Distribution de l'entrée
au répertoire :
Hôtel Guénégaud, vendredi 4 octobre
1680 :
Distribution présumée (d'après
la distribution indiquée dans le Répertoire des comédies
françaises qui se peuvent jouer à la cour, 1685) :
M. Jourdain : Rosimond
Mme Jourdain : Hubert
Le Maître de musique : Hubert
Lucile : Mlle Guérin
Nicole : Mlle Beauval ou Mlle La Grange
Dorimène : Mlle De Brie
Cléonte : Dauvilliers
Dorante : La Grange
Covielle : Du Croisy
Le Maître de philosophie : Du Croisy
Le Maître d'armes : Guérin
Le Maître à danser : La Thorillière
Le Maître tailleur : Brécourt
Recette : 668 £

Distribution de la création :
Château de Chambord, mardi 14 octobre 1670, dans
la grande galerie
Puis, Théâtre du Palais-Royal, dimanche 23 novembre 1670,
avec tous les divertissements
(recette : 1397 livres)
Chorégraphie de Beauchamps
M. Jourdain : Molière
Mme Jourdain : Hubert
Le Maître de musique : Hubert
Lucile : Mlle Molière (Armande Béjart)
Nicole : Mlle Beauval
Dorimène : Mlle De Brie
Cléonte : La Grange
Dorante : La Thorillière
Covielle : Du Croisy
Le Maître de philosophie : Du Croisy
Le Maître d'armes : De Brie
Le Mufti : Lully (à la cour)
Lettre en vers à Monsieur, de Robinet,
18 octobre 1670:
Mardi, ballet et comédie,
Avec très bonne mélodie
Aux autres ébats succéda,
Où tout, dit-on, des mieux alla,
Par les soins des deux grands Baptistes,
Originaux et non copistes,
Comme on sait dans leur noble emploi,
Pour divertir notre grand Roi,
L'un par sa belle comédie,
Et l'autre par son harmonie.
Lettre en vers à Monsieur, de Robinet, 22 novembre 1670 :
« Mardi l'on y donne au public
De bout en bout et ric à ric,
Son charmant Bourgeois gentilhomme,
C'est-à-dire, presque tout comme
A Chambord, et dans Saint-Germain,
L'a vu notre grand Souverain :
Et même avec des Entrées
Du Ballet, des mieux préparées,
D'harmonieux et grands concerts,
Et tous les ornements divers.... »
Recette (23 novembre) : 1397 £
Décor :
« Le théâtre
est une chambre. Une ferme. Il faut une table pour le festin et une pour
le buffet. Les ustensiles pour la cérémonie. »
(d'après le Mémoire de Mahelot)
Costume de M. Jourdain :
« Une robe de
chambre rayée, doublée de taffetas aurore et vert, un haut-de-chausses
de panne rouge, une camisole de panne bleue, un bonnet de nuit et une
coiffe, des chausses et une écharpe de toile peinte et indienne,
une veste à la turque et un turban, un sabre, des chausses de brocard
musc garnies de rubans vert t aurore, et deux points de Sedan. Le pourpoint
de taffetas garni de dentelle d'argent faux. Le ceinturon, des bas
de soie verts, et des gants, avec un chapeau garni de plumes aurore et
vert. » (d'après l'Inventaire après
décès de Molière)
A la création, la comédie-ballet était
divisée en 3 actes, comme en témoigne le livret publié
en 1670 :
Musique :
La musique de Lully a été
conservée par André Philidor, dont le manuscrit est conservé
à la Bibliothèque du Conservatoire de musique. Lully interpréta
lui-même le rôle du Mufti, à Chambord et sans doute
aussi à Saint-Germain, sous le nom facétieux de Seigneur
Chiacheron. Quant à la chorégraphie, établie par
Beauchamps, elle fut renouvelée dès 1697 par La Montagne,
maître de ballet de la Comédie.
La musique de Lully ne plaisait pas à tout le
monde. En janvier 1716, Quinault l'aîné voulut la remplacer
par une autre de sa façon. « Cette pièce a été
représentée avec un succès très médiocre,
et les spectateurs ont trouvé fort mauvais que M. Quinault, qui
a de l'esprit, ait voulu en avoir plus que Molière, et qu'il
lui ait plu de changer les divertissements que cet illustre auteur avait
mis à propos dans sa comédie, pour leur en substituer de
son invention. Item, M. Quinault est musicien ; mais la musique de
M. de Lully lui déplaît : il en a composé tant
qu'il a pu de sa petite façon, et en a farci le Bourgeois
gentilhomme, ce qui a raisonnablement dégoûté
le public de cette comédie. » (Nouveau Mercure galant,
janvier 1716)
Ce fut un cuisant échec que les Comédiens
français n'effacèrent que par la brillante représentation
qu'ils donnèrent de la pièce en décembre 1716
au Palais-Royal, avec la collaboration des chanteurs et danseurs de l'Opéra.
Frais de production :
Voir Estat de la depence
faite pour la comédie-balet intitulée le Bourgeois
gentilhomme, dancé à Chambord au mois d'octobre
dernier [1670], et pour la répétition faite à
Saint-Germain au mois de novembre ensuivant, auquel estat est joinct la
depence de quelques comédies représentées à
Versailles pendant ledit mois de novembre 1670. Ce document est conservé
aux Archives nationales et a été publié par Jules
Claretie dans le journal le Temps (31 août 1880). Le total
des frais, principalement imputables au Bourgeois gentilhomme,
est de 49.404 livres 18 sols, comme considérable, si l'on
pense que le salaire journalier d'un ouvrier en 1680 était
de 15 sols.
Les Comédies-ballets de Molière :
les
Fâcheux (1661), le Mariage forcé (1664),
la Princesse d'Elide (1664),l'Amour médecin
(1665), Mélicerte, la Pastorale comique, le Sicilien ou
l'Amour-peintre (décembre 1666 - février
1667), George Dandin (1668), Monsieur de Pourceaugnac (1669),les
Amants magnifiques (1670), le Bourgeois gentilhomme (1670),
le Malade imaginaire (1673).

La Vie de l'auteur :
Du 30 janvier au 10 février, Molière est
chargé seul de l'organisation des divertissements royaux
de Saint-Germain-en-Laye. Le 4 février, la troupe crée les
Amants magnifiques, comédie-ballet à grand spectacle,
qui ne sera pas représentée à Paris. La réouverture
du Théâtre du Palais-Royal se fait le 18 février,
avec Tartuffe. A la fermeture traditionnelle de Pâques,
Louis Béjart se retire de la troupe avec une pension de mille livres.
Au mois d'avril, Molière signe les inventaires de la succession
de son père, Jean Poquelin, mort le 25 février 1669.
Le jeune Baron reprend sa place dans la troupe de Molière.
Scaramouche revient à Paris et attire la foule au Théâtre
du Palais-Royal, les jours où ne joue pas la troupe de Molière.
Molière, qui habite avec sa femme place du Palais-Royal, soupe
à plusieurs reprises avec ses amis italiens et l'auteur Palaprat
chez le peintre Vério, à qui est attribuée la célèbre
toile représentant « les farceurs français et
italiens peints en 1670 ».
Du 3 au 28 octobre , la troupe est appelée à
Chambord . La cour s'y installe le 9 et, le 14, a lieu la création
du Bourgeois gentilhomme, qui sera repris à Paris le 23
novembre. La pension royale est augmentée et passe à sept
mille livres. C'est l'apogée de la collaboration entre
Molière et Lully, à qui Molière prête même
de l'argent, à la mi-décembre.

