misanthrope
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Le Misanthrope |
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Comédie en 5 actes en vers de Molière |
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Distribution de l'entrée
au répertoire
Distribution de la création
Vie de l'auteur
Paysage politique et culturel
Quantièmes
Représentations jusqu'en 1850
Mises en scène depuis 1850
Personnages
Liste des interprètes à la Comédie-Française
Représentations à la Cour
Liste des représentations extérieures
Liste des représentations en tournée
Mises en scène extérieures
Sources
Bibliographie
Commentaires
Citations
Anecdotes
Oeuvres en rapport
Cassettes audio et vidéo
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Distribution de l'entrée
au répertoire :
Théâtre du Palais-Royal, mardi 27 août
1680 (distribution restituée d'après le Répertoire
des pièces qui se peuvent représenter en 1685)
Alceste : La Grange
Philinte : Guérin
Oronte : Du Croisy
Acaste : Hubert
Clitandre : Villiers
Célimène : Mlle Guérin
Éliante : Mlle Guiot
Arsinoé : Mlle De Brie
Basque : un laquais
Le garde : Rosimond
Dubois : Brécourt ou Beauval

Distribution de la création :
Théâtre du Palais-Royal,
vendredi 4 juin 1666 :
Alceste : Molière
Philinte : La Thorillière
Oronte : Du Croisy
Acaste : La Grange
Clitandre : Hubert
Célimène : Armande Béjart, dite Mlle Molière
Éliante : Mlle De Brie
Arsinoé : Mlle Du Parc
Le garde : De Brie
Dubois : Béjart
Recette : 1447 livres 10 sols
Décor : « le théâtre
est une chambre. Il faut six chaises, trois lettres, des bottes. »
Robinet, Lettre en vers..., 12 juin 1666 :
Le Misanthrope enfin se joue
Je le vis dimanche et j'avoue,
Que Molière, son auteur,
N'a rien fait de cette hauteur.
Les Expressions en sont belles,
Et vigoureuses et nouvelles.
Le plaisant et le sérieux,
Y sont assaisonnés des mieux,
Et ce Misanthrope est si sage,
En frondant les moeurs de notre âge,
Que l'on diroit ( Benoît Lecteur)
Qu'on entend un Prédicateur.
Aucune morale Chrétienne,
N'est plus louable que la sienne,
Et l'on connoît évidemment,
Que dans son noble emportement,
Le vice est l'objet de sa haine,
Et nullement la race humaine,
Comme elle était à ce Timon,
Dont l'histoire a gardé le nom,
Comme d'un monstre de nature.
Chacun voit donc là sa peinture,
Mais de qui tous les traits censeurs,
Le rendent confus de ses moeurs,
Le piquent de la belle envie,
De mener toute une autre vie.
Au reste chacun des Acteurs,
Charme et ravit les Spectateurs
Et l'on y peut voir les trois Grâces,
Menant les amours sur leurs traces,
Sous le visage et les attraits,
De trois objets jeunes et frais,
Molière, Du Parc et De Brie,
Allez voir si c'est menterie.
Subligny, la Muse Dauphine, 17 juin 1666 :
Pour changer un peu de discours,
Une chose de fort grand cours,
Et de beauté très singulière,
Est une Pièce de Molière :
Toute la Cour en dit du bien,
Après son Misanthrope, il ne faut plus voir rien.
C'est un chef-d'oeuvre inimitable :
Mais moi, bien loin de l'estimer,
Je soutiens, pour le mieux blâmer,
Qu'il est fait en dépit du diable.
Ce n'est pas que les vers n'en soient ingénieux ;
Ils sont les plus charmants du monde,
Leur tour, leur force, est sans seconde,
Et seroit fin qui feroit mieux.
Mais je prouve ainsi ma censure.
Il peint si bien tous les péchés
Que le diable fait faire à toute la nature,
Que ceux qui s'en croiront tachés,
Les haïront sur sa peinture ;
Et qu'ainsi les diables à cu,
N'y gagneront plus un fétu.
Il daube encor si fort le Marquis ridicule,
Que de l'être on fera scrupule ;
Et ce n'est pas un petit tort,
Que cela feroit à nos Princes,
Qui de ces Marquis de Provinces,
Par fois se divertiront fort.
Cela me fait dire en colère,
Ce qu'autrefois j'ai dit,
Qu'on devroit défendre à Molière,
D'avoir désormais tant d'esprit.
Le costume d'Alceste (d'après son Inventaire après
décès) : « Une autre boîte où
sont les habits de la représentation du Misanthrope, consistant
en haut-de-chausses et juste-au-corps de brocart rayé or et soie
gris, doublé de tabis, garni de ruban vert la veste de brocart
d'or, les bas de soie et jarretières ; prisé trente
livres. »

La Vie de l'auteur :
L'année 1666 commence pour la troupe de Molière
par une longue fermeture du théâtre. Dès le 27 décembre
1665, les représentations cessent. Molière, affecté
par la trahison de Racine et brouillé avec Armande, tombe gravement
malade d'une broncho-pneumonie que n'arrangent pas sa neurasthénie
chronique et une prédisposition à la tuberculose. Il s'installe
dans sa maison d'Auteuil, où les médecins l'assignent au
repos et au régime lacté censé lui redonner des forces.
La maladie et la mort de la Reine-mère prolongent la fermeture
du théâtre jusqu'au 21 février 1666. Deux créations
importantes suivent cette période d'inactivité. Le 4 juin,
création du Misanthrope, qui, malgré la légende,
remporte un véritable succès et fait remonter la recette.
Le 6 août, Molière donne une de ses farces les plus réussies,
le Médecin malgré lui. En décembre, il dirige
à Saint-Germain-en-Laye les fêtes du ballet des Muses et
y crée Mélicerte, pastorale héroïque
qui sera donnée à Paris le 10 juin 1667.Le jeune Baron,
en qui Molière a décelé des dons exceptionnels et
qu'il a pris sous sa protection, le quitte en décembre, peut-être
à la suite d'une querelle un peu vive avec Armande. Il ne reprendra
sa place dans la troupe qu'en 1670. C'est dans le courant de cette année
1666 que le peintre Pierre Mignard fait le portrait de Molière.
La première édition des oeuvres de Molière
paraît en deux volumes in-12, chez Gabriel Quinet. Les frontispices
de Chauveau représentent Molière dans les rôles de
Mascarille et d'Arnolphe.

Le paysage politique et culturel :
Le 20 janvier 1666 disparaît la reine Anne d'Autriche,
qui fut régente du royaume pendant la minorité de Louis
XIV. Une alliance franco-hollandaise se constitue contre l'Angleterre,
à laquelle Louis XIV déclare la guerre. Un gigantesque incendie
détruit une bonne partie de Londres, tandis que l'Angleterre est
ravagée par une terrible épidémie de peste.
Boileau publie ses Satires I à VI, Antoine
Furetière, le Roman bourgeois. Racine se brouille avec
Port-Royal par sa Lettre à l'auteur des Hérésies
imaginaires et des Visionnaires, destinée à Nicole
. Tandis que l'Agésilas de Pierre Corneille échoue,
son jeune frère Thomas réussit avec Antiochus.
Bossuet prêche le carême à Saint-Germain. D'août
à décembre 1666 se développe la querelle de la moralité
du théâtre, entre l'abbé d'Aubignac et le prince de
Conti, qui meurt à Pézenas à la fin de l'année.
La construction de l'église du Val de Grâce
s'achève. L'Académie des Sciences est installée et
le savant hollandais Huyghens est appelé à Paris. En Angleterre
Isaac Newton fait ses premières expériences sur les lois
de la gravitation.

Quantièmes :
2254 représentations depuis la fondation de la
Comédie-Française
Nombre de représentations du vivant de l'auteur :
35 représentations en 1666, dont 21 à la
suite. Interruption au mois d'août, reprise le 3 septembre jusqu'au
1 er décembre, date du départ de la troupe pour Saint-Germain.
Le Misanthrope figure à l'affiche de la troupe de Molière
4 fois en 1667, 2 fois en 1668, 6 fois en 1669, 7 fois en 1670, 4 fois
en 1671 et 5 fois en 1672, soit en tout 63 représentations du vivant
de Molière.
Si l'on en croit une note de frais dans le Registre journalier
de la troupe, tenu par le comédien Hubert en 1672-1673, faisant
état de l'achat de rubans verts pour M. Baron, Molière,
souffrant ou trop occupé par la préparation du Malade
imaginaire, aurait confié à son élève
préféré le rôle d'Alceste pour les 4 représentations
d'octobre et novembre 1672. Baron sait en tout cas parfaitement le rôle,
puisque, après la mort de Molière, c'est lui qui le reprend
à la réouverture du théâtre le 24 février
1673.
