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 Les Fourberies de Scapin

Comédie en 3 actes en prose de Molière

 

La création : Théâtre du Palais-Royal, dimanche 24 mai 1671
en même temps qu'une reprise du Sicilien ou l'Amour peintre, comédie-ballet de Molière
Recette : 545 livres 10 sols

Distribution (en italique les conjectures) :
Scapin : Molière
Sylvestre : La Thorillière
Argante : Hubert
Géronte : Du Croisy
Octave : Baron
Léandre : La Grange
Zerbinette : Mlle Beauval
Hyacinthe : Mlle De Brie ou Mlle Molière

Les seules certitudes de cette distribution de la création nous sont données par la Lettre en vers à Monsieur, de Robinet, du 30 mai 1671 :

« ... Cet étrange Scapin-là,
Est Molière en propre personne,
Qui, dans une pièce qu'il donne
Depuis dimanche seulement,
Fait ce rôle admirablement;
Tout ainsi que La Torrillière,
Un furieux porte-rapière,
Et la grande actrice Beauval,
Un autre rôle jovial,
Qui vous feroit pâmer de rire. »

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La Vie de Molière :

Le 17 janvier 1671, la troupe de Molière crée au Théâtre des Tuileries une pièce à grand spectacle, Psyché, la vingt-sixième de Molière, versification de Pierre Corneille, musique de Jean-Baptiste Lully, paroles de Philippe Quinault, pièce « en machines » (renvoi glossaire), donnée dans de somptueux costumes et décors ( de Vigarani). Pour présenter aussi ce spectacle aux spectateurs ordinaires de la ville, il est nécessaire d'aménager la salle du Palais-Royal. On profite donc de la fermeture de Pâques pour faire refaire la salle (ajouter un troisième rang de loges) et la rendre « propre aux machines » (renvoi pages du Registre de La Grange). Il faut élever le niveau de la scène pour y ménager les dessous nécessaires à la manoeuvre des chariots, approfondir le plateau et y installer un système de charpentes destinées à soutenir les machines volantes.

(éventuellement transcription des deux pages du Registre de La Grange consacrées à ces travaux)

Il en coûte la somme de 1989 livres, 10 sols, dont les Comédiens Italiens, revenus partager la salle avec Molière en 1670, payent leur part. La première de Psyché au Palais-Royal a lieu le 24 juillet et remporte auprès du public, friand de ce genre de spectacle « total », un énorme succès. Entre-temps, et tandis que les travaux se poursuivent, Molière crée les Fourberies de Scapin. Du 27 novembre au 7 décembre, la troupe de Molière donne à Saint-Germain-en-Laye une série de représentations au cours desquelles elle crée la Comtesse d'Escarbagnas, petite comédie accompagnée d'un prologue et d'une pastorale.

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Le paysage politique et culturel :

En 1671, Louis XIV prépare la guerre contre la Hollande et fait faire des travaux d'embellissement à Versailles. C'est la même année que commence la construction des Invalides, tandis qu'est fondée l'Académie d'Architecture et que l'astronome italien Cassini s'installe à la direction de l'Observatoire de Paris, que vient d'achever l'architecte Claude Perrault. Bossuet est élu à l'Académie française, La Fontaine publie le troisième livre de ses Contes et Mme de Sévigné entame avec sa fille, Mme de Grignan une correspondance qui deviendra célèbre. Ni Racine, ni Corneille ne produisent de nouveautés cette année-là, mais, le 3 mars 1671, est inauguré rue Mazarine le nouvel Opéra, avec Pomone, oeuvre de Perrin et Cambert.

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L'accueil :

Depuis 1668, L'Avare et Amphitryon, deux comédies imitées de Plaute, l'une en prose et l'autre en vers libres, Molière n'a plus écrit directement pour le public parisien. Toute son activité créatrice a été mobilisée par la cour pour laquelle il a composé Monsieur de Pourceaugnac, Les Amants magnifiques, Le Bourgeois gentilhomme, et, tout dernièrement, Psyché. Toutes ces oeuvres sont des pièces à grand spectacle, alliant comédie, musique et danse, et sont représentatives de la collaboration établie avec le musicien Lully.

Dans ce contexte, Les Fourberies de Scapin, comédie en 3 actes et en prose, fait un peu figure de bouche-trou entre les représentations de Psyché à la cour (aux Tuileries) et à la ville (au Théâtre du Palais-Royal transformé). Le succès est modeste : 18 représentations dont la recette dépasse rarement 700 livres, la moyenne se situant plutôt autour de 300 livres.