Le paysage politique et culturel :
Louis XIV conclut en 1670 avec le roi d'Angleterre
le traité secret de Douvres dirigé contre la Hollande, dont
Guillaume d'Orange est nommé capitaine général.
Après l'aide apportée à la Crète par
un corps expéditionnaire français contre les Turcs, les
relations sont difficiles avec la Sublime Porte, qui a envoyé en
ambassade à Paris Soliman Aga, à la fin de 1669. Henriette
d'Angleterre, Madame, meurt brutalement le 30 juin. Bossuet prononce
à cette occasion sa plus célèbre Oraison funèbre.
Bourdaloue prêche l'avent à la cour. Mme de La Fayette
publie son roman Zayde, l'abbaye de Port-Royal procure
la première édition des Pensées de Pascal.
Racine et Corneille s'affrontent à la scène en traitant
le même sujet : Bérénice, de Racine
est créée à l'Hôtel de Bourgogne, Tite
et Bérénice, de Corneille au Théâtre du
Palais-Royal. Claude Perrault achève la colonnade du Louvre, tandis
que Mansard succède à Le Vau à la tête des
travaux de Versailles. Colbert, dont Nanteuil réalise un portrait,
se fait construire le château de Sceaux. Le physicien Mariotte découvre
la loi des gaz.
L'ambassade de Soliman Aga :
Louis XIV, pour éblouir l'envoyé de
la Sublime Porte, le reçut d'une manière splendide
dans la galerie du Château-Neuf à Saint-Germain : « Il
y avait au bout de cette charmante galerie, un trône d'argent,
élevé sur une estrade de quatre degrés, et le Roi
y paraissait dans toute sa majesté, revêtu d'un brocart
d'or, mais tellement couvert de diamants, qu'il semblait qu'il
fût environné de lumière, en ayant aussi un chapeau
tout brillant, avec un bouquet de plumes des plus magnifiques. »
(Gazette, 19 décembre 1669, p.1197)
« Tout ce qu'on avait préparé
pour frapper les yeux de l' Ambassadeur ne les frappa point. On
remarqua qu'il sortit avec un air chagrin de ce qu'on ne lui
avait pas accordé tout ce qu'il avait demandé. Il
s'était mis en tête que tout ce superbe appareil n'avait
été étalé que pour braver en quelque sorte
le faste ottoman, et il crut s'en venger en ne jetant pas les yeux
dessus. On avait même observé la même chose dans ses
domestiques, à qui on prétendait qu'il avait défendu
de rien regarder. » (chevalier d'Arvieux, Mémoires,
1735).

Quantièmes :1429
Nombre de représentations du vivant de l'auteur :
6 représentations en décembre 1670, 28 en 1671, 8 en 1672,
soit 42 représentations
Nombre de représentations avant la constitution
de la Comédie-Française :
1674 - 1680 : 40 représentations
Date de l'entrée au répertoire :
Vendredi 4 octobre 1680
Répartition des quantièmes : 1429
répartis comme suit
1680-1700 : 91
1701-1800 : 201
1801-1900 : 245
1901-1999 : 892

Représentations jusqu'en 1850 :
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on joue Molière
en costumes contemporains, sans recherche particulière. Les distributions
exactes ne sont notées dans les Registres qu'à partir
de 1765, date avant laquelle on est souvent réduit aux conjectures,
en raison de la forte alternance des rôles pratiquée dans
la troupe, selon la stricte hiérarchie des « chefs d'emploi »,
« emplois en second », etc.
30 décembre 1716 : sur le
théâtre du Palais-Royal, chez le Régent : avec
l'aide des chanteurs et danseurs de l'Opéra :
« jamais spectacle n'a été plus brillant,
mieux exécuté et plus suivi. Il est certain que les secours
que lui a fournis l'Opéra ont orné infiniment cette
pièce. » (Nouveau Mercure, janvier 1717) »
Vendredi 8 août 1721 : représentation
gratis donnée pour célébrer le rétablissement
de la santé de Louis XV. Le comédien Poissson, interprète
de M. Jourdain y but à la santé du jeune roi. (voir le
Mercure de France, août 1721, p.102-106)
14 janvier 1736 : « Les
Comédiens Français ont remis au théâtre dès
le commencement de ce mois, la Comédie du Bourgeois gentilhomme,
de Molière, avec tous ses agréments, que le public redemandait
avec empressement, et qu'il revoit avec beaucoup de plaisir. Il
y avait dix ans qu'on ne l'avait représentée.
Le sieur Poisson qui y joue le principal rôle, qu »il
n'a point vu jouer à son père, moins encore à
son grand père, y est généralement applaudi. Cette
pièce, d'un comique populaire et vrai, est fort bien remise,
les ballets surtout sont fort bien composés et bien exécutés.
Les Airs sont de la composition de Lully, lequel remplissait autrefois
le rôle du Muphti. » (le Mercure de France, 1736)
10 septembre 1753 : reprise dans
de nouveaux décors du décorateur Brunetti, avec Armand dans
le rôle de M. Jourdain
La première distribution complète inscrite
dans les registres est celle du 3 février 1769 :
Monsieur Jourdain : Préville
Covielle : Augé
Cléonte : Bellecour
Dorante : Dauberval
Le Maître à danser : Bouret
Le Maître de philosophie : Bonneval
Le Maître de musique : Dalainval
Le Maître d'armes : Feulie
Le Maître tailleur : Prin
Le Muphti : Brizard
Mme Jourdain : Mme Drouin
Nicole : Mme Bellecour
Dorimène : Mme Préville
Lucile : Mlle Hus
A propos de Préville, interprète du rôle à
partir de 1757 :
« Le plus célèbre Jourdain du
XVIIIe siècle fut Préville. Le rôle revenait encore
à un comédien qui faisait merveille dans les valets, les
Crispins en particulier : c'était la tradition de Paul
Poisson continuée. Mais l'esprit du siècle imprégnait
Préville et sa gaîté était plus leste, plus
incisive que celle de son prédécesseur. Aussi atteignait-il
à un haut point d'équilibre comique : dans le
rôle, il était gauche de corps et d'esprit , d'un
bout à l'autre, mais gauche à faire plaisir, et voilà
le plus difficile. » (CAILHAVA, Etudes sur Molière,)
2 février 1789
Monsieur Jourdain : Dugazon
Covielle : Dazincourt
Cléonte : Molé
Dorante : Fleury
Le Maître à danser : Talma
Le Maître de philosophie : Des Essarts
Le Maître de musique : Dorival
Le Maître d'armes : La Rochelle
Le Maître tailleur : Courville
Le Muphti : Vanhove
Mme Jourdain : Mlle La Chassaigne
Nicole : Mme Bellecour
Dorimène : Mlle Masson
Lucile : Mlle Petit-Vanhove
A propos de Dugazon : « ... Baptiste
cadet m'a conté que, figurant dans le Bourgeois gentilhomme
le simple personnage d'un Dervis (nos talents d'aujourd'hui
ne concevraient pas cela), il s'y attachait par le plaisir de voir
jouer Dugazon. « Au moment, me disait-il, où les Turcs,
faisant mine de placer le turban sur la tête de M. Jourdain, le
retiraient aussitôt pour le lui faire désirer davantage,
la figure de Dugazon était des plus curieuses. Elle prenait alternativement
l'expression d'un désir si violent, et, quand il se
trouvait coiffé de ce turban, celle d'une satisfaction si
naturellement rayonnante, que lui, Baptiste cadet et ses camarades ne
pouvaient s'empêcher d'admirer l'éloquente
et rapide mobilité de cette plaisante figure. De son côté,
le Public, aussi impatient que M. Jourdain, et comme délivré
d'une longue oppression, poussait un hourra de joie à l'instant
où s'accomplissait le couronnement grotesque. »
- Pour faire mieux encore, que faisait dont Préville ? »
(Charles Maurice, Histoire anecdotique du théâtre, de
la littérature et de diverses impressions contemporaines tirée
du coffre d'un journaliste, avec sa vie à tort et à
travers. Paris, Henri Plon, 1856)
4 février 1792 : reprise
exceptionnelle, pour quatre représentations avec le couple Préville,
retiré du théâtre depuis six ans
Monsieur Jourdain : Préville
Covielle : Dazincourt
Cléonte : Molé
Dorante : Fleury
Le Maître à danser : Dunant
Le Maître de philosophie : Des Essarts
Le Maître de musique : Dupont
Le Maître d'armes : Larive
Le Maître tailleur : Marchand
Le Muphti : Vanhove
Mme Jourdain : Mme Préville
Nicole : Mlle Joly
Dorimène : Mlle Contat
Lucile : Mlle Petit-Vanhove
12 février 1801 (voir Manuel des
meubles, décors... et le hors-texte de Comédiana de Cousin
d'Aavalon, 1801)
20 janvier 1812 : renouvellement
de la distribution :
Monsieur Jourdain : Michot
Covielle : Thénard
Cléonte : Armand
Dorante : Damas
Le Maître à danser : Faure
Le Maître de philosophie : Baptiste cadet
Le Maître de musique : Dupont
Le Maître d'armes : Cartigny
Le Maître tailleur : Ernest Vanhove
Le Muphti : Baptiste cadet
Mme Jourdain : Mme Thénard
Nicole : Mlle Devienne
Dorimène : Mlle Mézeray
Lucile : Mlle Mars
22 janvier 1835
Monsieur Jourdain : Samson
Covielle : Armand-Dailly
Cléonte : Menjaud
Dorante : Perrier
Le Maître à danser : Faure
Le Maître de philosophie : Duparrai
Le Maître de musique : Saint-Aulaire
Le Maître d'armes : Dumilâtre
Le Maître tailleur : Arsène
Le Muphti : Guiaud
Mme Jourdain : Mme Desmousseaux
Nicole : Mlle Dupont
Dorimène : Mlle Mante
Lucile : Mlle Mars