Nombre de représentations avant la constitution
de la Comédie-Française : 29 représentations
Les deux représentations de février 1673
sont assurées par Baron dans le rôle d'Alceste. Mais, engagé
par les Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, Baron quitte la
troupe de Molière et c'est le fidèle La Grange qui joue
Alceste, en août 1674, trois semaines après l'ouverture de
l'Hôtel Guénégaud. Il gardera le rôle jusqu'à
sa mort en 1692, peut-être en alternance avec Baron, revenu dans
la troupe lors de la fusion de 1680. Baron se retire onze ans plus tard
pour une longue éclipse de trente ans. Lorsqu'il revient, en 1720,
il reprend tout naturellement le rôle d'Alceste, qui lui avait été
« donné » par Molière lui-même,
et dans lequel il s'est fait la réputation d'une interprétation
supérieure, dans le registre noble et naturel qui lui était
propre.
Date de l'entrée au répertoire : 27
août 1680
Répartition des quantièmes : 2254 représentations
qui se répartissent comme suit :
XVIIe siècle : 165
XVIIIe siècle : 431
XIXe siècle : 614
XXe siècle (jusqu'en 1996) : 1044

Représentations jusqu'en 1850 :
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on joue Molière
en costumes contemporains, sans recherche particulière. Les distributions
exactes ne sont notées dans les Registres qu'à partir de
1765, date avant laquelle on est souvent réduit aux conjectures,
en raison de la forte alternance des rôles pratiquée dans
la troupe, selon la stricte hiérarchie des « chefs d'emploi »,
« emplois en second », etc.
Les interprètes du Misanthrope, jusqu'aux
trois-quarts du XVIIIe siècle, des frères Quinault à
Bellecour, ont suivi la tradition imposée par Baron d'un Alceste
plus bilieux que passionné, montrant plus de morgue que de véhémence,
et justifiant l'opinion de Voltaire selon laquelle « (le) Misanthrope
hait les hommes encore plus par humeur que par raison », vision
courte, intellectuelle, qui assimile le Misanthrope à
une satire à la Boileau. Seul l'acteur Grandval, titulaire du rôle
pendant près de trente ans (1740 - 1768), ose lui donner quelque
violence : Alceste entrait en scène, jetait à travers
le décor le fauteuil où il finissait par s'asseoir. Il faut
attendre Molé et sa prise de rôle définitive en 1778,
à la mort de Bellecour, pour voir évoluer d'une manière
significative l'interprétation d'un personnage que Jean-Jacques
Rousseau avait remis en évidence vingt ans plus tôt, dans
sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles. La polémique
créée entre les gens de lettres ne s'est apparemment répercutée
dans la pratique du théâtre que lorsque les comédiens
ont pris conscience qu'il fallait renouveler l'interprétation des
pièces de Molière. Molé fut donc le premier à
jouer Alceste en forcené, cassant une chaise à son entrée
en scène et insistant sur la violence des sentiments du personnage.
Fleury, qui lui succéda, n'ayant ni les moyens physiques ni les
moyens vocaux de son prédécesseur, en donna une interprétation
plus policée.
La première distribution complète inscrite
dans les registres est celle du Vendredi 6 juin 1766 :
Alceste : Grandval
Philinte : Bellemont
Oronte : Dauberval
Acaste : Molé
Clitandre : Vellenne
Célimène : Mlle D'Épinay (future Mme Molé)
Éliante : Mlle Doligny
Arsinoé : Mlle Brillant
Le garde : Bouret
Dubois : Augé
Lundi 3 juin 1799 : première
représentation de la pièce après la réunion
des comédiens
Alceste : Baptiste aîné
Philinte : Lacave
Oronte : Florence
Acaste : Dupont
Clitandre : Armand
Célimène : Mlle Mézeray
Éliante : Mlle Mars
Arsinoé : Mme Suin
Basque : Marchand
Dubois : La Rochelle
Pendant la première moitié du XIXe siècle,
Molière, avec son bon sens et ses dénouements convenus,
ennuie le public gâté par les extravagantes intrigues du
mélodrame et les plaisanteries faciles du vaudeville. Les Comédiens
Français eux-mêmes, gardiens et tenants de ce répertoire,
ne mettent pas à jouer Molière la flamme et la conviction
nécessaires. Tradition, routine, incompréhension, font des
représentations sans éclat compensées seulement par
la performance de tel ou telle que l'on vient applaudir dans un rôle
(c'est le cas de M lle Mars dans Elmire de Tartuffe ou Célimène
du Misanthrope). Les conditions matérielles de la représentation
ne portent pas les interprètes à se surpasser : pour
décor, un éternel salon, rouge ou vert, dit « chambre
de Molière » dans les inventaires, le plus souvent repeint,
rafistolé, mais guère renouvelé depuis la reconstitution
de la troupe en 1799, et pour les costumes, la disparate la plus étonnante.
Jouslin de La Salle, directeur-gérant de la Comédie-Française
entre 1833 et 1837, évoque ses impressions à propos des
débuts officiels du jeune comédien Volnys en septembre 1835
dans le rôle d'Alceste « J'assistais à cette représentation
du Misanthrope où jouait l'élite de la Comédie,
et, pour la première fois, je fus frappé de ce mélange
grotesque, de cette bigarrure d'habits les plus ridicules. En effet, Alceste,
Oronte, Acaste, Philinte, Clitandre, portaient des habits du temps de
Louis XV et de Louis XVI, et Éliante, Célimène portaient
naïvement sur la scène des robes, châles, ajustements
d'après le Journal des modes publié dans la semaine.
Ces costumes d'une autre époque exigeaient des changements dans
le texte de l'auteur... » (Souvenirs sur le Théâtre-Français,
annotés et publiés par G. Monval et le comte Fleury. Paris,
Émile-Paul, 1900).
Mardi 13 juin 1837 : nouvelle présentation
dans les « costumes du temps », avec tonnelets et
brassières dessinés par Paul Lormier pour la représentation
donnée à Versailles le 10 juin 1837, à l'occasion
de l'inauguration du Musée du Château de Versailles. Ces
coûteux costumes, payés vingt-deux mille francs sur la cassette
du roi Louis-Philippe, n'eurent pas l'heur de plaire au public parisien.
A la troisième représentation l'effet de curiosité
avait déjà cessé et l'on revint ensuite à
l'habit « carré » plus facile à porter.
Alceste : Perrier
Philinte : Provost
Oronte : Samson
Acaste : Firmin
Clitandre : Menjaud
Célimène : Mlle Mars
Éliante : Mlle Plessy
Arsinoé : Mlle Mante
Basque : Armand Dailly
Le garde : Regnier
Dubois : Monrose
A propos de la représentation de Versailles :
(Voir : Molière en « costumes du temps »,
reproduction des maquettes dessinées par Peul Lormie pour la représentation
du Misanthrope au château de Versailles le 10 juin 1837,
à l'occasion de l'inauguration du musée. Dossier réalisé
et présenté par Noëlle Guibert et Jacqueline Razgonnikoff.
( Paris - Argenton-sur-Creuse, Imprimerie de l'Indre).
Le samedi 10 juin 1837, la fête réunit à
Versailles toutes les personnalités littéraires et artistiques
du moment : Alexandre Dumas, Victor Hugo, Alfred de Musset, Honoré
de Balzac, Eugène Delacroix, Sainte-Beuve, Prosper Mérimée,
Théophile Gautier, Arsène Houssaye, pour ne citer que les
plus connus. Visites du château restauré, bals et banquets
précédèrent le spectacle, donné dans la salle
de théâtre du château « redorée à
neuf ». Tous les récits s'accordent à dire que
la représentation fut « froide »... Guizot,
alors ministre de l'Instruction publique , en a laissé une relation
tout à fait précise (Mémoires pour servir à
l'histoire de mon temps, t.IV) : « La fête
dramatique qui termina la journée eut aussi ses contrastes. L'ancienne
salle de spectacle du château, tout récemment restaurée,
était resplendissante de couleur et de lumière ; le
Roi avait voulu que le chef-d'oeuvre de Molière, le Misanthrope,
y fût représenté sans aucune altération et
sans que rien n'y manquât ; pas un vers ne fut omis ;
l'ameublement de la scène était bien du XVIIe siècle ;
des costumes fidèles et préparés pour ce jour-là
avaient été donnés aux acteurs ; tout le matériel
de la représentation, dans la salle et sur le théâtre,
était excellent, et probablement bien meilleur qu'il n'avait jamais
été sous les yeux de Louis XIV et par les soins de Molière.