La Lettre en vers à Madame, de Robinet, fait cependant un sort à cette nouveauté, le 30 mai 1671 :

« A Paris.(....)
On ne parle que d'un Scapin,
Qui surpasse défunt l'Espiègle
(Sur qui tout bon enfant se règle)
Par ses ruses et petits tours,
Qui ne sont pas de tous les jours.... »

Robinet fait ici allusion aux aventures germaniques de Till Ulenspiegel ( Histoire joyeuse et récréative de Till Ulenspiegle), connues en français depuis le XVIe siècle et popularisées au milieu du XVIIe siècle par les gravures de Lagniet.

Après cette série de représentations, la pièce ne sera jamais reprise du vivant de Molière et ne sera jouée à la cour qu'après sa mort (3 fois sous le règne de Louis XIV). Le texte est édité dès 1671 chez Pierre Le Monnier.(éventuellement photo de la page de titre).

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Les sources :

L'intrigue est empruntée à l'auteur latin Térence (2e siècle avant Jésus-Christ)), de la comédie intitulée Phormio (en français Phormion), du nom du personnage principal, type traditionnel du « parasite » hérité de la Comédie nouvelle illustrée en Grèce par Ménandre, sorte de filou réjouissant , sans morale ni respect. La comédie de Térence, elle-même imitée d'un modèle grec perdu (attribué à Apollodore), met en scène des fils qui épousent sans autorisation, en l'absence de leurs pères respectifs, des jeunes filles dont il faut racheter la liberté . Les esclaves fripons qui sont au service des jeunes gens , soutenus par l'inventivité du parasite, aboutissent au triomphe de la jeunesse, un peu aidé par d'opportunes reconnaissances. Molière ne s'est pas borné à adapter le canevas de la comédie, il en a aussi démarqué quelques scènes bien venues . (les scènes 2 de l'acte I, 1 de l'acte II et 3 de l'acte IV sont respectivement inspirées des scènes 2 et 4 de l'acte I , et de la scène 5 de l'acte II du Phormio).(Renvoi éventuel à une édition du texte de Térence : trad. Marouzeau. Paris, les Belles-Lettres ou P. Grimal dans la Pléiade) Plaute, autre source latine chère à Molière (il lui a inspiré L'Avare et Amphitryon), lui fournit dans Les Bacchides la fin de la scène 6 de l'acte II, où il s'agit de soutirer de l'argent à un vieillard en le mettant face à un soudard menaçant. (Id. Edition des Belles Lettres, ou Pléiade)

Autres sources littéraires des Fourberies de Scapin :
A ses contemporains et prédécesseurs immédiats, Molière emprunte des bouts de scène : à Rotrou ( La Soeur, 1645), le début de l'acte I, à Cyrano de Bergerac ( Le Pédant joué) la célèbre scène du « Que diable allait-il faire dans cette galère? » (elle-même inspirée d'une pièce italienne de Flaminio Scala, Il Capitano, 1611) et le récit de Zerbinette à Géronte. Tous ces emprunts sont en réalité des variations sur des procédés comiques traditionnels, qu'ils soient originaires de la comédie antique, de la farce française ou de la commedia dell'arte italienne. Et si l'on a pu, avec Boileau, attribuer le « gag » du sac (acte III, scène 2) à l'illustre farceur de tréteaux qu'était Tabarin, on sait qu'il se trouvait déjà dans Les Facétieuses nuits de Straparole, traduites au XVIe siècle par Jean Louveau et Pierre de Larivey, que les Turlupin, Gaultier-Garguille et autres Gros-Guillaume de l'Hôtel de Bourgogne ne dédaignaient pas l'utilisation comique des coups de bâton, dont la tradition remontait aux farces médiévales, que les bateleurs du Pont-Neuf et les Comédiens Italiens intégraient dans leurs pantomimes des plaisanteries du même genre, et que Molière lui-même avait joué, en 1661, 1663 et 1664 (voir Registre de La Grange), une petite pièce intitulée Gorgibus dans le sac, dont on ignore si Molière en était l'auteur, comme il l'était de ces « petits divertissements qui lui avaient acquis quelque réputation et dont il régalait les provinces » (Préface de La Grange à l'édition des Oeuvres complètes, en 1682).