Mises en scène après 1850 :
15 janvier 1852 : représentation
de gala, en présence du président de la République,
le prince Louis-Napoléon Bonaparte, pour le deux-cent trentième
anniversaire de la naissance de Molière. Reprise de la représentation
qui avait eu lieu le 9 janvier au théâtre de l'Opéra
24 juillet 1858 : reprise, costumes
de Penguilly l'Haridon
Monsieur Jourdain : Samson
Covielle : Regnier
Cléonte : Delaunay
Dorante : Leroux
Le Maître à danser : Mathien
Le Maître de philosophie : Provost
Le Maître de musique : Chéry
Le Maître d'armes : Mirecour
Le Maître tailleur : Barr
Mme Jourdain : Mlle Lambquin
Nicole : Augustine Brohan
Dorimène : Mlle Judith
Lucile : Emma Fleury
17 mai 1862 : restitution de la
partition de Lully, danses confiées au corps de ballet de l'Opéra
Monsieur Jourdain : Samson
Covielle : Louis Monrose
Cléonte : Delaunay
Dorante : Leroux
Le Maître à danser : Coquelin
Le Maître de philosophie : Talbot
Le Maître de musique : Chéry
Le Maître d'armes : Mirecour
Le Maître tailleur : Barré
Le garçon tailleur : Montet
Mme Jourdain : Mlle Nathalie
Nicole : Augustine Brohan
Dorimène : Mlle Judith
Lucile : Delphine Fix
La musique en 1862 : « Il ne faut évidemment
pas demander à la musique de Lully le genre d'émotion
et de plaisir que nous cherchons dans la musique moderne. Il faut pour
la bien juger se reporter en pensée à l'époque
où elle fut composée. (...) Il n'en est pas moins
intéressant de faire revivre de temps à autre l'art
de nos grands-pères. Je voudrais, par exemple, que la Comédie-Française
apportât un soin plus scrupuleux à la restauration des intermèdes
introduits par Molière dans sa pièce. On aimerait d'abord
que le texte fût conservé intact, ou du moins qu'on
y intercalât point des élucubrations peu en rapport avec
l'oeuvre. Ainsi nous avons très distinctement entendu
pendant un des entr'actes une fantaisie sur Martha de Flotow,
ce n'est pas tout : les airs de ballets sont du style le plus
moderne, sinon le plus élégant ; M. Jourdain a beau
dire : « le menuet est ma danse », ces demoiselles
de l'Opéra ne s'embarrassent guère des goûts
du pauvre homme ; leur toilette à crinoline est également
étonnante et puis le menuet ne permet pas des (ronds de jambe)
assez... avantageux.
Je demande de plus à M. le chef d'orchestre,
s'il serait bien difficile de supprimer la partie de trombone égarée
dans la partition moderne. C'est Gluck qui l'introduisit en
France en avril 1774. Un siècle de différence avec Lully !
Une remarque pour finir... Quand M. Jourdain s'extasie sur
la suavité de la trompette marine, le public se met à rire
dans un ton qui prouve combien on ignore généralement que
l'instrument en question était tout bonnement une espèce
de monocorde dont on jouait au moyen d'un archet. Le nom seul est
mal fait, car il est à remarquer que la trompette marine n'est
pas une trompette et qu'elle n'a jamais été
employée dans la marine. » (le Monde illustré,
1862)
18 février 1865
jeudi 28 octobre1880, mise en
scène d'Emile Perrin, pour le deuxième centenaire
de la Comédie-Française, reconstitution de la représentation
de Chambord, avec le concours des élèves du Conservatoire
et des danseurs de l'Opéra:
Monsieur Jourdain : Thiron
Covielle : Coquelin cadet
Cléonte : Delaunay
Dorante : Laroche
Le Maître à danser : Truffier
Le Maître de philosophie : Got
Le Maître de musique : Prudhon
Le Maître d'armes : Villain
Le Maître tailleur : Richard
Le garçon tailleur : Roger
Le Muphti : Got
Mme Jourdain : Mlle Jouassain
Nicole : Jeanne Samary
Dorimène : Emilie Broisat
Lucile : Suzanne Reichenberg
A propos de la représentation de 1880 :
La critique, Francisque Sarcey en tête, considère
la musique de Lully comme « gothique » et « funèbre ».
Georges Ohnet, dans le Constitutionnel, du 1 er novembre 1880)
fustige la Comédie-Française d'avoir repris tous les
intermèdes : « Cette saturnale littéraire
serait très comique dans un théâtre de troisième
ordre » (...) « Le prestige et la dignité
de la Comédie-Française ne résisteraient pas longtemps
à des turlupinades pareilles fréquemment renouvelées. »
Non content de ces affirmations péremptoires, le critique donne
la parole à Molière : « Si Molière
pouvait, d'outre-tombe, faire entendre sa voix, il s'écrierait :
Jouez mes grandes oeuvres, celles où j'ai mis la fleur
de ma pensée et le meilleur de mon coeur, mais ne donnez pas
les divertissements que j'ai été contraint de faire
pour contenter les niais de mon temps. Ne me jugez pas sur mes pièces
à seringues ou à turbans ; cherchez-moi dans Harpagon,
dans Alceste ou dans George Dandin. Là vous aurez ma pensée
intime et épurée et vous pourrez m'applaudir à
votre aise, car vous serez en face de mon oeuvre préférée. »
La leçon de danse : Jules Truffier, interprète
du maître à danser, mit en scène la leçon de
danse d'après les notes de Laurent Faure, ancien danseur
de l'Opéra, pensionnaire de la Comédie-Française
de 1809 à 1840, également employé dans des fonctions
de régisseur. Faure, qui joua le maître à danser de
1812 à 1840, avait établi une sorte de chorégraphie
entremêlée d'un dialogue désormais inséré
traditionnellement dans la représentation. A son départ,
Faure avait confié ses notes à Regnier, qui les transmit
à Truffier. Ce dernier, avec l'aide d'E. Pluque, ex-directeur
de la danse à l'Opéra, y apporta les corrections chorégraphiques
nécessaires à une présentation plus professionnelle.
Le texte de la leçon - dialogues additionnels et didascalies
- fur publié dans la brochure éditée par Ollendorff
à l'occasion du deuxième centenaire de la Comédie-Française
, à la suite du fac-similé des éditions originales
de l'Impromptu de Versailles et du Bourgeois gentilhomme.
La musique en 1880 : bien que prétendant restituer
la partition originale de Lully, dont Weckerlin, bibliothécaire
du Conservatoire, venait de publier une transcription pour piano, la musique
du divertissement des pâtissiers contenait une sarabande de Rameau,
le fameux Tambourin .
6 février 1890 en matinée, reprise
dans la mise en scène d'Emile Perrin
Monsieur Jourdain : Coquelin cadet
Covielle : Georges Berr
Cléonte : Boucher
Dorante : Laroche
Le Maître à danser : Truffier
Le Maître de philosophie : Leloir
Le Maître de musique : Laugier
Le Maître d'armes : Villain
Le Maître tailleur : Joliet
Le garçon tailleur : Roger
Le Muphti : Vauthier
Mme Jourdain : Mlle Granger
Nicole : Jeanne Samary
Dorimène : Nancy Martel
Lucile : Mlle Muller
16 décembre 1916, reprise de la mise en
scène d'Emile Perrin, revue par Jules Truffier
Monsieur Jourdain : Maurice de Féraudy
Covielle : Croué
Cléonte : Dehelly
Dorante : Mayer
Le Maître à danser : Denis d'Inès
Le Maître de philosophie : Georges Berr
Le Maître de musique : Maurice Lehmann
Le Maître d'armes : Ravet
Le Maître tailleur : Lafon
Le garçon tailleur : Falconnier
Le Muphti : Chalmin
Mme Jourdain : Thérèse Kolb
Nicole : Béatrice Bretty
Dorimène : Gabrielle Robinne
Lucile : Elisabeth Nizan
La musique en 1916 : Au milieu des morceaux composés
par Lully, s'intercalent non seulement le Tambourin de
Rameau, mais aussi la Marche de Turenne, attribuée à
Lully, dite aussi Marche des Rois, enchâssée par
Bizet dans la farandole de l'Arlésienne.
15 janvier 1922, représentation
de gala offerte aux représentants des puissances étrangères,
pour le tricentenaire de la naissance de Molière, en présence
du président de la République, Alexandre Millerand, des
présidents des chambres et des chefs de l'armée française.
Reprise de la mise en scène de 1916, musique dirigée par
Raymond Charpentier, et danses réglées par Mlle Chasles,
de l'Opéra.
27 juin 1925. Reprise, prise du rôle par
Léon Bernard
Monsieur Jourdain : Léon Bernard
Covielle : Croué
Cléonte : Dehelly
Dorante : Dessonnes
Le Maître à danser : Denis d'Inès
Le Maître de philosophie : Fenoux
Le Maître de musique : Numa
Le Maître d'armes : Dorival
Le Maître tailleur : Fernand Ledoux
Le garçon tailleur : Emile Drain
Le Muphti : Denis d'Inès
Mme Jourdain : Andrée de Chauveron
Nicole : Béatrice Bretty
Dorimène : Gabrielle Robinne
Lucile : Elisabeth Nizan
Jeudi 7 avril 1938, présentation nouvelle :
mise en scène revue par Denis d'Inès, musique de Lully,
orchestre, chants et choeurs sous la direction de Raymond Charpentier,
danses réglées par Marcelle de Rauwera.
Monsieur Jourdain : Lafon
Covielle : André Brunot
Cléonte : Jean Weber
Dorante : Maurice Escande
Le Maître à danser : Denis d'Inès
Le Maître de philosophie : André Bacqué
Le Maître de musique : Pierre Dux
Le Maître d'armes : Fernand Ledoux
Le Maître tailleur : Jean Meyer
Le garçon tailleur : Marcel Le Marchand
Le Muphti : Pierre Dux
Mme Jourdain : Andrée de Chauveron
Nicole : Béatrice Bretty
Dorimène : Irène Brillant
Lucile : Mony Dalmès
Mercredi 22 mars 1944, présentation nouvelle
: mise en scène de Pierre Bertin, décor de Serge
Roche, musique de Claude Delvincourt sur les thèmes de Lully, orchestre
de la Société des Concerts du Conservatoire sous la direction
de Jacques Chailley, ballets réglés par Serge Lifar.
Monsieur Jourdain : Raimu
Covielle : Pierre Dux
Cléonte : Jean Desailly
Dorante : Maurice Escande
Le Maître à danser : Pierre Bertin
Le Maître de philosophie : Denis d'Inès
Le Maître de musique : Jean Martinelli
Le Maître d'armes : Jean Meyer
Le Maître tailleur : Marcel Le Marchand
Le garçon tailleur : Jacques Charon
Le Muphti : Pierre Bertin
Mme Jourdain : Andrée de Chauveron
Nicole : Mireille Perrey
Dorimène : Marie Bell
Lucile : Mony Dalmès
Mardi 3 juillet 1951, présentation nouvelle
: mise en scène de Jean Meyer, décor et costumes de Suzanne
Lalique, musique de Lully orchestrée par André Jolivet.
Danses réglées par Léone Mail.
Monsieur Jourdain : Louis Seigner
Covielle : Jean Meyer
Cléonte : Jean Piat
Dorante : Maurice Escande
Le Maître à danser : Jacques Charon
Le Maître de philosophie : Denis d'Inès
Le Maître de musique : Robert Hirsch
Le Maître d'armes : Michel Galabru
Le Maître tailleur : Robert Manuel
Le garçon tailleur : Teddy Bilis
Le Muphti : Jean Meyer
Mme Jourdain : Andrée de Chauveron
Nicole : Béatrice Bretty
Dorimène : Marie Sabouret
Lucile : Yvonne Gaudeau
Mercredi 20 décembre 1972 (Chapiteau des
Tuileries), présentation nouvelle : mise en scène
de Jean-Louis Barrault, décors et costumes de Pace, partition de
Lully, avec arrangement musical de Michel Colombier. Divertissements réglés
par Mme Claude Bessy, de l'Opéra.
Monsieur Jourdain : Jacques Charon
Covielle : Alain Pralon
Cléonte : Francis Huster
Dorante : Georges Descrières
Le Maître à danser : Simon Eine
Le Maître de philosophie : Robert Hirsch
Le Maître de musique : Michel Duchaussoy
Le Maître d'armes : Jacques Eyser
Le Maître tailleur : Bernard Dhéran
Le garçon tailleur : Francis Perrin
Le Muphti : Alain Pralon
Mme Jourdain : Françoise Seigner
Nicole : Virginie Pradal
Dorimène : Geneviève Casile
Lucile : Catherine Salviat
Mercredi 24 septembre 1980, présentation
nouvelle : mise en scène de Jean-Laurent Cochet, décor
et costumes de Jacques Marillier. Musique de Lully et Richard Strauss .
Direction musicale de François Rauber, chorégraphie de Michel
Rayne.
Monsieur Jourdain : Jean Le Poulain
Covielle : Guy Michel
Cléonte : Jean-Noël Dalric
Dorante : Georges Descrières
Le Maître à danser : Raymond Acquaviva
Le Maître de philosophie : Jacques Sereys
Le Maître de musique : Bernard Dhéran
Le Maître d'armes : Jacques Eyser
Le Maître tailleur : Marcel Tristani
Le Muphti : Guy Michel
Mme Jourdain : Yvonne Gaudeau
Nicole : Virginie Pradal
Dorimène : Marcelline Collard
Samedi 10 mai 1986, présentation nouvelle
: mise en scène de Jean-Luc Boutté, décor
et costumes de Louis Bercut, musique de Lully, arrangements Dominique
Probst. Chorégraphie de François Raffinot.
Monsieur Jourdain : Roland Bertin
Covielle : Richard Fontana
Cléonte : Baptiste Roussillon
Dorante : Alain Pralon
Le Maître à danser : Yves Gasc
Le Maître de philosophie : Simon Eine
Le Maître de musique : Michel Etcheverry
Le Maître d'armes : François Chaumette
Le garçon tailleur : Thierry Hancisse
Le Muphti : Simon Eine
Mme Jourdain : Françoise Seigner
Nicole : Dominique Valadié
Dorimène : Marie-Armelle Deguy
Lucile : Muriel Mayette
Présentation nouvelle, 16 septembre 2000
: mise en scène de Jean-Louis Benoit, décor et costumes
de Alain Chambon
Monsieur Jourdain : Michel Robin et Andrej Seweryn,
en alternance
Covielle : Eric Génovèse et Alexandre Pavloff, en alternance
Cléonte : JérômePouly
Dorante : Roger Mollien
Le Maître à danser : Jean-Baptiste Malartre
Le Maître de philosophie : Jean-Pierre Michaël
Le Maître de musique : Olivier Dautrey
Le Maître d'armes : Laurent Montel
Le Maître tailleur : Laurent Rey et Laurent Natrella, en alternance
Le Muphti : Laurent Montel
Mme Jourdain : Martine Chevallier
Nicole : Catherine Sauval
Dorimène : Cécile Brune et Clotilde de Bayser, en alternance
Lucile : Emilie Lafarge