Mais la représentation elle-même fut médiocre et froide,
par défaut de vérité encore plus que de talent ;
les acteurs n'avaient aucun sentiment ni des moeurs générales
du XVIIe siècle, ni du caractère simplement aristocratique
des personnages, de leur esprit toujours franc, de leur langage toujours
naturel au milieu des raffinements et des frivolités subtiles de
leur vie mondaine. Les manières étaient en désaccord
avec les habits et l'accent avec les paroles . M lle Mars joua Célimène
en coquette de Marivaux, non en contemporaine de Mme de Sablé et
de M me de Montespan. Et l'infidélité était plus
choquante à Versailles et dans le palais de Louis XIV qu'à
Paris, et sur le théâtre de la rue de Richelieu. »
Revue du Théâtre, juin 1837, article
du journaliste Édouard Thierry, futur administrateur de la Comédie-Française :
« Eh bien, c'est sur les dessins de Molière que ces
costumes ont été taillés. Costumes étincelants :
pourpoints de velours brodés d'or, brusquement coupés au
creux de l'estomac, hauts-de-chausses de même étoffe et de
même couleur couronnés de rubans pareils, tombant de la hanche
au genou ; un flot de beau linge, blanc comme lait écrémé
entre le haut-de-chausse et le pourpoint ; bas de soie blanche dans
des souliers de satin blanc, et perdus depuis la jarretière dans
un luxe touffu de dentelles empesées ; les manches du pourpoint
courtes, celles de la chemise amples, gonflées à bouillons
avec trois bracelets de rubans et des manchettes de dentelles ; le
rabat de la bonne faiseuse ; des glands d'or au rabat, et le manteau
de velours, chatoyant d'arabesques d'or sur les marges, doublé
de satin chatoyant. (...) J'ai tort sans doute ; mais les costumes
vrais m'ont dépaysé, je n'ai pas reconnu Molière.
Ajoutez que, pour ne pas froisser les amours-propres, tous les costumes
sont du même éclat, de la même richesse, de la même
élégance ; la couleur seule diffère ; ce
qui me semble blâmable au plus haut point. Alceste ne doit pas être
vêtu comme Acaste, Clitandre comme Philinte ; Oronte comme
Alceste, Philinte, Acaste et Clitandre ; il faut que le costume habille
non pas l'acteur, mais le rôle ; il faut que le costume soit
une exposition saisissante et donnée d'abord aux yeux, une enseigne
pour ainsi dire du caractère qui se développera plus tard,
à loisir selon le dessein de l'action. C'est là une des
fâcheuses conséquences du costume vrai. »
Sur la représentation du Misanthrope
en 1840 (sans doute celle du 14 juillet 1840), voir Alfred de Musset,
Une soirée perdue, poème publié dans
la Revue des Deux mondes en août 1840 :
J'étais seul, l'autre soir, au Théâtre-Français,
Ou presque seul ; l'auteur n'avait pas grand succès.
Ce n'était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel air de chatouiller l'esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l'intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d'un mirliton.
J'écoutais cependant cette simple harmonie,
Et comme le bon sens fait parler le génie.
J'admirais quel amour pour l'âpre vérité
Eut cet homme si fier en sa naïveté,
Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,
Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
Que lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer !
[...]
Puis je songeais encore (ainsi va la pensée)
Que l'antique franchise, à ce point délaissée,
Avec notre finesse et notre esprit moqueur,
Ferait croire, après tout, que nous manquons de coeur ;
Que c'était une triste et honteuse misère
Que cette solitude à l'entour de Molière,
Et qu'il est pourtant temps, comme dit la chanson,
De sortir de ce siècle ou d'en avoir raison ;
[...]
Ah ! j'oserais parler, si je croyais bien dire,
J'oserais ramasser le fouet de la satire,
Et l'habiller de noir, cet homme aux rubans verts,
Qui se fâchait jadis pour quelques mauvais vers.
S'il rentrait aujourd'hui dans Paris, la grand'ville,
Il y trouverait mieux pour échauffer sa bile
Qu'une méchante femme et qu'un méchant sonnet ;
Nous avons autre chose à mettre au cabinet.
Ô notre maître à tous, si ta tombe est fermée,
Laisse-moi dans ta cendre, un instant ranimée,
Trouver une étincelle, et je vais t'imiter !
J'en aurai fait assez si je le puis tenter.
Apprends-moi de quel ton, dans ta bouche hardie,
Parlait la vérité, ta seule passion,
Et, pour me faire entendre, à défaut du génie,
J'en aurai le courage et l'indignation !
Vendredi 8 avril 1842 : Reprise,
nombreux changements de distribution, prise du rôle d'Alceste par
Edmond Geffroy, dont l'interprétation sombre et romantique porte
la marque de son époque, et débuts de Mlle Naptal-Arnault,
dite aussi Mlle Planat.
Alceste : Geffroy
Philinte : Mainvielle
Oronte : Mirecour
Acaste : Leroux
Clitandre : Drouville
Célimène : Mlle Naptal-Arnault
Éliante : Mlle Denain
Arsinoé : Mlle Mante
Basque : Jules Riché
Le garde : Robert
Dubois : Regnier

Mises en scène depuis 1850 :
Lundi 14 janvier 1878 : Présentation nouvelle,
mise en scène d'Émile Perrin. Costumes de Paul Lormier
Pour cette nouvelle présentation qui se veut prestigieuse,
l'administrateur Émile Perrin va rechercher ou fait refaire à
l'identique, d'après les dessins de Lormier, les fameux « costumes
du temps » réalisés pour l'inauguration du Musée
de Versailles. Delaunay, créateur des personnages de Musset, fait
d'Alceste un «amoureux».
A propos des costumes :
Les coûteux costumes de Lormier, peu appréciés du
public de 1837, ont été pieusement conservés dans
le magasin de costumes de la Comédie-Française et on les
retrouve fidèlement décrits dans l'inventaire réalisé
en 1850 :
N°102 : Alceste : « un pourpoint
en velours de soie noir, brodé tout autour en lames d'or ;
manteau idem, doublé de satin vert, avec larges broderies à
lames or ; un cordon avec deux glands or pour le manteau ; un
tonnelet en velours idem, avec une large broderie au bas ; culotte
de satin vert sous le tonnelet. »
N°105 et 105bis : les « petits marquis » :
un pourpoint, un manteau, et un tonnelet en velours de soie vert, doublés
de satin blanc, brodés à lames or ; baudrier en tissu
or fin, avec galons et petite frange or ;un cordon, avec deux glands
or. Une culotte satin blanc.- Le même en velours bleu.
Oronte : « un petit pourpoint, un manteau
et un tonnelet en velours de soie cerise, doublés en satin bouton
d'or et brodés à lames or très riches ; un baudrier
en tissu or fin, avec galons et petite frange or ; un cordon avec
deux glands or ; culotte de satin vert sous le tonnelet. »
Philinte : « un petit pourpoint, un manteau
et un tonnelet en velours de soie grenat, doublés de satin ponceau,
brodés à lames or, culotte de satin ponceau. »
Arsinoé : Robe en velours de soie violet avec
une petite broderie or sur soie violette, appliquée sur les devants
et le tour du bas de la robe. » : signalée comme
ayant servi à faire une cape pour Geffroy dans les Contes de
la Reine de Navarre, de Scribe et Legouvé.
Alceste : Delaunay
Philinte : Thiron
Oronte : Coquelin aîné
Acaste : Prudhon
Clitandre : Boucher
Célimène : Sophie Croizette
Éliante : Émilie Broisat
Arsinoé : Maria Favart
Basque : Masquillier
Le garde : Tronchet
Dubois : Coquelin cadet
Vendredi 7 mai 1886 : reprise avec
de nombreux changements de distributions. Prise du rôle d'Alceste
par Gustave Worms, considéré comme un des meilleurs de son
temps.