Fréquentant quotidiennement Scaramouche, le célèbre acteur italien avec la troupe duquel il partage son théâtre, Molière ne pouvait pas non plus échapper à son influence : l'art de la pantomime et de l'improvisation, et même le jeu du masque (on apprend, par le Mercure de France, que les vieillards des Fourberies ont été joués sous le masque, à la manière italienne, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle) prennent donc naturellement leur place dans la représentation d'une comédie qui doit tant aux différentes traditions comiques qui l'ont précédée. Peut-on voir un signe de cette connivence avec les Italiens dans le fait que Molière crée Les Fourberies de Scapin en l'accompagnant d'une reprise du Sicilien, dont le premier vers est un hommage à son ami : « Le ciel est habillé ce soir en Scaramouche. »? C'est d'ailleurs dans la ville de Naples que Molière situe l'action de sa comédie.

Sans doute Les Fourberies de Scapin ont toute l'apparence d'une farce : comique de gestes (coups de bâtons, quiproquos, gags visuels), de situation (la traditionnelle opposition des pères et des fils), de personnages (caricatures qui deviennent des « types »), de langage (répétitions, jargons, accumulations), mais c'est une farce écrite, dont la langue témoigne du génie littéraire de Molière. L'improvisation existe seulement dans le jeu des interprètes.

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Orientation bibliographique :

Louis MOLAND - Molière et la comédie italienne, Paris, Didier et Cie, 1867.

René BRAY - Molière homme de théâtre, Paris, Mercure de France, 1954.

Gérard DEFAUX - Molière ou les métamorphoses du comique : de la comédie morale au triomphe de la folie, Lexington , Kentucky, French Forum Publishers, 1983.

Bernadette REY-FLAUD - Molière et la farce, Genève , Droz, 1996.

Georges FORESTIER - Molière en toutes lettres, Paris, Bordas, 1990.

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Commentaires:

BOILEAU (Art poétique, III, vers 391-400, 1674)
« Etudiez la Cour et connaissez la ville:
L'une et l'autre est toujours en modèles fertile.
C'est par là que Molière, illustrant ses écrits,
Peut-être de son art eût remporté le prix,
Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures,
Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures,
Quitté, pour le bouffon, l'agréable et le fin,
Et, sans honte, à Térence, allié Tabarin.
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe,
Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope. »

FENELON ( Lettre à l'Académie, 1716)
« Il faut avouer que Molière est un grand poète comique (...), mais ne puis-je pas parler en toute liberté de ses défauts? (...) Il a outré souvent les caractères: il a voulu, par cette liberté, plaire au parterre, frapper les spectateurs les moins délicats et rendre le ridicule plus sensible (...) . Je ne puis m'empêcher de croire avec M. Despréaux, que Molière, qui peint avec tant de force et de beauté les moeurs de son pays, tombe trop bas quand il imite le badinage de la Comédie italienne. »

Le Mercure de France (mai 1736)
« Plaute n'aurait pas rejeté le jeu même du sac, ni la scène de la galère, et se serait reconnu dans la vivacité qui anime l'intrigue. »

VOLTAIRE (Sommaire des Fourberies, 1739)
« On pourrait répondre à ce grand critique [Boileau] que Molière n'a point allié Térence avec Tabarin dans ses vraies comédies où il surpasse Térence, que, s'il a déféré au goût du peuple, c'est dans ses farces, dont le seul titre annonce du bas comique et que ce bas comique était nécessaire pour soutenir sa troupe. Molière ne pensait pas que les Fourberies de Scapin ou le Mariage forcé valussent l'Avare, le Tartuffe, le Misanthrope, les Femmes savantes, ou fussent du même genre. De plus, comment Despréaux peut-il dire que Molière « peut-être de son art eût remporté le prix »? Qui aura donc ce prix, si Molière ne l'a pas? »

George SAND (Préface de Masques et Bouffons
« Il y a toujours eu enseignement de moeurs dans toute représentation scénique, tragédie, atellane, oeuvre littéraire ou farce de tréteaux. On peut même croire que la forme la plus efficace a dû être la forme la plus populaire, celle qui, appelant toutes les classes par la franchise de sa gaieté et la simplicité de ses données, a signalé de la manière la plus saisissante, à la risée publique les travers de tous les âges de la vie et de toutes les conditions sociales. »

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Le personnage de Scapin :

Scappino , « zanni » d'origine milanaise ou bolonaise, et variante de Brighella, dont il a les principaux traits de caractères (l'esprit brouillon, la fourberie, l'insouciance et la cupidité) et le costume (habit et manteau blancs, brandebourgs verts, ou habit blanc rayé de vert), tire son nom du verbe « scappare » :  « s'échapper », « s'envoler ». Dans la comédie italienne traditionnelle, il n'en fait qu'à sa tête, obéit à sa fantaisie et finit toujours par disparaître, sauf à ne pas négliger de prélever son obole.