Personnages :
Monsieur Jourdain : la tradition veut que l'original
du personnage ait été un chapelier connu de Molière,
tombé amoureux d'une femme noble et amené à
dépenser en folies toute sa fortune. Gromarest, qui raconte cette
histoire, doute lui-même de sa véracité, mais ajoute
justement : « chaque bourgeois y croyait trouver son voisin
peint au naturel. »
Covielle : avatar des zanni
italiens qui ont fourni à Molière la plupart de ses valets
fourbes et inventifs, Covielle porte un nom emprunté à la
Commedia dell'arte, désignant un Calabrais malin et rusé.
Maurice Sand, dans Masques et bouffons, t.II, le représente
en habits très collants, portant le demi-masque, un serre-tête
avec plumes , une mandoline et des grelots aux mains et aux pieds.
Dorante : Le courtisan peint par
Molière porte un nom traditionnel d'amoureux, maintes fois
utilisé au XVIIIe siècle comme au XVIIe. Le nom implique
une certaine noblesse. Rémond de Saint-Albine, auteur du Comédien
(1747, 1749), souligne la complexité de l'interprétation
du Dorante du Bourgeois gentilhomme, dont la duplicité
doit être perçue du public sans effets grossiers : « Certains
rôles exigent des nuances encore plus délicates (...) :
ce sont ceux dans lesquels, tandis que le personnage est occupé
de deux intérêts différents, l'acteur doit remplir
vis-à-vis des spectateurs un objet contraire à celui qu'il
doit remplir vis-à-vis des personnages mis avec lui en action.
Le rôle du courtisan dans le Bourgeois gentilhomme est
de ce nombre. Il importe à Dorante de cacher à la Marquise
que M. Jourdain fait la dépense de la fête qu'elle
a consenti d'accepter. Il n'importe pas moins à notre
homme de cour de faire ignorer à M. Jourdain que la Marquise ne
le regarde que comme un complaisant qui veut bien prêter sa maison.
Le courtisan le plus délié l'emploierait que difficilement,
en cette occasion, tout l'air de vérité dont il faudrait
qu'il usât pour ne point se trahir. Le comédien doit
non seulement emprunter cet air de vérité, mais remplir
deux objets en apparence contradictoires. D'un côté,
il est essentiel qu'il ne lui échappe rien qui puisse déceler
à la Marquise et à M. Jourdain la tromperie qu'on
leur fait ; de l'autre, il faut que les spectateurs découvrent
chez lui l'embarras que Dorante éprouve dans une situation
si critique. »
Le Maître de philosophie :
Molière ayant emprunté à son ami, le physicien Rohault,
quelques traits qu'il applique au maître de M. Jourdain, avait
même envisagé, dit-on, de lui emprunter aussi son chapeau.
Quant aux éléments de l'enseignement phonétique
du personnage, Molière les prend directement dans le savant Discours
physique de la parole, de Cordemoy, publié en 1668.