Alceste : Gustave Worms
Philinte : Baillet
Oronte : Prudhon
Acaste : Henry Samary
Clitandre : Gravollet
Célimène : Mlle Marsy
Éliante : Émilie Broisat
Arsinoé : Mlle Fayolle
Le garde Falconnier : Dubois : Joliet
Dimanche 19 mai 1901 : Présentation
nouvelle, mise en scène d'Eugène Silvain
Alceste : Silvain
Philinte : Baillet
Oronte : Prudhon
Acaste : Boucher
Clitandre : Esquier
Célimène : Louise Silvain
Éliante : Henriette Fouquier
Arsinoé : M me Amel
Basque : Laty
Le garde : Falconnier
Dubois : Joliet
Lundi 22 juin 1908 : Reprise, sous la direction
de Jules Truffier, dans un nouveau décor de Marcel Jambon. Débuts
de Berthe Cerny dans le rôle de Célimène, en compagnie
de Jules Leitner, excellent Alceste .
Alceste : Leitner
Philinte : Mayer
Oronte : Truffier
Acaste : Boucher
Clitandre : Granval
Célimène : Berthe Cerny
Éliante : Marcelle Géniat
Arsinoé : Renée Du Minil
Basque : Falconnier
Le garde : Hamel
Dubois : André Brunot
Lundi 7 juillet 1936 : Présentation
nouvelle, mise en scène de Jacques Copeau, costumes de Charles
Bétout. La robe de Marie Bell est du couturier Molyneux.
Alceste : Aimé Clariond
Philinte : Jean Debucourt
Oronte : Pierre Bertin
Acaste : Jean Weber
Clitandre : Claude Lehman
Célimène : Marie Bell
Éliante : Mary Morgan
Arsinoé : Béatrice Bretty
Basque : Échourin
Le garde : Jean le Goff
Dubois : Dorival
Mercredi 8 octobre 1947 : Présentation
nouvelle : mise en scène de Pierre Dux, décor de Louis
Suë.
Alceste : Pierre Dux
Philinte : Jean Debucourt
Oronte : Jacques Charon
Acaste : Jean Weber
Clitandre : Jean Marsan
Célimène : Annie Ducaux, puis Mony Dalmès
Éliante : Yvonne Gaudeau
Arsinoé : Louise Conte
Basque : Georges Poulot
Le garde : Jean-François Calvé
Dubois : Louis Seigner
Samedi 8 mars 1958 : Reprise, avec
d'importants changements de distribution
Alceste : Jacques Dumesnil
Philinte : François Chaumette
Oronte : Aimé Clariond
Acaste : Michel Le Royer
Clitandre : Jacques Sereys
Célimène : Marie Sabouret
Éliante : Gisèle Casadesus
Arsinoé : Louise Conte
Basque : Jean-Laurent Cochet
Le garde : René Arrieu
Dubois : Henri Tisot
Mercredi 3 avril 1963 : Présentation
nouvelle, mise en scène de Jacques Charon, décor et costumes
de Suzanne Lalique
Alceste : Paul-Émile Deiber
Philinte : Jacques Toja
Oronte : Jacques Charon
Acaste : Jean-Louis Jemma
Clitandre : Alain Feydeau
Célimène : Yvonne Gaudeau
Éliante : Geneviève Casile
Arsinoé : Louise Conte
Basque : Alain Franco
Le garde : Jean Brian
Dubois : Jean-Laurent Cochet
En tournée sous le chapiteau des Tréteaux
de France , mardi 4 mars 1975 : Présentation nouvelle,
mise en scène de Catherine Hiégel et Jean-Luc Boutté.
Décor et costumes de Dominique Borg. Cette production n'a jamais
été jouée salle Richelieu]
Alceste : Jean-Luc Boutté
Philinte : Patrice Kerbrat
Oronte : Simon Eine
Acaste : Richard Berry
Clitandre : Francis Huster
Célimène : Catherine Salviat
Éliante : Catherine Ferran
Arsinoé : Fanny Delbrice
Basque : Alain Bertheau
Le garde : Jean-Noël Sissia
Dubois : Jérôme Deschamps
Samedi 7 mai 1977 : Présentation
nouvelle. Mise en scène de Pierre Dux. Décor et costumes
de Jacques Marillier
Alceste : Georges Descrières, puis François
Beaulieu
Philinte : Michel Duchaussoy
Oronte : Bernard Dhéran
Acaste : Guy Michel
Clitandre : Philippe Rondest
Célimène : Béatrice Agenin
Éliante : Dominique Constanza
Arsinoé : Bérengère Dautun
Basque : Gérard Giroudon
Le garde : Georges Riquier
Dubois : Gérard Caillaud
Mercredi 11 juillet 1984 : Présentation
nouvelle. Mise en scène de Jean-Pierre Vincent. Décor de
Jean-Paul Chambas. Costumes de Patrice Cauchetier.
Alceste : Michel Aumont
Philinte : Simon Eine
Oronte : Dominique Rozan
Acaste : Gérard Chaillou
Clitandre : Jean-François Lapalus
Célimène : Ludmilla Mikaël
Éliante : Christine Murillo
Arsinoé : Geneviève Casile
Basque : Rémy Riflade
Le garde : Jean-François Rémi
Dubois : Hubert Gignoux
Samedi 15 avril 1989 : Présentation nouvelle.
Mise en scène de Simon Eine. Décor de Charlie Mangel. Costumes
de Jean-Patrick Godry.
Alceste : Simon Eine
Philinte : Nicolas Silberg
Oronte : François Beaulieu
Acaste : Thierry Hancisse
Clitandre : François-Xavier Barbin
Célimène : Catherine Sauval
Éliante : Sylvia Bergé
Arsinoé : Martine Chevallier
Basque : Véronique Vella
Le garde : Marc Arian
Dubois : Yves Gasc
Vendredi 22 décembre 1995 : Reprise avec
d'importants changements de distribution :
Alceste : Thibaut de Montalembert
Philinte : Alain Pralon
Oronte : François Beaulieu
Acaste : Jean-Pierre Michaël
Clitandre : Thierry Hancisse
Célimène : Catherine Sauval
Éliante : Sylvia Bergé
Arsinoé : Martine Chevallier
Basque : Olivier Pariset
Le garde : Pierre Vial
Dubois : Yves Gasc
6 septembre 1996 Reprise, avec Simon Eine dans le rôle
d'Alceste et Claire Vernet dans celui d'Arsinoé.
Nouvelle présentation, jeudi 20 janvier
2000, au Théâtre du Vieux Colombier, mise en scène
de Jean-Pierre Miquel, décor et costumes de Pierre-Yves Leprince
Alceste : Denis Podalydès
Philinte : Laurent Natrella
Oronte : Michel Favory
Acaste : Christian Gonon
Clitandre : Laurent d'Olce
Célimène : Clotilde de Bayser
Eliante : Isabelle Gardien
Arsinoé : Alberte Aveline
Le Garde et Dubois : Guillaume Gallienne
Basque : Alain Lahaye

Personnages :
A propos d'Alceste :
Le nom d'Alceste est d'abord celui d'une célèbre héroïne
d'Euripide, qui a inspiré de nombreuses oeuvres lyriques et dramatiques.
A titre de nom commun, il signifie en grec : fort,
courageux. Avant Molière, plusieurs héros de théâtre
ou de roman se sont ainsi appelés : les Admirables faits
d'armes d'Alceste servant l'infidèle Lydie, de Des Escuteaux,
et surtout, en 1623, dans un épisode de la Polyxène
de F.H. de Molière d'Essertines, un personnage nommé
Alceste est présenté comme jaloux et querelleur. Dans la
Suite de Polyxène, publiée par Charles Sorel en 1634,
on trouve, rencontre peut-être fortuite, un personnage nommé
Philinte. Ces deux noms font sans doute partie de l'inconscient culturel
de Molière qui ne peut avoir manqué d'avoir lu ces romans
fort célèbres en son temps.
Les « modèles » ne manquent
pas à Molière, qu'il s'agisse de lui-même pour la
bile et la jalousie, de son ami Boileau, pour la critique littéraire,
du duc de Montausier pour la rigueur des moeurs [voir ce sujet les sources.]
Le duc de Montausier avait déjà servi de
modèle au personnage de Mégabate dans Artamène
ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry (1653) :
« Mégabate, quoique d'un naturel fort
violent, est pourtant souverainement équitable ; et je suis
fermement persuadé que rien ne peut lui faire faire une chose qu'il
croirait choquer la justice. Comme il est fort juste, il est ennemi déclaré
de la flatterie. Il ne peut louer ce qu'il ne croit point digne de louanges,
et ne peut abaisser son âme à dire ce qu'il ne croit pas,
aimant beaucoup mieux passer pour sévère auprès de
ceux qui ne connaissent point la véritable vertu, que de s'exposer
à passer pour flatteur. Je suis même persuadé que,
s'il eût été amoureux de quelque dame qui eût
eu quelques légers défauts, ou en sa beauté, ou en
son esprit, ou en son humeur, toute la violence de sa passion n'eût
pu l'obliger à trahir ses sentiments. En effet, je crois que, s'il
eût eu une maîtresse pâle, il n'eût jamais pu
dire qu'elle eût été blanche. S'il en eût eu
une mélancolique, il n'eût pu dire, pour adoucir la chose,
qu'elle eût été sérieuse. Aussi ceux qui cherchent
le plus à reprendre en lui ne l'accusent que de soutenir ses opinions
avec trop de chaleur, et d'être si difficile que les moindres imperfections
le choquent. Cela est causé par la parfaite connaissance qu'il
a des choses. Il faut souffrir sa critique comme un effet de sa justice.