Il entre en littérature avec Beltrame (Niccolo Barbieri, mort en 1641), dans la pièce intitulée L'Inavvertito, overo Scappino disturbato e Mezzetino travogliato (1629), dont Molière a fait sa première pièce, L'Etourdi, transformant Scapin en Mascarille. Le personnage de Scapin francisé apparaît, avant Molière, dans deux comédies de Dorimond, L'Inconstance punie (1659) et L'Amant de sa femme (1660).

Le Scapin de Molière est en ligne directe l'héritier de Mascarille, « fourbum imperator », mais valet dévoué à son maître. Il porte, si l'on se fie aux frontispices de Brissart, qui illustrent la première édition complète des pièces de Molière (1682), le même genre de costume : habit rayé , bonnet et fraise, inspiré à la fois des zanni italiens et du costume rayé que portait Turlupin, farceur français. Par une heureuse rencontre, son nom sonne comme un hommage aux deux sources de la farce moliéresque :Sca- comme Scaramouche et -pin comme Turlupin.

Orientation bibliographique :

Jean EMELINA - Les valets et servantes dans le théâtre comique en France de 1610 à 1700, Grenoble, P.U.G., 1975.

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La carrière de la pièce :

Du vivant de Molière (jusqu'au 17 février 1673) : 18 représentations au Théâtre du Palais-Royal.
Entre 1673 et la constitution de la Comédie-Française (25 août 1680 ) : 16 représentations à l'Hôtel Guénégaud.
A la Comédie-Française, entrée au répertoire officiel : le mercredi 4 septembre 1680. Quantième au 31 décembre 1998 : 1449. Ce chiffre, établi sur les calculs d'Alexandre Joannidès au début du XXe siècle, fut corrigé à plusieurs reprises. En réalité, il y eut, sur la scène de la Comédie-Française, depuis 1680, 1453 représentations, qui se répartissent comme suit :

1680-1700 : 91
1701-1800 : 263
1801-1900 : 511
1901-1998 : 588.

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Orientation bibliographique :

L'Illustre théâtre, n°8, 1957

Revue Comédie-Française, n° 20, 22, 23, 1973

Programme, 1997

Cahiers, n°26, 1997

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Renouvellement de la mise en scène :

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on joue Molière en costumes contemporains, sans recherche particulière. Les distributions exactes ne sont notées dans les Registres journaliers qu'à partir de 1765, date avant laquelle on est souvent réduit aux conjectures, en raison de la forte alternance des rôles pratiquée dans la troupe, selon la stricte hiérarchie des « chefs d'emploi », « emplois en second », etc... [voir glossaire]. Le rôle de Scapin est généralement considéré de l'emploi du « premier comique », ou du « valet », si ce n'est de la « livrée ».

(portrait de Préville en Mascarille, l'Etourdi, par Carle Van Loo. Huile sur toile. Coll. Comédie-Française )

Même au XIXe siècle, la représentation n'est renouvelée que par l'introduction des costumes « d'époque », et c'est essentiellement la personnalité des acteurs chargés des rôles principaux qui peut donner, le cas échéant, une orientation nouvelle au spectacle, dépourvu de « mise en scène » au sens moderne du terme.

Il s'agit en outre d'une pièce en 3 actes, destinée à n'être jamais représentée , jusqu'au milieu du XXe siècle, qu'en complément de programme, avant ou après une tragédie ou une grande comédie en 5 actes.