Liste des interprètes à la Comédie-Française :
M. Jourdain : Molière, Rosimond,
La Grange, Guérin, Paul Poisson, . ..., La Thorillière
fils,...., Arnould Poisson, Armand, Préville, Dugazon, Michot,
Cartigny, Samson, Monrose, Regnier, Thiron, Coquelin cadet, Maurice de
Féraudy, Léon Bernard, Lafon, Raimu, Louis Seigner, Jacques
Charon, rené Camoin, Jean Le Poulain, Roland Bertin, Michel Robin.
Covielle : Du Croisy,...Dubois,
...Armand,... Augé, Feulie, Dugazon, Dazincourt, Michot,
Thénard, Cartigny, Samson, Armand Dailly, Riché, Got, Regnier,
Saint-Germain, Provost, Monrose, Coquelin aîné, Coquelin
cadet, Maurice de Féraudy, Georges Berr, Jean Croué, André
Brunot, Pierre Dux, Jean Meyer, Robert Manuel, Jean Piat, Jean-Laurent
Cochet, Max Fournel, Jean-Paul Roussillon, Alain Pralon, Guy Michel, Richard
Fontana, Eric Génovèse, Alexandre Pavloff.
Cléonte : La Grange, Dauvilliers,...,
Quinault,......., Grandval,.... Bellecour, Molé,
Saint-Fal, Armand Dailly, Menjaud, Leroux, Delaunay, Métrême,
Verdellet, Boucher, Emile Dehelly, Pierre Bertin, Jean Weber, Jean Desailly,
Jean Piat, Jacques Clancy, Jean-Louis Jemma, Michel Le Royer, Jacques
Toja, Jean-Pierre Barlier, Francis Huster, Jean-Noël Sissia ,
Jean-Noël Dalric, Baptiste Roussillon, Jérôme Pouly.
Dorante : La Thorillière,
..., La Grange,... Quinault-Dufresne, ..., Fontenay, ...,
Dubreuil,... Drouin,...Dauberval, Molé, Monvel, Fleury,
Dunant, Baptiste aîné, Aqrmand Dailly, Damas, Michelot, Perrier,
Colson, Charles, Geffroy, Leroux, Métrême, Garraud, Laroche,
Dupont-Vernon, Prud'hon, Georges Baillet, Jacques Fenoux, Henri
Mayer, Marcel Dessonnes, René Alexandre, Pierre Bertin, Jacques
Guilhène, Maurice Escande, Aimé Clariond, Jacques Servière,
Georges Descrières, François Chaumette, Bernard Dhéran,
Jacques Toja, Alain Pralon, Roger Mollien.
Madame Jourdain : Hubert, Mlle Durieu,
.., Mlle Champvallon,... Mlle Duchemin,..., Mlle Desbrosses,...,
Mlle La Motte,...Mlle Camouche,... Mme Drouin, Mme Préville,
Mlle La Chassaigne, Mme Thénard, Mme Tousez, Mme Desmousseaux,
Mlle Hervin,( ? ? ?), Mme Moreau-Sainti, Mlle Lambquin,
Mlle Nathalie, Mme Jouassain, Mlle Granger, Mlle Fayolle, Blanche Pierson,
Thérèse Kolb, Suzanne Devoyod, Andrée de Chauveron,
Germaine Rouer, Catherine Samie, Denise Gence, Lise Delamare, Louise Conte,
Yvonne Gaudeau, Françoise Seigner, Dominique Blanchar, Martine
Chevallier.
Nicole : Mlle Beauval, ...
, Mlle La Grange,..., Mlle La Chaise, ..., Mlle Dufresne, ...,
Mlle Dangeville, ... Mme Le Kain, .... Mme Bellecour, Mlle Joly,
Mlle Devienne, Emilie Contat, Mlle Demerson, Mlle Dupont, Mlle Varlet,
Augustine Brohan, Mlle Saint-Hilaire, Mlle Bonval, Dinah Félix,
Mlle Broisat, Mlle Bianca, Jeanne Samary, Mlle Kalb, Béatrice Bretty,
Jane Faber, Andrée de Chauveron, Béatrix Dussane, Mireille Perrey, Micheline Boudet, Catherine Samie, Virginie
Pradal, Dominique Valadié, Catherine Hiegel, Catherine Sauval.
Dorimène : Mlle De Brie,...,
Mlle Dufresne, Mlle Grandval,..., Mlle Connell,..., Mlle Brillant,.....
Mme Préville, Mme Molé, Louise Contat, Mlle Olivier, Mlle
Devienne, Mlle Masson, Julie Candeille, Mlle Mézeray, Mlle Gros,
Mlle Leverd, Mlle Claret, Mlle Mante, Mlle Rabut, Mlle Noblet, Mlle Denain,
Mlle Judith, Mlle Figeac, Madeleine Brohan, Edile Riquer, Jeanne Samary,
Mlle Broisat, Mlle Martel, Céline Montaland, Louise Silvain, Gabrielle
Robinne, Jane Faber, Tania Fédor, Irène Brillant, Marie
Bell, Marie Sabouret, Mony Dalmès, Hélène Perdrière,
Javotte Lehmann, Nicole Mérouze, Thérèse Marney,
Myriam Colombi, Geneviève Casile, Tania Torrens, Claire Vernet,
Marie-Armelle Deguy , Cécile Brune, Clotilde de Bayser.
Lucile : Armande Béjart (Mlle
Molière), ..., Mlle Quinault,..., Mlle Labatte, Mlle
Jouvenot,... Mlle Balicourt, Mlle Gaussin, Mlle Hus (Mme Lelièvre),...,
Mlle d'Epinay (Mme Molé),..., Mlle Doligny, Emilie Contat,
Mlle Olivier, Mlle Petit (Mme Talma), Mlle Masson, Mlle Mars, Mlle Bouirgoin,
Mlle Volnais, Mlle Dupuis, Mlle Despréaux (Mme Allan), Mme Menjaud
(Mlle Devin), Mlle Anaïs (Anaïs Aubert), Mlle Weiss, Mlle Noblet,
Mlle Denain, Delphine Marquet, Emma Fleury, Delphine Fix, Zélia
Ponsin, Emilie Dubois, Suzanne Reichenberg, Blanche Frémaux, Mlle
Muller, Elisabeth Nizan, Mony Dalmès, Denise Bosc, Jeanne Moreau,
Yvonne Gaudeau, Micheline Boudet, Nelly Vignon, Claude Winter, Marie Versini,
Régine Blaëss, Michèle Grellier, Géraldine Valmont,
Geneviève Fontanel, Michèle André, Danielle Ajoret,
Claire Vernet, Catherine Hubeau, Paule Noëlle, Catherine Salviat,
Isabelle Adjani, Marcelline Collard, Muriel Mayette, Emilie Lafarge.
Le Maître de musique : Hubert,
..., Dubreuil, ..., Montmény,..., Bonneval, ....Dalainval,
Dauberval, Dorival, Dupont, Lacave, Michelot, Saint-Eugène, Desmousseaux,
Saint-Aulaire, Delafosse, Fonta, Maubant, Chéry, Prud'hon,
Laugier, Hamel, Maurice Lehmann, Paul Numa, René Simon, Pierre
Dux, Jean Martinelli, Robert Hirsch, Robert Manuel, Teddy Bilis, Jean-Louis
Jemma, Tony Jacquot, Jacques Sereys, Paul-Emile Deiber, Alain Feydeau,
Bernard Dhéran, Michel Duchaussoy, Gérard Caillaud, André
Dussolier, Michel Etcheverry, Olivier Dautrey.
Le Maître à danser :
La Thorillière fils, ..., Legrand fils,..., Dangeville
le jeune,... Bouret, Dugazon, Dazincourt, La Rochelle, Talma, Dunant,
Baptiste cadet, Thénard, Faure, Monrose, Mathien, Coquelin aîné,
Seveste, Truffier, Jean Croué, Denis d'Inès, Pierre
Bertin,
Jacques Charon, Robert Hirsch, Jacques Sereys, Bernard
Dhéran, Jean-Laurent Cochet, Jacques Maury, Jean-Louis Jemma, Michel
Duchaussoy, Simon Eine, Philippe Rondest, Raymond Acquaviva, Yves Gasc,
Jean-Baptiste Malartre.
Le Maître d'armes :
........Feulie, La Rive, Dugazon, La Rochelle, Després,
Cartigny, Dumilâtre, Mirecour, Villain, Henri ravet, Georges Dorival,
Fernand ledoux, Maurice Chambreuil, Lucien Dubosq, Jean Meyer, Michel
galabru, Henri Rollan, Jacques Eyser, Jean-Claude Arnaud, Bernard Woringer,
Louis Eymond, François Chaumette, Laurent Montel
Le Maître de philosophie :
..... Bonneval, Pin, Des Essarts, Courville, Grandmesnil, Baptiste
cadet, Grandville, Guiaud, Duparrai, Provost, Talbot, Giot, Leloir, Georges
Berr, Jacques Fenoux, André Bacqué, Denis d'Inès,
Georges Chamarat, Jean Meyer, Henri Rollan, Michel Aumont, Robert Hirsch,
Michel Etcheverry, Jacques Sereys, Simon Eine, Jean-Pierre Michaël.