Mais il faut dire encore que Mégabate écrit bien en vers
et en prose, et que personne ne parle plus fortement ni plus agréablement
que lui quand il est avec des gens qui lui plaisent, et qui ne l'obligent
pas à garder le silence froid et sévère qu'il garde
avec ceux qui ne lui plaisent pas. » (Artamène ou
le Grand Cyrus, tome VII, p.307)
La Bruyère, Caractères, De l'homme :
« Dire d'un homme colère, inégal,
querelleur, chagrin, pointilleux, capricieux, c'est son humeur, n'est
pas l'excuser, comme on le croit, mais avouer sans y penser que de si
grands défauts sont irrémédiables. »
A propos de Philinte :
Le nom de Philinte se signale étymologiquement comme marqué
par la bienveillance, venant du verbe grec qui signifie « aimer ».
Sa philosophie du juste milieu s'apparente à celle
de Montaigne, Essais, I, 30, « Soyez sobrement sages »,
maxime empruntée à l'Épître aux Romains,
de Saint Paul.
La Bruyère, Caractères, De la cour, 2 :
« Un homme qui sait la cour est maître
de son geste, de ses yeux, et de son visage ; il est profond, impénétrable ;
il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint
son humeur, déguise ses passions, dément son coeur, agit
contre ses sentiments. »
Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert
sur les spectacles, 1758 :
« Ce Philinte est le sage de la pièce :
un de ces honnêtes gens du grand monde, dont les maximes ressemblent
beaucoup à celles des fripons, de ces gens si doux, si modérés,
qui trouvent toujours que tout va bien, parce qu'ils ont intérêt
que rien n'aille mieux ; qui sont toujours contents de tout le monde,
parce qu'ils ne se soucient de personne ; qui, autour d'une bonne
table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait faim ;
qui, le gousset bien garni, trouvent fort mauvais qu'on déclame
en faveur des pauvres ; qui, de leur maison bien fermée, verraient
piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre,
attendu que Dieu les a doués d'une douceur très méritoire
à supporter les malheurs d'autrui. »
Cette conception cynique du personnage de Philinte a donné naissance
à la pièce de Fabre d'Eglantine, le Philinte de Molière,
1790.
A propos d'Oronte :
Le sonnet galant, terminé par une «pointe», est un
exercice prisé des auteurs précieux de la première
moitié du XVIIe siècle. Parmi les nombreux exemples de ce
genre, le sonnet du poète Lyzante , à la scène de
l'acte II de la comédie d'Antoine Mareschal, le Railleur
(1635)
Pour vous rendre, Clytie, un assez doux hommage,
Il n'est rien ici-bas de sortable à vos yeux,
On ne peut vous donner que le nom précieux
D'être enfin la merveille et l'honneur de notre âge.
Vous voir, et s'éblouir, n'aimer que son dommage,
Ce sont de nos transports les plus officieux ;
Nous faisons ce que fait le soleil dans les cieux,
Qui, sans parler, en vous admire son image.
Que cet original vous cède en tout ses traits !
Vous avez ses rayons, il n'a pas vos attraits,
Ni la blancheur du teint, ni les grâces encore.
Je vous trouve pourtant semblables en un point,
C'est que ces deux objets que la nature adore,
Enflamment tout le monde et ne s'échauffent point.
Autre exemple, emprunté à Vincent Voiture, 1649 :
Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j'adore
L'autre soir apparut si brillante en ces lieux,
Qu'à l'éclat de son teint et celui de ses yeux,
Tout le monde la prit pour la naissante aurore.
La terre en la voyant fit mille fleurs éclore,
L'air fut partout rempli de chants mélodieux ,
Et les feux de la nuit pâlirent dans les cieux,
Et crurent que le jour recommençait encore.
Le Soleil qui tombait dans le sein de Thétis,
Rallumant tout à coup ses rayons amortis,
Fit tourner ses chevaux pour aller après elle,
Et l'empire des flots ne l'eût su retenir ;
Mais la regardant mieux et la voyant si belle,
Il se cacha sous l'onde et n'osa revenir.
Certains contemporains attribuèrent même le sonnet à
Bensérade, qui se garda bien d'en réclamer la paternité.
La « pointe » finale, ou « chute »
du sonnet, est empruntée à une pièce espagnole apparentée
au thème de Don Juan et souvent attribuée à Tirso
de Molina, El Burlador de Sevilla (El Combidado de piedra). Il
s'agit du refrain d'une chanson : « El que un ben gozar
espera
Quanto espera desespera »
(Celui qui espère bien jouir, quand il espère, désespère. »
Ce jeu sur les mots avait déjà inspiré
Ronsard :
« Un désespoir où toujours on espère
Un espérer où l'on se désespère. »
A propos de Célimène :
Félix de Juvenel, Le portrait de la coquette ou La Lettre d'Aristandre
à Timagène. Pézenas, 1659 :
« Les coquettes sont les femmes qui emploient
l'artifice ou qui mettent en usage les belles qualités qu'elles
ont reçues de la nature pour se faire aimer des hommes.
[...]
Ces coquettes sont très dangereuses, car par les
charmes qu'elles possèdent elles peuvent facilement gagner les
coeurs ; et par leur esprit elles peuvent assurément les conserver.
Ceux qui sont assez malheureux pour tomber entre leurs mains ne peuvent
se défendre de faire une infinité de sottises, car jamais
les plus fiers tyrans n'ont exercé un empire si absolu sur ceux
qui ont été assujettis à leur puissance.
[...]
Ces coquettes se vendent tous les jours si elles peuvent,
mais elles ne se livrent que rarement. Elles sont bien aises de faire
naître un violent désir de les posséder chez ceux
qui ont de l'amour pour elles ; mais elles sont bien aises de retarder
autant qu'elles peuvent l'accomplissement de leurs désirs...
[...]
Je me souviens d'en avoir connu une qui, s'étant
rencontrée dans un cadeau avec quatre de ses galants, les renvoya
tous contents. Dans le même temps qu'elle parlait au premier, elle
jetait les yeux sur le second, présentait quelque chose à
manger au troisième, et marchait sur le pied du quatrième.
[...]
(et lorsque la coquette vieillit :) ...Ce temps n'arrive
ordinairement que sur le déclin de sa beauté, car alors
se voyant forcée de renoncer à la qualité de coquette,
elle se range au nombre des précieuses. Pour vous faire entendre
clairement comment les coquettes se métamorphosent en précieuses,
il faut que vous sachiez que, se voyant dans un temps et dans un âge
où elles n'osent plus se servir, pour donner de l'amour, de mille
petits artifices qui ne sont agréables que dans les jeunes personnes,
elles prennent ordinairement l'un de ces trois partis. Les unes se jettent
dans une dévotion véritable ou feinte ; les autres
deviennent de bonnes femmes fort commodes, et ce sont celles dont j'ai
déjà parlé, qui conservent pour amis par leur complaisance
et leur bonne humeur ceux qu'elles avaient auparavant pour galants ;
enfin la troisième branche de coquettes réformées
sont les précieuses. Celles-là s'imaginent faire une retraite
plus belle que les autres ; car, en renonçant aux artifices
des femmes coquettes, elles ne renoncent pas à toutes sortes de
moyens de donner de l'amour, elles changent seulement de batterie :
au lieu d'employer leurs soins pour paraître des Vénus, elles
font ce qu'elles peuvent pour paraître des Pallas ; mais ce
sont des Pallas trompeuses, dont la science ne consiste que dans l'intention
ou dans la réforme de quelque mot... »
La Bruyère, Les Caractères ou les Moeurs
de ce siècle, Des Femmes...1696
« Une femme galante veut qu'on l'aime, il
suffit à une coquette d'être trouvée aimable et de
passer pour belle ; celle-là cherche à engager, celle-ci
se contente de plaire : la première passe successivement d'un
engagement à un autre, la seconde a plusieurs amusements tout à
la fois : ce qui domine dans l'une, c'est la passion et le plaisir,
et dans l'autre, c'est la vanité et la légèreté :
la galanterie est un faible du coeur ou peut-être un vice de la
complexion ; la coquetterie est un dérèglement de l'esprit :
la femme galante se fait craindre, et la coquette se fait haïr. »
A propos d'Arsinoé :
Le nom d'Arsinoé, qui désigne à la fois plusieurs
princesses égyptiennes et plusieurs villes de l'Antiquité
a déjà été utilisé par Corneille pour
désigner, dans Nicomède (1651) la femme de Prusias,
qui, sous des dehors doucereux, se révèle une marâtre
ambitieuse et pleine de fiel
Abbé de Pure, La Prétieuse, 1654 :
« La prude est une femme entre deux âges, qui a toute
l'ardeur de ses premières complexions, mais qui, par le temps et
le bon usage des occasions, s'est acquis l'art de les si bien déguiser
qu'elles ne paraissent point ; de sorte qu'elle est toujours la même
dans la vérité, mais néanmoins toute différente
dans l'apparence et dans l'opinion. »
Madeleine de Scudéry, Clélie, 2e
partie, 1658 :
« Il s'est enfin formé une morale scrupuleuse qui fait
peur à quiconque a l'esprit bien tramé.- Pour cela, dit
Bellanire, il ne faut que de voir de quelle manière les dames qui
se sont mises sous sa conduite parlent et agissent : elles ont des
scrupules si chimériques qu'on ne peut comprendre comment des femmes
d'esprit peuvent s'être laissé persuader de si bizarres choses.