Dans le cas de Scapin, l'interprète du personnage, « metteur en scène » à l'intérieur même de la pièce, est l'élément primordial de la représentation. C'est d'ailleurs un rôle qui se joue le plus souvent sans partage pendant plusieurs années de suite, ou avec une alternance beaucoup plus légère que d'autres emplois. En 1765, date des premières distributions conservées, Préville et Augé se partagent le rôle jusqu'en 1783. (gouache de Fesch représentant .la scène 3 de l'acte II, avec Molé dans le rôle de Léandre, Dauberval dans le rôle d'Octave et Préville dans le rôle de Scapin)

A propos du rôle de Scapin : extrait des Mémoires de Préville :

« Il se compose de deux caractères, dont l'un n'est que folie, mais dont l'autre cache, sous le même masque, un raisonnement profond. Sa tirade sur les dangers de la chicane exige dans l'acteur un ton de persuasion qui semble peu coïncider avec le fond de l'esprit de son rôle.

J'ai dit qu'il valait mieux jouer sagement que de hasarder un jeu faux. Si par ce mot sagement on entendait l'imitation exacte de la nature commune, on serait d'autant plus dans l'erreur qu'une pareille manière de jouer dans tout le cours de son rôle serait fade et insipide. Il est des rôles qui exigent une véhémence de déclamation, et dont le débit par conséquent serait faux, si l'on n'outrait pas, en pareil cas, la nature. Il en est d'autres qui exigent plus encore... le dirai-je? d'être chargés: ces sortes de rôles sont l'écueil ordinaire des acteurs. Employer la charge avec une sorte de sobriété qui ne descend pas jusqu'à la trivialité est le talent le plus rare qui puisse se rencontrer. »

Dugazon, qui reprend le rôle en 1788, le joue sans partage jusqu'en 1808. Contrairement à l'interprétation subtile de Préville, il « charge » beaucoup, à la plus grande joie du public de l'époque révolutionnaire.

L'alternance est beaucoup mieux respectée au XIXe siècle, où cependant Regnier et Got se distinguent, relayés par les frères Coquelin.

Deux dates semblent indiquer un renouvellement presque total de la distribution, sinon une nouvelle mise en scène : le 20 janvier 1861, accompagnant une reprise du Sicilien, comme à la création
Distribution :
Scapin : Regnier
Sylvestre : Coquelin
Argante : Barré
Géronte : Talbot
Octave : Ariste
Léandre : Garraud
Zerbinette : Jeanne Bondois
Hyacinthe : Emma Fleury
Nérine : Mme Jouassain
Carle : Mathien

le 11 avril 1891 :
Distribution :
Scapin : Jean Coquelin
Argante : Coquelin aîné
Géronte : Coquelin cadet
Octave : Dehelly
Léandre : Boucher
Sylvestre : Maurice de Féraudy
Zerbinette : Mary Kalb
Hyacinthe : Jeanne Bertiny
Nérine : Mlle Jamaux
Carle : Roger

Mises en scène du XXe siècle

Le 18 janvier 1922, dans le cadre de l'intégrale des pièces de Molière données pour fêter le tricentenaire de sa naissance, les Fourberies de Scapin sont représentées dans un nouveau décor du sociétaire Charles Granval et des costumes de répertoire, avec quelques aménagements par le costumier Bétout, mais sans changements notables dans la distribution :
Scapin : Croué
Argante : Siblot
Géronte : Denis d'Inès
Octave : Jacques Guilhène
Léandre : Pierre Fresnay
Sylvestre : Charles Granval
Zerbinette : Jane Faber
Hyacinthe : Elisabeth Nizan
Nérine : Dussane
Carle : Fernand Ledoux

1943 : nouvelle mise en scène de Jean Dasté et André Barsacq, dans des rideaux et sur un tréteau nu, pour les débuts d'Yves Furet dans le rôle de Scapin.

Le 5 novembre 1952 : mise en scène de Jean Meyer, décor et costumes de Suzanne Lalique
Distribution :
Scapin : Jean Meyer
Argante : Georges Baconnet
Géronte : Denis d'Inès
Octave : Jacques Clancy
Léandre : Roland Alexandre
Sylvestre : Robert Hirsch
Zerbinette : Micheline Boudet
Hyacinthe : Nelly Vignon
Nérine : Denise Gence

8 novembre 1956 : mise en scène de Jacques Charon, décor et costumes de Robert Hirsch.
Distribution :
Scapin : Robert Hirsch
Argante : Georges Baconnet
Géronte : Michel Aumont
Octave : Michel Beaune
Léandre : Jacques Toja
Sylvestre : Michel Galabru
Zerbinette : Micheline Boudet
Hyacinthe : Magali de Vendeuil
Nérine : Denise Gence

Reprises en 1961(Jean-Paul Roussillon prend le rôle de Scapin en 1964) et en 1969 (Scapin est joué par Jean-Claude Arnaud).

