Harpagon : Oui.
La Flèche : Les voilà. (Acte I, scène 3)

La Flèche : La peste soit de l'avarice et des avaricieux ! (Acte I, scène 3)

Harpagon : Sans dot.
Valère : Il est vrai : cela ferme la bouche à tout, SANS DOT. Le moyen de résister à une raison comme celle-là ? (Acte I, scène 5)

Cléante : Voilà où les jeunes gens sont réduits par la maudite avarice des pères ; et on s'étonne, après cela, que les fils souhaitent qu'ils meurent. (Acte II, scène 1)

La Flèche : Le seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. (Acte II, scène 4)

Maître Jacques : Est-ce à votre cocher, monsieur, ou bien à votre cuisinier, que vous voulez parler   car je suis l'un et l'autre. (Acte III, scène 1)

Harpagon : Nous serons huit ou dix ; mais il ne faut prendre que huit : quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix. (Acte III, scène 1)

Valère : Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c'est un coupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes, que pour se bien montrer ami de ceux que l'on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne ; et que, suivant le dire d'un ancien, il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. (Acte III, scène 1)

Harpagon : Je te renonce pour mon fils.
Cléante : Soit.
Harpagon : Je te déshérite.
Cléante : Tout ce que vous voudrez.
Harpagon : Et je te donne ma malédiction.
Cléante : Je n'ai que faire de vos dons. (Acte IV, scène 5)

Harpagon :Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste Ciel ! je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N'est-il point là ? N'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin... Ah ! c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! on m'a privé de toi : et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde : sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ? que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute la maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu'on parle là ? De celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part sans doute au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après. (Acte IV, scène 7)

Anselme : Ô Ciel ! quels sont les traits de ta puissance ! et que tu fais bien voir qu'il n'appartient qu'à toi de faire des miracles ! Embrassez-moi, mes enfants, et mêlez tous deux vos transports à ceux de votre père. (Acte V, scène 5)

Anselme : Allons vite faire part de notre joie à votre mère.
Harpagon : Et moi, voir ma chère cassette. (Acte V, scène 6)

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Commentaires :

La Rochefoucauld, Maximes, 491.

L'extrême avarice se méprend presque toujours ; il n'y a point de passion qui s'éloigne plus souvent de son but ni sur qui le présent ait tant de pouvoir au préjudice de l'avenir. 

Fenelon, Lettre à l'Académie., VII.

J'aime bien mieux sa prose [de Molière] que ses vers. Par exemple , l'Avare est moins mal écrit que les pièces qui sont en vers. 

Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles. 1758

C'est un grand vice d'être avare et de prêter à usure, mais n'en est-ce pas un plus grand encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches, et, quand ce père irrité lui donne sa malédiction, de répondre, d'un air goguenard, qu'il n'a que faire de ses dons ? et la pièce où l'on fait aimer le fils insolent qui l'a faite en est-elle moins une école de mauvaises moeurs ?

Cailhava, L'Art de la Comédie, 1786

Quand Harpagon est absent, tout nous parle de son avarice ; quand il est sur la scène, il nous la peint dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait ; il n'en est pas distrait un seul moment même par son amour ; il est avare avec sa maîtresse autant et plus qu'avec tous les autres personnages. »

Goethe, Conversations avec Eckermann, vers 1825.

Entre toutes les pièces de Molière, l'Avare, dans lequel le vice détruit toute la piété qui unit le père et le fils, a une grandeur extraordinaire et est, à un haut degré, tragique.

Charles Dullin, Mise en scène de l'Avare. Paris, Ed. du Seuil, 1946.

Jouer la pièce, voilà la seule, l'unique tradition à laquelle je crois. Comment procéderai-je alors, pour établir une mise en scène directe, simple à exécuter, comme cela devait être à l'origine ? 

Émile Fabre, Notre Molière. 1951.

S'il est vrai que le public de l'Avare se trouva déconcerté, ce fut plutôt par le ton de la pièce, les querelles entre un père et son fils d'une véhémence jamais atteinte à ce jour. Il y avait là de quoi suffoquer les bons bourgeois et les personnes bien pensantes.

Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre. Paris, Flammarion, 1952.