Représentations à la cour :
4 représentations à Chambord en 1670 (14,
16, 20 et 21 octobre), plusieurs représentations à Saint-Germain
en novembre de la même année
1681 - Saint-Germain, samedi 22 novembre
Saint-Germain, samedi 6 décembre
Saint-Germain, mardi 10 décembre
Saint-Germain, samedi 20 décembre
1687 - Marly, mardi 2 décembre
Marly, jeudi 4 décembre
Versailles, samedi 20 décembre
1691 - Versailles, mercredi 21 février
1705 - Fontainebleau, date incertaine
1707 - Fontainebleau, dates incertaines (3 représentations)
1719 - Louvre, samedi 11 mars
1726 - Versailles, samedi 30 mars
1729 - Versailles, lundi 14 mars
Versailles, mercredi 23 mars
1736 - Versailles, mercredi 7 mars
1737 - Fontainebleau, jeudi 17 octobre
1741 - Versailles, mardi 14 mars
1756 - Fontainebleau, mardi 26 octobre
1768 - Chantilly, chez le prince de Condé, mardi 29 novembre
1775 - Versailles, mardi 19 décembre
1785 - Versailles, mardi 1 er février
1786 - Versailles, jeudi 30 mars, avec la cérémonie

Liste des représentations extérieures
1852, représentation à l'Opéra
Sur l'affiche, on lisait : « Le
Bourgeois gentilhomme, tel qu'il fut représenté
à Chambord en 1670 »
Néanmoins, la musique, pour le moins composite,
comprenait la Marche de Tarare de Salieri, pour la turquerie,
une marche de Spontini réorchestrée par Auber, et le ballet
était exécuté sur la musique du Tambourin
de Rameau, tandis que Mlle Taglioni dansait sur la musique que Schneitzhoeffer
avait composée pour la Sylphide.

Bibliographie :
Édition originale :
Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet,
faite à Chambord pour le divertissement du Roi. Par J.B.P. Molière.
Et se vend pour l'auteur A Paris Chez Pierre Le Monnier, au Palais, vis-à-vis
la Porte de l'Eglise de la Sainte-Chapelle, à l'Image Saint-Louis,
et au Feu Divin. MDC.LXXI, avec privilège du Roi.
Le privilège est du 31 décembre 1670, achevé
d'imprimer du 18 mars 1671.
Un livret avait été imprimé lors
des représentations de 1670, témoignant du découpage
initial en 3 actes.
Dans l'édition complète de 1682, le
texte de la cérémonie turque est plus complet que dans la
première édition et rend probablement compte des variantes
apportées à la représentation.
Editions de référence :
Les Oeuvres de Monsieur de Molière, revues, corrigées
et augmentées [par Vivot et C. Varlet, sieur Le Grange]. [t.I-VI]
(avec) Les Oeuvres posthumes de Monsieur de Molière [t.VII-VIII],
imprimées pour la première fois en 1682. Paris, D. Thierry,
C. Barbin et P. Trabouillet, 1682, 8 vol. in-12, pl. de P. Brissart, gravées
par I. Sauvé.
Cette édition fut réalisée en fac-similé
par plusieurs éditeurs en 1973, pour le tricentenaire de la mort
de Molière.
Oeuvres complètes, éd. Eugène Despois
et Paul Mesnard.- Paris, Hachette, 1873-1900.13 vol. Coll.des Grands écrivains
de la France.
Oeuvres complètes, éd. Georges Couton.-
Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1971. 2 vol.
Molière :
René BRAY, Molière homme de théâtre,
Paris, Mercure de France, 1954.
Sylvie CHEVALLEY, Molière en son temps, 1622-1673,
Paris- Genève, Minkoff, 1973.
Gabriel CONESA, Le Dialogue moliéresque, étude
stylistique et dramaturgique, Paris, P.U.F., 1983.
Jacques COPEAU, Registres II. Molière,
Paris, Gallimard, 1976.
Patrick DANDREY, Molière, ou l'Esthétique
du ridicule, Paris, Klincksieck, 1992.
Patrick DANDREY, L'Eloge paradoxal, de Gorgias à
Molière, Paris, P.U.F., 1997
Gérard DEFAUX, Molière ou les métamorphoses
du comique: de la comédie morale au triomphe de la folie, Lexington
, Kentucky, French Forum Publishers, 1983.
Ramon FERNANDEZ, Molière ou l'Essence du génie
comique, Paris, Bernard Grasset, 1979.
Georges FORESTIER, Molière en toutes lettres,
Paris, Bordas, 1990.
Georges-Arthur GOLDSCHMIDT, Molière ou la Liberté
mise à nu, Paris, Julliard, 1973
Marcel GUTWIRTH, Molière ou l'invention comique,
Paris, Minard,1966.
Louis MOLAND, Molière et la comédie
italienne, Paris, Didier et Cie,1867.
Bernadette REY-FLAUD, Molière et la farce,
Genève , Droz, 1996.
Jacques TRUCHET, Thématique de Molière,
Paris, SEDES, 1985.
Interprétation :
Maurice DESCOTES, Les Grands rôles du théâtre
de Molière, Paris, P.U.F., 1960
Louis JOUVET, Molière et la comédie
classique, Paris, Gallimard, 1965
Sur Le Bourgeois gentilhomme, la comédie-ballet
et le ballet de cour :
Jean-Marie APOSTOLIDES, Le Roi-machine. Spectacle
et politique au temps de Louis XIV, Paris. Ed. de Minuit, 1981.
Philippe BEAUSSANT, Lully ou le Musicien du Soleil,
Paris, Gallimard, 1992.
Sylvie CHEVALLEY, le Bourgeois gentilhomme, iconographie
choisie et commentée, Genève, Minkoff, 1975.
Marie-Françoise CHRISTOUT, Le Ballet de cour
de Louis XIV (1643-1672). Mises en scène, Paris, A.et J. Picard,
1967.
Charles MAZOUER, Molière et ses comédies-ballets,
Paris, Klincksieck, 1993.
Charles MAZOUER, Le Mariage forcé de Molière,
Lully et Beauchamp : esthétique de la comédie-ballet,
in : Dramaturgies. Langages dramatiques. Mélanges pour Jacques
Schérer, 1986.
Constant VENESOEN, La Relation matrimoniale dans l'oeuvre
de Molière, Paris, Lettres modernes, 1989.
Comédie-Française :
Sylvie CHEVALLEY, Le Bourgeois gentilhomme, monographie
établie sous la direction de Sylvie Chevalley, textes de Marie-Françoise
Christout, Maurice Descotes, André Roussin, Jacques Scherer, Philippe
van Tieghem, Paris, Comédie-Française, 1960.
Revue Comédie-Française, n°154, n°155,
1986