1973 : tournée sous chapiteau « sur les traces de Molière en province »

A Paris,à partir du 17 octobre 1973, au Théâtre des Champs-Elysées puis à la salle Richelieu : Mise en scène de Jacques Echantillon, costumes et dispositif scénique de Pace, réalisation sonore de Fred Kiriloff
Distribution :
Scapin : Alain Pralon
Argante : René Camoin
Géronte : Georges Audoubert
Octave : André Dussollier, puis Richard Berry
Léandre : Bernard Alane, puis Jean-Noël Sissia
Sylvestre : Francis Perrin, puis Yves Pignot
Zerbinette : Paule Noëlle
Hyacinthe : Claire Vernet
Nérine : Virginie Pradal
Carle : Gérard Caillaud

Nouvelle présentation, samedi 22 novembre 1997, mise en scène de Jean-Louis Benoît, décor et costumes de Alain Chambon.
Scapin : Philippe Torreton et Gérard Giroudon, en alternance
Argante : Christian Blanc
Géronte : Gérard Giroudon et Malik Faraoun, en alternance
Octave : Denis Podalydès et Alexandre Pavloff, en alternance
Léandre, Nicolas Lormeau et Yan Duffas, en alternance
Sylvestre : Bruno Raffaelli et Laurent Rey, en alternance
Zerbinette : Céline Samie et Florence Viala, en alternance
Hyacinthe : Isabelle Gardien et Claudie Guillot, en alternance
Nérine : Delphine Salska

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Liste des interprètes à la Comédie-Française :

Scapin : Molière, Rosimond, La Thorillière fils, Armand (Huguet), Dubois, Préville, Augé, Dugazon, Sabatier (débuts), Thénard, Armand (Roussel), Faure, Salpètre, Cartigny, Monrose, Perlet (débuts), Tiste (débuts), Berthault (débuts), Lemelle (débuts), Samson, Regnier, Bellevault (débuts), Got, Louis Monrose, Riché, Blaisot (débuts), Coquelin, Didier Séveste, Coquelin cadet, Jules Truffier, Jean Coquelin, Veyret (débuts), Croué, André Brunot, Lucien Dubosq, Pierre Dux, Robert Manuel, Yves Furet, Maurice Porterat, Jean Meyer, Robert Hirsch, Jean-Paul Roussillon, Jean-Claude Arnaud, Alain Pralon, Philippe Torreton, Gérard Giroudon.

Géronte : Du Croisy, Dangeville, Bouret, Courville, Gérard, Grandmesnil, Baptiste cadet, Baudrier, Hamell, Cossard, Grandville, Guiaud, Roussel, Rozan, Varlet, Joannis, Micheau, Montet, Talbot, Chéry, Kime, Thiron, Joliet, Coquelin cadet, Leloir, Truffier, Barral, Lafon, Denis d'Inès, Fernand Ledoux, Bonifas, Jean Meyer, Georges Chamarat, Maurice Porterat, Michel Aumont, Jacques Sereys, Michel Duchaussoy, Philippe Noesen, Georges Audoubert, Gérard Giroudon, Malik Faraoun.

Argante : Hubert, Dubreuil, Bonneval, Bellemont, Pin, Des Essarts, Courville, Caumont, Vanhove,Baudrier, Guiaud, Grandville, Armand-Dailly, Rozan, Duparrai, Cossard, Provost, Joannis, Chéri-Louis, Anselme Bert, Barré, Garraud, Coquelin, Laugier, Siblot, Lafon, Echourin, Bonifas, Balpétré, Louis Seigner, Georges Baconnet, René Camoin, Gérard Caillaud, Christian Blanc.

Octave : Baron, Legrand fils, Dubois, Dauberval, Chevalier, Dalainval, Neuville, Fleury, Dunant, Talma, Florence, Armand (Roussel), Desprez, Michelot, Barbier, Firmin, Valmore, Colson, Saint-Eugène, Aristippe, Lafitte, Lecomte, Delafosse, Bouchet, Mirecour, Mathien, Berton, Laba, Leroux, Ponchard, Dupuis, Olivier, Delaunay, Ariste, Verdellet fils, C. Verdellet, Masset, Boucher, Charpentier, Davrigny, Dehelly, Villain, Granval, Guilhène, Jean Weber, Dessonnes, Lecomte, Lehmann, Jean Desailly, Jacques Charon, Pierre Gallon, Jacques Clancy, Bernard Dhéran, Michel Beaune, Larivière, Alain Feydeau, Michel Bernardy, Serge Maillat, Richard Berry, Guy Michel, Denis Podalydès, Alexandre Pavloff.