Bourgeois sordide ou lyrique, tragique ou grotesque, les comédiens peuvent, sans rien changer à l'ordre de cette création, apporter dans cette tirade les larmes, grimaces, sanglots, hoquets, avec les modulations et les inflexions les plus diverses, faisant ainsi varier à l'infini, multipliant le personnage d'Harpagon, sans jamais l'atteindre ou l'épuiser.

Jean Vilar, De la tradition théâtrale. Paris, Gallimard, Idées , 1963.

La vérité est que certains ne nous pardonnent pas d'avoir sans théorie ni préméditation rendu à l'Avare la saveur de la farce. Et cela, en dépit de l'invraisemblable tradition du XIXe siècle, qui décida d'en faire un drame comico-réaliste, celui d'enfants épris de libertés dressés contre la contrainte égoïste des pères. Quelle sottise et quel pensum ! Le travail des répétitions m'a conduit à l'interprétation d'une oeuvre qui n'est pas loin d'être un vaudeville. C'était le jugement de Jouvet. J'ai dû me rendre à cette évidence à mon tour.

Roger Planchon, Préface à l'Avare. Paris, Livre de poche, 1985.

L'avarice n'est ni la donnée ni le moteur du personnage, mais une compensation : c'est, à la fin, sa consolation. Lorsque le rideau tombe, et pas avant, l'homme d'affaires est devenu un avare, c'est-à-dire le contraire d'un homme d'affaires. Ce n'est plus l'Harpagon du début qui expliquait à son fils que l'on doit faire « travailler » l'argent, c'est un homme qui, par compensation, trouve son plaisir à lécher, solitaire, des louis d'or. Et nous avons pour finir ce que le titre promettait : un avare.

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Oeuvres en rapport :

Quelques avares antérieurs à Molière :

ARISTOPHANE, Ploutos. Le personnage de Chrémyle semble être le premier « avare » de comédie.

PLAUTE, Auliularia.

Christopher MARLOWE, le Juif de Malte.

William SHAKESPEARE, Le Marchand de Venise.

Ben JONSON, Volpone.

BOISROBERT, La Belle plaideuse.

Le personnage de l'avare intervient dans de nombreux canevas de la Commedia dell'arte.

 

Les contemporains de Molière :

Après TALLEMANT des REAUX, dans ses Historiettes ( ), BOILEAU fustige l'avarice dans sa Satire X (1692) où il fait le portrait des époux Tardieu dont l'assassinat avait pu inspirer Molière.