Sources de la pièce :
Suleiman Aga, ambassadeur de la Sublime Porte, arrivé
à Toulon le 4 août 1669, fut reçu avec faste à
la cour de Louis XIV, réception qui ne sembla pas l'impressionner
outre mesure. On dit que ce fut là le prétexte pris par
le Roi pour commander à ses deux amuseurs (Molière et Lully)
un divertissement « turc », à la préparation
duquel participa Laurent d'Arvieux, qui avait servi d'interprète
à l'ambassade.
« Le roi ayant voulu faire un voyage à
Chambord pour y prendre le divertissement de la chasse, voulut donner
à sa cour celui d'un ballet ; et comme l'idée
des Turcs qu'on venait de voir à Paris était encore
toute récente, il crut qu'il serait bon de les faire paraître
sur la scène. Sa Majesté m'ordonna de me joindre
à MM. Molière et Lully pour composer une pièce de
théâtre où l'on pût faire entrer quelque
chose des habillements et des manières des Turcs. Je me rendis
pour cet effet au village d'Auteuil, où M. Molière
avait une maison fort jolie. Ce fut là que nous travaillâmes
à cette pièce de théâtre que l'on voit
dans les oeuvres de Molière sous le titre de Bourgeois
gentilhomme, qui se fait Turc pour épouser la fille du Grand
Seigneur. Je fus chargé de tout ce qui regardait les habillements
et les manières des Turcs. La pièce achevée, on la
présenta au Roi qui l'agréa, et je demeurai huit jours
chez Baraillon, maître tailleur, pour faire faire les habits et
les turbans à la turque. Tout fut transporté à Chambord,
et la pièce fut représentée dans le mois avec un
succès qui satisfit le Roi et la cour..» (Mémoires
du chevalier d'Arvieux, 1735)
Les turqueries étaient à la mode depuis
une trentaine d'années : Ibrahim ou l'Illustre
Bassa, roman de Georges de Scudéry (1641), le Récit
turquesque, ballet de Lully (1660) , la Soeur, comédie
de Rotrou (1645), où est utilisé un jargon fort proche de
celui de la turquerie du Bourgeois gentilhomme. Dans un registre
plus sérieux, sont parus dans les années qui précèdent
la création de la pièce, l'Histoire des Turcs,
de Mézeray (1650), l'Abrégé de l'histoire
des Turcs, de Du Verdier (1665), et l'Histoire de l'état
présent de l'Empire ottoman traduite de l'anglais de
Ricaut par Briot (1669-1670).
Aux indications véridiques empruntées aux
cérémonies turques auxquelles avait assisté le chevalier
d'Arvieux, il mêle un brin de parodie, celle du cérémonial
de réception de la chevalerie de Notre-Dame du Carmel, ordre militaire
auquel appartenait aussi le chevalier.
C'est à CORDEMOY, Discours physique de
la parole, publié en 1668, que Molière emprunte les
éléments de l'enseignement du Maître de philosophie,
mais il faut admettre aussi qu'on y trouve quelques réminiscences
de la scène des Nuées d'Aristophane, où
Strepsiade, bourgeois niais et passablement fruste, prétend recevoir
les leçons du disciple de Socrate, puis de Socrate lui-même.
La leçon de phonétique : extrait du
Discours physique de la parole, par Gérauld de Cordemoy.
Paris, 1668 :
« Si par exemple, on ouvre la bouche autant
qu'on la peut ouvrir en criant, on ne saurait former qu'une
voix en A. Que si l'on ouvre un peu moins la bouche, en avançant
la mâchoire d'en bas vers celle d'en haut, on formera
une autre voix terminée en E. Et si l'on approche encore
un peu davantage les mâchoires l'une de l'autre sans
toutefois que les dents se touchent, on formera une troisième voix
en I. Mais si au contraire on vient à ouvrir les mâchoires
et à rapprocher en même temps les lèvres par les deux
coins, le haut et le bas, sans néanmoins les fermer tout à
fait, on formera une voix en O. Enfin si on rapproche les dents sans les
joindre entièrement et si au même instant on allonge les
deux lèvres en les rapprochant, sans les joindre tout à
fait, on formera une voix en U »
« ...la dernière lettre exprimant
la terminaison du son, c'est-à-dire la première, qui
marque la voix, est appelée voyelle ; et la première,
qui marque la manière dont cette voix est articulée, sonnant
avec elle, est appelée consonne. »
Le Bourgeois gentilhomme, pièce de circonstance
écrite dans l'urgence pour le divertissement du Roi, se signale
par uns composition assez lâche qui lie entre eux un certain nombre
de « sketches », tirant parti de toutes les ressources
comiques du génie de Molière. Outre les scènes caricaturales
et successives des différents maîtres, où Molière
s'amuse de textes très sérieux et identifiables sur
les arts en question, on assiste à une resucée du quatuor
des amoureux déjà utilisé dans le Dépit
amoureux, Dorante agit avec M. Jourdain comme Dom Juan avec M. Dimanche,
etc...Il est toujours possible que Molière puise le canevas
de ces différentes saynètes dans l'arsenal des situations
proposées par la Commedia dell'arte. Une comédie portugaise
O fidalgo aprendiz (le Gentilhomme apprenti), de Francisco Manuel
de Melo, qui aligne les mêmes scènes de leçons, avait
paru en 1665 à Lyon, en portugais. La pièce lusitanienne
et celle de Molière n'ont peut-être en commun qu'un
même scénario italien d'origine. Molière, grand
lecteur de Charles Sorel, s'est aussi souvenu sans doute de l'épisode
de l'Histoire comique de Francion (1626) où Francion
et ses amis abusent le pédant Hortensius en lui faisant croire
qu'il a été nommé roi de Pologne et l'investissent
au cours d'une cérémonie burlesque dialoguée
en latin.
A son habitude, Molière utilise les défauts
et qualités de ses comédiens, il offre ici à Mlle
Beauval, célèbre pour son rire communicatif, une des plus
belles scènes de rire du répertoire, lorsque la servante
Nicole découvre son maître affublé comme « un
homme de qualité » et profite de la scène de
dépit amoureux pour faire un portrait de la charmante Armande.
La langue turque de fantaisie utilisée par Covielle dans son rôle
de truchement rappelle le turc approximatif du valet Ergaste dans la
Soeur, de Rotrou, publiée chez Toussaint Quinet en 1647.

Télévision :
1968, réalisation de Pierre Badel, avec Monsieur
Jourdain : Michel Serrault
1970, « Au théâtre ce soir » :
Monsieur Jourdain : Jean Le Poulain
Cinéma :
1922, version muette par Jacques de Féraudy, avec
M. de Féraudy
1958, réalisation de Jean Meyer d'après
sa mise en scène de 1951 avec : Monsieur Jourdain : Louis
Seigner
1982, réalisation de Roger Coggio, avec Monsieur
Jourdain : Michel Galabru

Mises en scène extérieures :
1911, Théâtre de l'Odéon, mis
en scène d'André Antoine, avec, dans le rôle
de M. Jourdain, une vedette de music hall, Vilbert. A ses côtés
Alexandre Vargas, père de Pierre Dux, jouait Dorante.
Avril 1914, Théâtre Nezlobine de Moscou,
mise en scène de Kommissarjevsky, décors et costumes de
Sapounoff Bobino, avec Danglard
1930, adaptation américaine
1947, Versailles, bosquet de la Reine, avec orchestre
de la Radiodiffusion française dirigé par Pierre Capdevielle
avec Monsieur Jourdain : Raoul Marco
1962, Théâtre Hébertot, mise en scène
de Jean-Pierre Darras avec : Monsieur Jourdain : Fernand Raynaud
1981, Théâtre de l'Est parisien, puis
1989, 1996, 1997 (Théâtre National de Chaillot), mise en
scène de Jérôme Savary avec : Monsieur Jourdain
: Jérôme Savary
1996, Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, mise en scène de Philippe Faure, décor et costumes
d'Alain Batifoulier avec : Monsieur Jourdain : Philippe Faure