Et ce qu'il y a d'étrange, ajouta Damon, c'est que ces dames scrupuleuses,
qui ne voudraient pas seulement voir l'amour en peinture, déchirent
toutes les femmes, condamnent légèrement les actions les
plus innocentes, ne peuvent souffrir les plaisirs qu'elles n'ont pas,
n'épargnent pas même leurs plus chères amies, trouvent
à redire à tout ce qu'elles ne font point, et expliquent
en mal tout ce qui se fait hors de leur présence et tout ce qu'elles
n'entendent pas. D'ailleurs elles sont étrangement curieuses ;
elles veulent savoir tout ce qui s'est passé dans les autres cabales
pour en médire dans la leur ; elles portent même envie
à des plaisirs qu'elles ne veulent pas prendre, et elles sont si
persuadées de leur prétendue vertu qu'elles traitent toutes
les autres dames de profanes qui ne sont pas dignes de leur société.
Mais pour moi, je n'estimerai jamais vertueuses celles qui ne se servent
de la vertu que pour avoir de l'orgueil et pour mépriser tout ce
qui ne leur ressemble pas.- Ce qu'il y a encore de rare, ajouta Bellanire,
c'est que toutes ces scrupuleuses qui blâment si vivement les actions
des autres ne se corrigent d'aucune mauvaise habitude. Car j'en connais
une qui est la plus colère personne du monde, qui ne se donne pas
la peine une fois dans sa vie de retenir les premiers mouvements de son
esprit, et qui crie et gronde éternellement tous ceux qui sont
à son service. J'en connais une autre qui est si paresseuse et
si nonchalante qu'à mon avis il y a des jours où elle ne
ferait pas un pas pour aller au-devant de la bonne fortune si elle venait
à elle. J'en sais une autre qui est avare, jusqu'à se refuser
ce qui pourrait la faire paraître plus belle, quoiqu'elle aime fort
sa beauté ; et j'en sais quatre au moins qui, bien loin de
vivre de fruits sauvages comme Pythagore, aiment si fort à faire
bonne chère qu'elles passent toute leur vie ou à manger,
ou à penser ce qu'elles mangent. Cependant, parce que ces dames
sont prudes et qu'elles en ont toutes les façons, elles méprisent
toute la terre et croient qu'on leur doit bâtir des temples et offrir
de l'encens. »
Molière, la Critique de l'École des
femmes, 1663 :
Uranie : « L'honnêteté d'une femme n'est
pas dans les grimaces. Il sied mal de vouloir être plus sage que
celles qui sont sages. L'affectation en cette matière est pire
qu'en toute autre ; et je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse
d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux
plus innocentes paroles et s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi,
celles qui font tant de façons n'en sont pas estimées plus
femmes de bien.
[...]
Bien qu'elle ait de l'esprit, elle a suivi le mauvais
exemple de celles qui, étant sur le retour de l'âge, veulent
remplacer de quelque chose ce qu'elles voient qu'elles perdent, et prétendent
que les grimaces d'une pruderie scrupuleuse leur tiendront lieu de jeunesse
et de beauté. Celui-ci pousse l'affaire plus avant qu'aucune, et
l'habileté de son scrupule dénonce des saletés où
personne n'en avait vu. »
La Bruyère, Caractères,
Des femmes, 43 :
« La dévotion vient à quelques-uns, et surtout
aux femmes, comme une passion, ou comme le faible d'un certain âge,
ou comme une mode qu'il faut suivre (...) ; il y a chez elles une
émulation de vertu et de réforme qui tient quelque chose
de la jalousie ; elles ne haïssent pas de primer dans ce nouveau
genre de vie comme elles faisaient dans celui qu'elles viennent de quitter
par politique ou par dégoût. Elles se perdaient gaiement
par la galanterie, par la bonne chère et par l'oisiveté,
et elles se perdent tristement par la présomption et par l'envie. »
A propos de Dubois :
Le rôle court, mais pittoresque, du valet Dubois , n'a jamais été
dédaigné, même par les plus grands. La tradition voulait
même qu'il fût attribué à un grand valet de
répertoire. Après Préville, Dugazon et Dazincourt,
la Rochelle, Thénard et Cartigny, Monrose a pris possession du
rôle à la Comédie-Française , le jouant en
alternance avec Faure, Samson et Regnier, avant de le céder à
son fils Louis Monrose. On put y applaudir ensuite, entre autres, Coquelin
cadet, Joliet, André Brunot, Louis Seigner, Hubert Gignoux et Yves
Gasc....
A propos des petits marquis :
Molière dit lui-même, dans l'Impromptu
de Versailles, : « le marquis devient le plaisant
de la comédie. » On a cherché des clefs aux personnages
d'Acaste et de Clitandre et des noms ont circulé. Il n'y faut cependant
voir qu'une des cibles préférées de Molière,
tel qu'il décrit le courtisan du Remerciement au Roi ou
le jeune élégant de l'École des maris.

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Liste des interprètes à
la Comédie-Française :
Alceste : Molière (1666),
Baron, La Grange (1685),... Dancourt,... , Quinault l'aîné,
Quinault-Dufresne, ...Grandval (1741), Bellecour, Dalainville, Larive,
Molé, Dorival, Boursaut (D), Baptiste aîné, Fleury,
Saint-Fal, Lafon, Damas, Perrier, Delafosse, Armand, Alexandre, Charles
Mangin, Colson, Bocage, David, Volnys, Rey, Devéria, Firmin, Menjaud,
Geffroy, Bouchet, Brévanne, Bignon, Brindeau, Maillart, Bressant,
Lafontaine, Laroche, Maubant, Delaunay, Worms, Leitner, Léon Marais,
Delaunay fils, Silvain, Mounet-Sully, Raphaël Duflos, Georges Grand,
Georges Le Roy, Maxime Desjardins, René Alexandre, Albert-Lambert,
Jean Valcourt , Jean Hervé, Aimé Clariond, Jean Martinelli,
Pierre Dux, Henri Rollan, Maurice Donneaud, Jean Chevrier, Jean Marchat,
Jacques Dumesnil, Paul-Émile Deiber, François Chaumette,
André Falcon, [Jean-Luc Boutté], Georges Descrières,
François Beaulieu, Michel Aumont, Simon Eine, Thibaut de Montalembert,
Denis Podalydès.
Philinte : La Grange ( ? 1666),
Guérin (1685),... Fontenay,..., Dubreuil, ..., Blainville,...,
Bellemont (1766), Dalainval, Dusaulx, Dorival, Ernest Vanhove, Lacave,
Naudet, Baptiste aîné, Saint-Fal, Saint-Aulaire, Provost,
Desmousseaux, Mainvielle, Brévanne, Maubant, Volnys, Fonta, Beauvallet,
Chéry, Dupont-Vernon, Thiron, Baillet, Delaunay fils, Charles Le
Bargy, Henri Mayer, Paul Mounet, Marcel Dessonnes, Paul Numa, Paul Gerbault,
Roger Monteaux, Jean Debucourt, Pierre Dux, Louis Seigner, Jacques Dacqmine,
Jean Marsan, Jean Meyer, Jacques Servière, François Vibert,
Bernard Dhéran, François Chaumette, Jacques Sereys, Jacques
Toja, Jacques Maury, Jean-Louis Jemma, Simon Eine, [Patrice Kerbrat ],
Michel Duchaussoy, Nicolas Silberg, Alain Pralon, Laurent Rey , Laurent
Natrella.