« Dans la robe on vantait son illustre maison :
Il était plein d'esprit, de sens et de raison ;
Seulement pour l'argent un peu trop de faiblesse
De ces vertus en lui ravalait la noblesse.
Sa table toutefois, sans superfluité,
N'avait rien que d'honnête en sa frugalité.
Chez lui deux bons chevaux, de pareille encolure,
Trouvaient dans l'écurie une pleine pâture,
Et, du foin que leur bouche au râtelier laissait,
De surcroît une mule encor se nourrissait.
Mais cette soif de l'or qui le brûlait dans l'âme
Le fit enfin songer à choisir une femme,
Et l'honneur dans ce choix ne fut point regardé.
Vers son triste penchant son naturel guidé
Le fit, dans une avare et sordide famille,
Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une fille ;
Et sans trop s'enquérir d'où la laide venait,
Il sut, ce fut assez, l'argent qu'on lui donnait.
Rien ne le rebuta, ni sa vue éraillée,
Ni sa masse de chair bizarrement taillée :
Et trois cent mille francs avec elle obtenus
La firent à ses yeux plus belle que Vénus.
Il l'épouse ; et bientôt son hôtesse nouvelle,
Le prêchant, lui fit voir qu'il était, au prix d'elle,
Un vrai dissipateur, un parfait débauché.
Lui-même le sentit, reconnut son péché,
Se confessa prodigue, et plein de repentance,
Offrit sur ses avis de régler sa dépense.
Aussitôt de chez eux tout rôti disparut ;
Le pain bis, enfermé, d'une moitié décrut ;
Les deux chevaux, la mule, au marché s'envolèrent ;
Deux grand laquais, à jeun, sur le soir, s'en allèrent :
De ces coquins déjà l'on se trouvait lassé,
Et pour n'en plus revoir le reste fut chassé .
Deux servantes déjà, largement souffletées,
Avaient à coups de pied descendu les montées,
Et se voyant enfin hors de ce triste lieu,
Dans la rue en avaient rendu grâces à Dieu.
Un vieux valet restait, seul chéri de son maître,
Que toujours il servit, et qu'il avait vu naître,
Et qui, de quelque somme amassée au bon temps
Vivait encor chez eux, partie à ses dépens.
Sa vue embarrassait : il fallut s'en défaire ;
Il fut de la maison chassé comme un corsaire.
Voilà nos deux époux, sans valets, sans enfants,
Tous seuls dans leur logis libres et triomphants.
Alors on ne mit plus de borne à la lésine :
On condamna la cave, on ferma la cuisine ;
Pour ne s'en point servir aux plus rigoureux mois,
Dans le fond d'un grenier, on séquestra le bois.
L'un et l'autre dès lors vécut à l'aventure
Des présents qu'à l'abri de la magistrature
Le mari quelquefois des plaideurs extorquait,
Ou de ce que la femme aux voisins escroquait.
Mais pour bien mettre ici leur crasse en tout son lustre,
Il faut voir du logis sortir ce couple illustre :
Il faut voir le mari tout poudreux, tout souillé,
Couvert d'un vieux chapeau de cordon dépouillé,
Et de sa robe en vain de pièces rajeunie,
A pied dans les ruisseaux traînant l'ignominie.
Mais qui pourrait compter le nombre de haillons,
De pièces, de lambeaux, de sales guenillons,
De chiffons ramassés dans la plus noire ordure,
Dont la femme, aux bons jours, composait sa parure ?
Décrirai-je ses bas en trente endroits percés,
Ses souliers grimaçants, vingt fois rapetassés,
Ses coiffes d'où pendait au bout d'une ficelle
Un vieux masque pelé presque aussi hideux qu'elle ?
Peindrai-je son jupon bigarré de latin,
Qu'ensemble composaient trois thèses de satin,
Présent qu'en un procès sur certain privilège
Firent à son mari les régents d'un collège,
Et qui, sur cette jupe, à maint rieur encore
Derrière elle faisait dire Argumentabor ?
Mais peut-être j'invente une fable frivole.
Démens donc tout Paris, qui, prenant la parole,
Sur ce sujet encor de bons témoins pourvu,
Tout prêt à le prouver, te dira : Je l'ai vu ;
Vingt ans j'ai vu ce couple, uni d'un même vice,
A tous mes habitants montrer que l'avarice
Peut faire dans les biens trouver la pauvreté,
Et nous réduire à pis que la mendicité.
Des voleurs, qui chez eux pleins d'espérance entrèrent,
De cette triste vie enfin les délivrèrent :
Digne et funeste fruit du noeud le plus affreux
Dont l'hymen ait jamais uni deux malheureux ! »

LA FONTAINE, Fables, livre IV, 20, l'Avare qui a perdu son trésor

« L'usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu'eux,
Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L'homme au trésor caché qu'Esope nous propose,
Servira d'exemple à la chose.
Ce malheureux attendait,
Pour jouir de son bien, une seconde vie ;
Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait.
Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son coeur avec, n'ayant d'autre déduit
Que d'y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.
Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât,
On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât
A l'endroit où gisait cette somme enterrée.
Il y fit tant de tours qu'un fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire.
Notre avare, un beau jour, ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire,
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ces cris.
« C'est mon trésor que l'on m'a pris.
Votre trésor ? où pris ? - Tout joignant cette pierre.
- Eh ! sommes-nous en temps de guerre
Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
A toute heure, bons dieux ! ne tient-il qu'à cela ?
L'argent vient-il comme il s'en va ?
Je n'y touchais jamais. - Dites-moi donc, de grâce,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant. »

Livre XII, 3, le Thésauriseur et le singe.