Léandre : La Grange, Fontenay, Quinault, La Thorillière fils, Dubreuil, Legrand, Rosely, Vellenne, Molé, Chevalier, Dauberval, Dalainval, Monvel, Séguin, Julien, Reymond, Florence, Dunant, Talma, Desprez, Armand (Roussel), Gontier, Michelot, Mainvielle, Valmore, Firmin, David, Menjaud, Bouchet, Mirecour, Albert, Laba, Leroux, Ponchard, Dupuis, Guichard, Garraud, Worms, Prudhon, Baillet, Davrigny, Samary, Boucher, Esquier, Guilhène, Leroy, Worms, Lehmann, Rocher, Escande, Fresnay, Pierre Bertin, Jean Weber, Faubert, Jean Marchat, Lecomte, Julien Bertheau, Jean Deninx, Jacques Charon, Jean Desailly, Girard, Roland Alexandre, Jean-Louis Jemma, Jacques Toja, Michel Le Royer, Georges Descrières, Alain Feydeau, Jean-Pierre Barlier, Jean-Noël Sissia, Bruno Devoldère, Philippe Etesse, Nicolas Lormeau, Yan Duffas.

Zerbinette : Mlle Beauval, Mlle de Nesle (Mlle Quinault), Mlle Lachaise, Mlle La Motte, , Mme Bellecour, Mlle Dugazon, Mlle Joly, Mlle Devienne, Mlle Desbrosses, Mlle Dartaux, Mlle Demerson, Mlle Dupont, Mlle Baptiste, Mlle Delattre, Mlle Clairet, Mlle Saint-Ange, Mlle Thénard, Mlle Lebrun, Mlle Astruc, Mlle Thierret, Mlle Antheaume, Mlle Véret (Mme Varlet), Augustine Brohan, Mlle Avenel, Mlle Bonval, Mlle Bondois, Dinah Félix, Mlle Dewintre, Mlle Provost-Ponsin, Mlle Bianca, Jeanne Samary, Mary Kalb, Mlle Lynnès, Mlle Bertiny, Mlle Dussane, Jane Faber, Béatrice Bretty, Marie Leconte, Calixte Guintini, Marcelle Gabarre, Mireille Perrey, Jacqueline Duc, Micheline Boudet, Denise Noël, Catherine Samie, Paule Noëlle, Virginie Pradal, Florence Viala, Céline Samie.

Hyacinthe : Mlle De Brie, Mlle Molière, Mlle Sallé, Mlle Jouvenot, Mlle Beauménard (Mme Bellecour), Mlle Préville, Mlle Dubois, Mlle d'Epinay (Mme Molé), Mlle Doligny, Mlle Saint-Gervais, Louise Contat, Mlle Julien, Mlle Adélaïde, Mlle Olivier, Mlle Monrose, Mlle Masson, Charlotte La Chassaigne, Mlle Lange, Mlle Hopkins, Mlle Mars, Mlle Gros, Mlle Bourgoin, Rose Dupuis, Mlle Boissière (Mme Michelot), Mlle Devin (Mme Menjaud), Anaïs Aubert, Mlle Wenzel, Mlle Brocard, Mlle Cassan, Georgina Mars, Mlle Despréaux (Mme Allan), Mlle Eulalie (Mme Geffroy), Aglaé Larché, Mlle Denain, Mlle Maillet, Mlle Garrique, Mlle Worms, Maria Favart, Mlle Théric, Mlle Savary, Emma Fleury, Rose Deschamps, Mlle Barretta, Mlle Tholer, Suzanne Reichenberg, Mlle Martin, Mlle Frémaux, Mlle Bertiny, Mlle Muller, Mlle Régnier, Mlle Garrick, Ferdinande Bergé, Berthe Bovy, Mlle Lifraud, Elisabeth Nizan, Madeleine Renaud, Marie Bell, Jeanne Sully, Germaine Cavé, Marcelle Gabarre, Mary Morgan, Gisèle Casadesus, Françoise Delille, Thérèse Marney, Micheline Boudet, Denise Pezzani, Nelly Vignon, Magali de Vendeuil, Danièle Ajoret, Michèle André, Paule Noëlle, Catherine Salviat, Nicole Calfan, Claire Vernet, Catherine Hiégel, Isabelle Gardien, Claudie Guillot.