Oronte : La Thorillière (?1666),
Du Croisy (1685),..., Clavareau, Ponteuil,..., Dauberval (1766), Préville,
Dugazon, Dusaulx, Seguin, Grammont, Florence, Marsy, Després, Lacave,
Barbier, Michelot, Baudrier, Saint-Eugène, Colson, Saint-Aulaire,
Dumilâtre, Delafosse, Geffroy, Samson, Mainvielle, Mirecour, Talbot,
Chéry, Garraud, Prud'hon, Joumard, Dupont-Vernon, Joliet, Coquelin
aîné, Jules Truffier, Claude Garry, Coquelin cadet, Georges
Berr, André Brunot, Delaunay fils, Paul Numa, Jacques Fenoux, Pierre
Bertin, Pierre Dux, Aimé Clariond, Jean Meyer, Jean Yonnel, Jacques
Charon, Bernard Dhéran, Jacques Sereys, Alain Feydeau, Jacques
Maury, René Camoin, [Simon Eine], Dominique Rozan, François
Beaulieu, Guy Michel, Michel Favory.
Acaste : Hubert (1666 ?- 1685),...,
Le Grand fils, ... Ribou,..., Molé (1766), Bellecour, Vellenne,
Chevalier, Monvel, Fleury, Julien, Dorival, Reymond, Saint-Fal, Dunant,
Dupont, Després, Armand, Michelot, Artiguenave, Firmin, Menjaud,
David, Mirecour, Le Roy, Leroux, Olivier, Delaunay, Métrême,
Garraud, Worms, Prud'hon, C. Verdellet, Boucher, Joumard, Berton, Samary,
Dehelly, Charles Granval, Jacques Guilhène, Pierre Fresnay, René
Rocher, Pierre Berton, Jean Weber, Jacques Charon, Jean Deninx, Pierre
Gallon, Michel Le Royer, Jean-Laurent Cochet, Jacques Toja, Jean-Louis
Jemma, Michel Bernardy, Jean-Pierre Barlier, [Richard Berry], Guy Michel,
Raymond Acquaviva, Gérard Chaillou, Marc Chouppart, Thierry Hancisse,
Jean-Pierre Michaël, Laurent d'Olce.
Clitandre : Louis Béjart
(1666), Villiers (1685),..., La Thorillière fils, ..., Dubois,...
Vellenne (1766), Molé, Chevalier, Neuville, Dauberval, Delahaye,
Monvel, Reymond, de Cène, Dalainval, Clavereau, Florence, Dunant,
Saint-Fal, Armand, Michelot, Michot, Firmin, David, Menjaud, Lecomte,
Mirecour, Bouchet, Albert, Maillart, Drouville, Laba, Dupuis, Delaunay,
Métrême, Guichard, Candeilh, Delille, Garraud, Worms, Ariste,
Verdellet fils, C. Verdellet, Febvre, Prud'hon, Charpentier, Boucher,
Joumard, Baillet, Reney, Truffier, Gravollet, Samary, Dehelly, Esquier,
Georges Laumonier, Charles Granval, Jacques Guilhène, Paul Numa,
André Polack, René Rocher, Maurice Escande, Pierre Bertin,
Jean Marchat, Jean Weber, Pierre Lecomte, Claude Lehmann, Julien Bertheau,
Robert Manuel, Fernand Fournier, Jacques Charon, Jean Desailly, Jacques
Clancy, Jean Marsan, Pierre Gallon, Jean-Louis Jemma, Tony Jacquot, Jacques
Sereys, Alain Feydeau, Jean-Laurent Cochet, Maurice Germain, Jean-Pierre
Barlier, Alain Pralon, Jean-Noël Sissia, Philippe Rondest, Jean-François
Lapalus, Philippe Fretun, François Barbin, Loïc Brabant, Thierry
Hancisse, Christian Gonon.
Célimène : Armande
Béjart, dite Mlle Molière (1666), dite Mlle Guérin
(1685),..., Mlle Quinault, ..., Adrienne Lecouvreur,..., Mlle Gaussin,...,
Mlle Dubois,..., Mlle Hus,..., Mlle D'Épinay (plus tard Mme
Molé), Mme Préville, Mme Vestris, Louise Contat, Mme
Suin, Mlle Mézeray, Mme Talma (Mme Petit-Vanhove), Mlle Henry,
Mlle Leverd, Mlle Mars, Caroline Saint-Fal, Mlle Bourgoin, Mlle Mante,
Mélanie Serre, Mlle Martin, Rose Dupuis, Mme Moreau-Sainti, Mlle Orel, Mlle Douglas, Zulma Restout, Mlle Valérie, M lle Planat,
Mme Arnould-Plessy, Mlle Rabut, Mlle Denain, Mlle Holbenn, Sarah Félix,
Mlle Delahaye, Madeleine Brohan, Mlle Mantelli, Élise Devoyod,
Zélia Ponsin, Mlle Lloyd, Édile Riquer, Sophie Croizette,
Mlle Tholer, Mlle Marsy, Maria Legault, Mlle Martel, Mlle Barretta,
Renée Du Minil, Louise Silvain, Cécile Sorel, Berthe Cerny,
Gabrielle Robinne, Mary Marquet, Tania Fédor, Irène Brillant,
Véra Korène, Lise Delamare, Marie Bell, Annie Ducaux, Mony
Dalmès, Marie Sabouret, Yvonne Gaudeau, Nicole Mérouze,
Myriam Colombi, Geneviève Casile, [Catherine Salviat], Béatrice
Agenin, Ludmila Mikaël, Dominique Constanza, Catherine Sauval, Clothilde
de Bayser.
Eliante : Marquise Du Parc (1666),
Mlle Guiot (1685),..., Mlle Connell, ..., Mlle Dubois,..., Mlle Doligny
(1766), Mlle D'Épinay (Mme Molé), Mlle Hus (Mme Lelièvre),
Mlle Saint-Gervais, Louise Contat, Mlle Vadé, Mlle Julien, Mlle Olivier, Mlle Joly, Mlle Monrose, Mlle Vanhove (Mme Petit-Vanhove,
puis Mme Talma), Mlle Masson, Mlle Mars, Mlle Gros, Mlle Bourgoin,
Mlle Anaïs, Mlle Jolié, Mlle Judith, Maria Favart, Delphine
Fix, Mlle Lemerle, Mlle Savary, Rébecca Félix, Édile
Riquer, Zélia Ponsin, Mlle Lloyd, Mlle Tordeus, Marie Royer,
Sophie Croizette, Émilie Broisat, Blanche Frémaux, Mlle
Hadamard, Mlle Barretta, Mlle Bertiny, Marguerite Moréno, Henriette
Fouquier, Marcelle Géniat, Mitzy-Dalti, Gabrielle Robinne, Constance
Maille, Louise Lara, Colonna Romano, Huguette Duflos, Clémence
Valpreux, Marie Bell, Marcelle Romée, Béatrice Bretty, Mary
Morgan, Élisabeth Nizan, Madeleine Renaud, Marcelle Gabarre, Maria
Fromet, Jeanne Sully, Mony Dalmès, Gisèle Casadesus, Thérèse
Marney, Yvonne Gaudeau, Marie Sabouret, Éliane Bertrand, Françoise
Seigner, Françoise Engel, Danielle Volle, Geneviève Casile,
Régine Blaëss, Jeanne Colletin, Alberte Aveline, [Catherine
Ferran], Ludmila Mikaël, Dominique Constanza, Marceline Collard,
Fanny Delbrice, Christine Murillo, Catherine Salviat, Sylvia Bergé,
Isabelle Gardien.