« Un homme accumulait. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu'à la fureur.
Celui-ci ne songeait que ducats et pistoles.
Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles.
Pour sûreté de son trésor,
Notre Avare habitait un lieu dont Amphitrite
Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord.
Là, d'une volupté selon moi fort petite,
Et selon lui fort grande, il entassait toujours ;
Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche,
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche :
Car il trouvait toujours du mécompte à son fait.
Un gros Singe, plus sage, à mon sens, que son maître,
Jetait quelque doublon toujours par la fenêtre,
Et rendait le compte imparfait
La chambre, bien cadenassée,
Permettait de laisser l'argent sur le comptoir.
Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée
D'en faire un sacrifice au liquide manoir.
Quant à moi, lorsque je compare
Les plaisirs de ce Singe à ceux de cet Avare,
Je ne sais bonnement auxquels donner le prix.
Dom Bertrand gagnerait près de certains esprits ;
Les raisons en seraient trop longues à déduire.
Un jour donc l'Animal, qui ne songeait qu'à nuire,
Détachait du monceau tantôt quelque doublon,
Un jacobus, un ducaton
Et puis quelque noble à la rose ;
Éprouvait son adresse et sa force à jeter
Ces morceaux de métal, qui se font souhaiter
Par les humains sur toute chose.
S'il n'avait entendu son compteur à la fin
Mettre la clé dans la serrure,
Les ducats auraient tous pris le même chemin,
Et couru la même aventure ;
Il les aurait tous fait voler jusqu'au dernier
Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint financier
Qui n'en fait pas meilleur ouvrage ! »

La forme inusitée de L'Avare - en prose - engendra chez les puristes une grande démangeaison de mettre en vers une oeuvre qu'ils souhaitaient intégrer à la suite des grandes comédies (l'École des femmes, le Misanthrope, les Femmes savantes...). :

  • L'Avare, comédie de Molière en 5 actes, mise en vers, avec des changements, par M. Mailhol. Bouillon, impr. De la société typographique, 1775. Frontispice gravé par Bertin.
  • L'Avare, mis en vers par Louis Bonaparte, comte de Saint-Leu (père de Napoléon III), 1825.
  • L'Avare, comédie en 5 actes de J.B. Poquelin Molière, mise en vers par Antoine Rastoul. Avignon, impr. De Rastoul, 1836.
  • L'Avare, comédie en 5 actes de Molière, mise en vers par B. Esnault, membre de la société royale d'Arras. Paris, chez Léautey, 1845.
  • L'Avare, comédie de Molière en 5 actes, mise en vers par A. Malouin, administrateur de l'Hôpital général du Mans. Paris, Deserre, 1859. (Vendu au profit des Petites soeurs des pauvres).
  • L'Avare, mis en vers par Christian Ostrowski. Paris, Firmin-Didot, 1862.
  • Une autre adaptation en vers est attestée à Douai entre 1867 et 1869.

Le 15 décembre 1697, le Père Le Jay fit jouer par les écoliers du Collège Louis-Le-Grand une pièce latine, intitulée Philochrysus seu Avarus., à propos de laquelle il s'excusa d'avoir traité le sujet après Plaute et après Molière, « le prince de la Comédie française. »

Quelques avares postérieurs à Molière :

Carlo GOLDONI, Le Véritable ami, 1750.

L'Avare fastueux, comédie écrite en français pour les Comédiens Français, a été créé à Fontainebleau le 14 novembre 1776. Ni l'auteur ni les acteurs n'ont jugé bon de le faire entrer au répertoire courant de la Comédie-Française .

Alexandre POUCHKINE, Le Chevalier avare, 1830.

Honoré de BALZAC, Eugénie Grandet, 1833. (le père Grandet)

Gobseck, 1830 (l'usurier Gobseck).

Emile ZOLA, L'Argent, 1891. (Aristote Rougon, dit Saccard, l'usurier Busch)

Charles DICKENS, Un chant de Noël, 1843. (Scrooge)

Marcel PAGNOL, Topaze.

Jean DUTOURD, Au bon beurre.

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Cassettes audio et vidéo

Video :

L'Avare, mise en scène de Jean-Paul Roussillon, Comédie-Française, 1974, INA/Comédie-Française, La Mémoire des classiques. Diff. Film-Office.

Audio :

L'Avare, mise en scène de Jean-Paul Roussillon, deux versions enregistrées sur cassettes audio, en 1969 et en 1989, Radio-France, France-Culture.

L'Avare, mise en scène de Jean-Paul Roussillon, 1969, 3 disques IME, Pathé-Marconi. Réalisation de Pierre Hiégel.

CD EMI, Le Théâtre parisien, de Sarah Bernhardt à Sacha Guitry : monologue d