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Tournées Comédie-Française :

1922 : Arles, Strasbourg, Mayence, Metz, Belgique (Anvers, Bruxelles, Liège, Gand)
1929 : Espagne (Barcelone), Autun
1930: Belgique (Anvers, Bruxelles, Liège, Gand).
1934 : Joigny
1936 : Pologne (Cracovie, Varsovie), Roumanie (Jassy, Bucarest, Cluj),Belgique (Anvers, Bruxelles, Liège).
1945 : Allemagne (Constance, Stuttgart)
1957 : Belgique (Bruxelles)
1958 : Monte-Carlo
1959 : Angleterre (Londres)
1961 : Amérique du Nord (Québec, Montréal, New York, Washington, Boston), Festival de Baalbeck
1962 : Grèce (Athènes), Japon (Osaka, Tokyo)
1964 : Allemagne, Autriche, Yougoslavie, Roumanie.
1965 : Israël
1973 : France
1974 : France, Luxembourg
1975 : France

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Mises en scène extérieures

1917, Jacques Copeau, New York, Paris, Vieux-Colombier, 1920
1990, Jean-Pierre Vincent, Festival d'Avignon puis Théâtre des Amandiers à Nanterre
Film réalisé par Roger Coggio, 1981.

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Citations célèbres :

« A vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m'en veux mêler. » (Scapin, Acte I, scène 2)

« Elle avait à pleurer une grâce touchante, et sa douleur était la plus belle du monde. » (Octave, Acte I, scène 2)

« J'ai ouï dire, Octave, que votre sexe aime moins longtemps que le nôtre, et que les ardeurs que les hommes font voir sont des feux qui s'éteignent aussi facilement qu'ils naissent. » (Hyacinthe, Acte I, scène 3)

«  On n'a plus qu'à commettre tous les crimes imaginables, tromper, voler, assassiner, et dire pour excuse qu'on y a été poussé par sa destinée. » (Argante, acte I, scène 4)

« Il vaut mieux encore être marié qu'être mort. » (Scapin, acte I, scène 4)

« Que diable allait-il faire dans cette galère? » (Géronte, acte II, scène 7)

« Vous vous moquez: la tranquillité en amour rdt un calme désagréable; un bonheur tout uni nous devient ennuyeux; il faut du haut et du bas dans la vie; et les difficultés qui se mêlent aux choses réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs. » (Scapin, acte III, scène 1)

« Je hais les coeurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre. » (Scapin, acte III, scène 1)

« J'ai une démangeaison naturelle à faire part des contes que je sais. » (Zerbinette, acte III, scène 3)

« Prends garde à toi: les fils se pourraient bien raccommoder avec les pères, et toi demeurer dans la nasse. » (Sylvestre, acte III , scène 8).

« Et moi, qu'on me porte au bout de la table, en attendant que je meure. » (Scapin, acte III, scène dernière)

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 Quelques comédies et à-propos :

Le Voyage de Scapin, à-propos en vers d'Edouard Delpit, créé à la Comédie-Française le 15 janvier 1875 pour l'anniversaire de la naissance de Molière.

Diogène et Scapin, à-propos en vers d'Eugène Adenis, créé à la Comédie-Française le 15 janvier 1880 pour l'anniversaire de Molière.

Monsieur Scapin, comédie en 3 actes en vers de Jean Richepin, créée à la Comédie-Française le 27 octobre 1856

Les Fourberies de Nérine, comédie en 1 acte en vers de Théodore de Banville, créée au vaudeville en 1864, entrée au répertoire de la Comédie-Française le 15 mars 1923.

Le Ravissement de Scapin, de Paul Claudel, arrangement d'après « Les Fourberies de Scapin » de Molière, 1949. (enregistré pour la radio par les Comédiens Français , diffusé sur France-Culture, le 28 août 1998)

A méditer : l'épitaphe de Molière par La Fontaine :
« Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence
Et cependant le seul Molière y gît.
Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit
Dont le bel art réjouissait la France.
Ils sont partis, et j'ai peu d'espérance
De les revoir. Malgré tous nos efforts,
Pour un long temps, selon toute apparence,
Térence, et Plaute, et Molière sont morts. » (voir le document original)

Dernière révision : 1997

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