Anecdotes :
Mlle Beauval ne plaisait guère à Louis XIV,
qui voulut la faire remplacer dans le rôle de Nicole. Molière,
qui avait bâti le rôle de la servante autour du rire si communicatif
de Mlle Beauval, ne voulut rien savoir. La Beauval eut tant de succès
dans le rôle de Nicole que le Roi dit à Molière :
« je suis vaincu, je reçois votre actrice. »
Grimarest, la Vie de M. de Molière, 1705
« ...Jamais pièce n'a été
plus malheureusement reçue que celle-là ; et aucune
de celles de Molière ne lui a donné tant de déplaisir.
Le Roi ne lui en dit pas un mot à son souper, et tous les Courtisans
la mettoient en morceaux. « Molière nous prend assurément
pour des Grues de croire nous divertir avec de telles pauvretez, disoit
Mr le Duc de *** « Qu'est-ce qu'il veut dire avec
son halaba balachou ? » ajoutoit Mr le Duc de *** ;
« le pauvre homme extravague : il est épuisé ;
si quelqu'autre Auteur ne prend le théâtre, il va tomber :
cet homme là donne dans la farce italienne. »
... Cependant on joua cette pièce pour la
seconde fois. Après la représentation, le Roi, qui n'avoit
point encore porté son jugement, eut la bonté de dire à
Molière : « Je ne vous ai point parlé de
votre pièce à la première représentation,
parce que j'ai aprehendé d'être séduit
par la manière dont elle avoit été représentée :
mais en vérité, Molière, vous n'avez encore
rien fait qui m'ait plus diverti, et votre pièce est excellente. »
Molière reprit haleine au jugement de Sa Majesté ;
et aussi-tost il fut accablé de louanges par les Courtisans, qui
tous d'une voix répétoient tant bien que mal ce qu
e le Roi venoit de dire à l'avantage de cette pièce.
« Cet homme
là est inimitable, disoit le même Mr le Duc
de *** ; il y a une vis comica, dans tout ce qu'il
fait, que les anciens n'ont pas si heureusement rencontré
que lui . » Quel malheur pour ces Messieurs que Sa Majesté
n'eût point dit son sentiment la première fois !
ils n'auroient pas été à la peine de se retracter,
et de s'avouer faibles connoisseurs en ouvrages. »
Duchesse d'Orléans, Lettre du 1 er novembre
1698 :
« Avant-hier, le Roi a permis aux trois princes
et à la duchesse de Bourgogne d'aller pour la première
fois à la comédie : on donnait le Bourgeois gentilhomme...Le
duc de Bourgogne en perdit totalement sa gravité. »
Anecdotes dramatiques, 1775
« Lully ayant traité d'une charge
de Secrétaire du Roi du Grand-Collège, alla trouver la compagnie
pour se faire recevoir : mais ces Messieurs lui répondirent
unanimement qu'ils ne vouloient point de farceur. Il eut beau leur
dire qu'il n'avoit jamais représenté sur le
Théâtre que trois fois, dans le Bourgeois gentilhomme,
et cela devant le Roi ; ils furent sourds. Il alla s'en plaindre
à M. de Louvois, qui lui dit que les Secrétaires du Roi
avoient raison. Quoi ! Monsieur, lui répondit Lully, si le
Roi vous ordonnoit, tout Ministre que vous êtes, de danser devant
lui, vous le refuseriez ? M. de Louvois, ne sachant que lui répondre,
lui expédia un ordre qui le fit recevoir. »
Jean-Nicolas Bouilly, Soixante ans du Théâtre-Français
par un amateur, né en 1769. 1842
« Par bonne fortune je me trouvais à
Paris, lorsque longtemps après sa retraite, et à titre de
bonne oeuvre, pour les pauvres, je crois, [Préville] reparut
sur la scène avec sa femme.
... Dans le Bourgeois gentilhomme, la partie
du public qui avait vu cet excellent comédien dans sa force le
retrouva davantage. M. Jourdain était bien là comme chez
lui, d'un naturel parfait, jouet innocent de sa vanité d'enfant ;
entassant, de la meilleure foi du monde, ridicule sur ridicule ;
sans se douter le moins du monde que les gens du bel air qu'il voulait
imiter, s'amusaient à ses dépens, et n'entendaient
faire connaissance qu'avec ses écus.
Lorsque le maître de langue lui fit arrondir les
lèvres pour prononcer en principe la lettre O (je le
vois encore), il fit une petite moue d'enfant, s'assura avec
les doigts si sa bouche était ronde en effet, prononça l'O
timidement d'abord, puis par degrés, avec une résolution
et un succès dont il s'émerveillait à coeur
puis par degrés, avec une résolution et un succès
dont il s'émerveillait à coeur joie, puis encore
s'écria : « Dieu, que c'est beau ! »
mais dans un enchantement si communicatif que toute la salle cria comme
lui et le couvrit d'applaudissements sans fin. »
1880 : Après la cérémonie grandiose
où tous les Comédiens-Français, somptueusement costumés,
avaient défilé pour célébrer le bicentenaire
de la Comédie-Française , Coquelin cadet déclara :
« Je ne pourrai plus jouer mes rôles dans d'autres
costumes. - Pourquoi ? - Parce que l'habit turc
est une seconde nature. »

Commentaires :
Le Mercure galant, 1673 : « Les
modes meurent avant que de naître, et toutes les personnes de qualité
ont à peine commencé à suivre une mode que les singes
de la Cour les font avortées, parce que les grands seigneurs les
quittent aussitôt pour en prendre d'autres, et c'est
pourquoi les Bourgeois qui croyent être à la mode ne le sont
jamais. »
Jean de La Bruyère, Caractères,
22, 1, 1692
« On ne peut mieux user de sa fortune que
fait Périandre : elle lui donne du rang, du crédit,
de l'autorité ; déjà on ne le prie plus
d'accorder son amitié, on implore sa protection. Il a commencé
par dire de soi-même : un homme de ma sorte ;
il passe à dire : un homme de ma qualité ;
il se donne pour tel, et il n'y a personne de ceux à qui
il prête de l'argent, ou qu'il reçoit à
sa table, qui est délicate, qui veuille s'y opposer. Sa demeure
est superbe : un dorique règne dans tous les dehors ;
ce n'est pas une porte, c'est un portique : est-ce la
maison d'un particulier ? est-ce un temple ? le peuple
s'y trompe. Il est le seigneur dominant de tout le quartier. C'est
lui que l'on envie, et dont on voudrait voir la chute ; c'est
lui dont la femme, par son collier de perles, s'est fait des ennemies
de toutes les dames du voisinage. Tout se soutient dans cet homme ;
rien encore ne se dément dans cette grandeur qu'il a acquise,
dont il ne doit rien, qu'il a payée. Que son père,
si vieux et si caduc, n'est-il mort il y a vingt ans et avant qu'il
se fît dans le monde aucune mention de Périandre ! Comment
pourra-t-il soutenir ces odieuses pancartes qui déchiffrent les
conditions et qui souvent font rougir la veuve et les héritiers ?
Les supprimera-t-il aux yeux de toute une ville jalouse, maligne, clairvoyante,
et aux dépens de mille gens qui veulent absolument aller tenir
leur rang à des obsèques ? Veut-on d'ailleurs
qu'il fasse de son père un Noble homme, et peut-être
un Honorable homme, lui qui est Messire. »
Jean-Jacques Rousseau, Lettre à
M. d'Alembert sur les spectacles, 1758.
« J'entends dire qu'il [Molière]
attaque les vices ; mais je voudrais bien que l'on comparât
ceux qu'il attaque avec ceux qu'il favorise. Quel est le plus
blâmable, d'un bourgeois sans esprit et vain qui fait sottement
le gentilhomme, ou du gentilhomme fripon qui le dupe ? Dans la pièce
dont je parle, ce dernier n'est-il pas l'honnête homme,
n'a-t-il pas pour lui l'intérêt et le public
n'applaudit-il pas à tous les tours qu'il fait à
l'autre ? »
Voltaire, Sommaires des pièces
de Molière, 1765
« Le Bourgeois gentilhomme est un
des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait
pu fournir. La vanité, attribut de l'espèce humaine,
fait que les princes prennent le titre de rois, que les grands seigneurs
veulent être des princes.[...] Cette faiblesse est précisément
la même que celle d'un bourgeois qui veut être homme
de qualité ; mais la folie du bourgeois est la seule qui soit
comique et qui puisse faire rire au théâtre : ce sont
les extrêmes disproportions des manières et du langage d'un
homme avec les airs et les discours qu'il veut affecter qui font
un ridicule plaisant. »

Oeuvres en rapport :
La pièce a été abondamment traduite
dans de très nombreuses langues, mais elle a aussi servi de tremplin
à d'autres créations dramatiques françaises,
grâce à l'apparition sur le théâtre d'un
type nouveau, le « bourgeois », que les auteurs
traitèrent ensuite en fonction du contexte sociologique de leur
époque.
Alain-René Lesage, Turcaret, 1708.
Emile Augier et Jules Sandeau : le Gendre de Monsieur Poirier,
Eugène Labiche, Le Voyage de M. Perrichon
Octave Mirbeau, Les Affaires sont les affaires
à-propos : Le Voyage de Chambord ou la veille
de la première représentation du Bourgeois gentilhomme,
comédie en un acte, mêlée de vaudevilles, par Desfontaines
et Henri Dupin, représentée, pour la première fois,
sur le théâtre du Vaudeville, le 11 juillet 1808.
Le Bourgeois gentilhomme en musique :
Paër, la Testa riscaldata, opéra-bouffe d'après
le Bourgeois gentilhomme, représenté à Parme
en 1797.
Richard Strauss et Hugo von Hoffmansthal, Ariane à
Naxos
Théâtre royal de Stuttgart, mise en scène
de Max Reinhardt : le librettiste imagine que s'entremêlent
le spectacle d'opéra et le divertissement à l'italienne
prévus pour amuser Dorimène, ce qui donne un réjouissant
entrecroisement de musiques de genres opposés.

Cassettes audio
Audio : enregistrement intégral
de la musique de Lully, réalisé en 1973 par l'Ensemble
instrumental de la Petite Bande, sous la direction de Gustav Leonhardt :
CD Edition Classica - Deutsche Harmonia Mundi.

Dictionnaire :
Cérémonie : Selon
une très ancienne tradition, certaines pièces, comme les
comédies-ballets de Molière, Le Bourgeois gentilhomme
et le Malade imaginaire, se terminaient par un défilé
au cours duquel tous les Comédiens Français, en grand costume,
venaient saluer le public, deux par deux, par ordre croissant de préséance,
des derniers pensionnaires engagés, jusqu'au doyen.
Jacqueline Razgonnikoff
Bibliothécaire à la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française
Dernière révision : 2000
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