Arsinoé : Catherine De Brie
(1666, 1685), ..., Mlle Dubreuil, ... Mlle Duchemin,..., Mlle Brillant
(1766), Mme Drouin, Mlle Livry, Mlle La Chassaigne, Mlle Durand, Mlle Démar, Mme Bognioli, Mme Suin, Mlle Desroziers, Mme Thénard,
Mlle Devin, Mlle Pélicier, Mme Régnier (M me Tousez),
Mlle Mars aînée, Mlle Baptiste (Mme Desmousseaux), Mlle
Hervey, Mlle Mante, Mme Mirecour, Mlle Noblet, Mlle Nathalie, Mme
Jouassain, Mlle Jouvante, Émilie Guyon, Marie Royer, Édile
Riquer, Maria Favart, Mme Amel, Mlle Fayolle, Mlle Lloyd, Blanche Pierson,
Isabelle Persoons, Renée Du Minil, Suzanne Devoyod, Catherine Fonteney,
Émilienne Dux, Béatrix Dussane, Marcelle Brou, Béatrice
Bretty, Germaine Rouer, Louise Conte, Line Noro, Jeanne Boitel, Hélène
Perdrière, Denise Gence, Bérengère Dautun, [Fanny
Delbrice], Nathalie Nerval, Geneviève Casile, Martine Chevallier,
Claire Vernet, Dominique Constanza, Alberte Aveline.

Représentations à la cour :
1681 - Fontainebleau, date incertaine
1685 - Versailles, vendredi 23 mars
1687 - Versailles, lundi 13 janvier et samedi 29 novembre
1688 - Versailles, lundi 9 mars
1689 - Versailles, mardi 8 mars et vendredi 9 décembre
1693 - Versailles, mardi 3 mars
1694 - Versailles, vendredi 19 novembre
1697 - Versailles, dimanche 24 novembre
1699 - Versailles, jeudi 15 janvier
1700 - Versailles, jeudi 4 février
1704 - Versailles, samedi 1er mars
1705 - Versailles, lundi 7 décembre
1706 - Versailles, mercredi 29 décembre
1710 - Versailles, samedi 11 janvier
1711 - Versailles, jeudi 26 février
1725 - Versailles, mardi 4 décembre
1726 - Fontainebleau, 5 octobre
1731 - Versailles , lundi 17 septembre
1734 - Versailles, mercredi 6 janvier
1737 - Fontainebleau, mardi 12 novembre
1742 - Fontainebleau, jeudi 12 avril
1743 - Versailles, mardi 10 décembre
1744 - Versailles, mardi 17 mars
1745 - Versailles, mardi 19 janvier
1746 - Versailles, mardi 8 février
1749 - Versailles, mardi 4 mars
1750 - Versailles, mardi 20 janvier ; jeudi 10 décembre
1752 - Versailles, mardi 25 janvier ; mardi 21 novembre
1754 - Versailles, mardi 29 janvier ; mardi 10 décembre
1755 - Fontainebleau, mardi 30 septembre
1759 - Versailles, mardi 16 janvier
1761 - Versailles, mardi 3 février
1764 - Versailles, mardi 14 février
1772 - Versailles, vendredi 31 janvier
1778 - Versailles, mardi 10 février
1783 - Versailles, mardi 11 mars
1789 - Versailles, jeudi 15 janvier
1806 - Saint-Cloud, 24 avril
1810 - Compiègne, lundi 23 avril
1813 -
Élysée, lundi 5 avril
1825 - « à la cour », lundi 20 juin, à
l'occasion du sacre de Charles X

Liste des représentations extérieures
1832 - Théâtre de l'Odéon, lundi 5
novembre
1837 - Versailles, grand Opéra, samedi 10 juin, « en
costumes du temps », pour l'inauguration du Musée du
Château de Versailles
1861 - Chez Walewski, Ministre d'État, mardi 28 mai (1er et 2e
actes)
1867 - Chez le Ministre d'État, samedi 23 mars
1869 - Lycée Louis-le-Grand, vendredi 28 mai (1er acte)
1870 - Théâtre de la Gaieté, dimanche 6 mars en matinée
1874 - Au Ministère de l'Instruction publique, samedi 7 mars (1er
acte)
1875 - Théâtre de l'Odéon, dimanche 31 janvier (3e
acte) , au bénéfice des Pauvres du 5e arrondissement.
1876 - Mairie du 4 e arrondissement, dimanche 23 avril (1er acte) ; Théâtre
Lyrique, dimanche 1 er octobre (1 er acte)
1877 - Mairie du 4 e arrondissement, dimanche 4 février (1 er acte),
pour les Écoles ; Salle Herz, mardi 24 avril ( scènes) ,
au bénéfice de l'orphelinat de Levallois-Perret
1878 - Théâtre Italien, dimanche 3 février (3 e acte),
au bénéfice des blessés de la guerre d'Orient
1913 -30 décembre : Mounet-Sully , dans le rôle d'Alceste,
joue le premier acte en compagnie de Paul Mounet - Philinte et Jules Truffier
- Oronte.
1920 - Versailles, 20 juin , pour la Fondation de la Victoire : reconstitution
d'une représentation à Versailles, sur un théâtre
monté dans les Appartements , avec Berthe Cerny, dans le rôle
de Célimène et Raphaël Duflos dans le rôle d'Alceste,
et avec la participation de l'Opéra et de l'Opéra-Comique.
1922 - Musée du Louvre, 22 janvier (2 e acte)
1925 - Maisons-Alfort, 7 mai , au bénéfice de l'Association
« Trente ans de théâtre »
1929 - Théâtre de Vaugirard, 31 janvier, au bénéfice
de l'Association « Trente ans de théâtre »
1931 - Trocadéro, 13 décembre
1932 - Concert Brunin, 7 avril, au bénéfice de l'Association
« Trente ans de théâtre » ; Concert
du XXe siècle, 14 avril, au bénéfice de l'Association
« Trente ans de théâtre »
1933 - Rouen, 18 décembre ( 1er acte)
1980 - Pavillon d'Armenonville, novembre (extraits)

Liste des représentations en tournées :
1868 - juillet août, tournée en France :
Dijon, Lyon, Toulon, Nice, Marseille
1915 - Suisse ( Genève)
1919 - Belgique (Bruxelles)
1920 - Suisse (Lausanne)
1922 - Belgique (Anvers, Bruxelles, Liège, Gand) ; Angleterre
(Londres), Lille
1926 - Luxembourg
1929 - Le Havre
1931 - Belgique (Anvers, Bruxelles, Liège, Gand)
1933 - Le Havre
1940 - Roumanie (Bucarest) ; Grèce (Athènes) ;
Serbie (Belgrade) ; Turquie (Istambul, Ankara) ; Syrie (Damas) ;
Liban (Beyrouth)
1942 - Vichy
1946 - Allemagne (Berlin, Baden-Baden, Wiesbaden)
1948 - Lille, Belgique (Bruxelles, Verviers , Anvers, Gand), Pays-Bas
(Amsterdam, la Haye, Utrecht), Bordeaux, Angleterre (Londres)
1953 - Suisse (Genève)
1955 - Allemagne (Baden-Baden, Dusseldorf, Aix-la-Chapelle), Vichy
1962 - Belgique (Charleroi)
1975 - France
1978 - France
1985 - U.R.S.S. (Kiev, Moscou)
1990 - France; Suisse; Espagne; Belgique) ; Pays-Bas, Fort-de-France

Mises en scène extérieures :
1913, Théâtre de l'Odéon :
Alceste : Desjardins
Célimène: Mlle Osborne
Philinte : Vargas
Oronte: Coste
Les petits marquis : Maupré et Grégoire
Arsinoé : Mlle Grumbach
Éliante : Mlle Méthivier
Dubois: Jean d'Yd
Janvier 1922, Théâtre du Vieux-Colombier,
mise en scène de Jacques Copeau (joué en première
fois à New-York en 1919)
avec:
Alceste : Jacques Copeau
Célimène : Valentine Tessier
Oronte : Georges Vitray
Philinte : Louis Jouvet
Acaste : Allard
Clitandre : Verneuil
Éliante : Suzanne Bing
Arsinoé : Blanche Albane
Février 1922, Théâtre Edouard
VII
avec
Lucien Guitry : Alceste
Février 1931, Théâtre Antoine, mise
en scène de René Rocher, décor d'André Boll
avec:
Alceste : Henri Rollan
Célimène : Jeanne Provost
Oronte : Roger Gaillard
Clitandre : Maurice Escande
Acaste : Paul Bernard
Éliante : Alice Field
Arsinoé : Marguerite Pierry
Philinte : Maurice Varny
Janvier 1936, Théâtre du Vieux-Colombier,
mise en scène de René Rocher,
avec :
Alceste : Henri Rollan
Célimène : Jeanne Provost
Arsinoé : Mlle Andreyor
Oronte : Pierre Stéphen
Éliante : Simone Renant
Philinte : Varny
1947, Théâtre des Mathurins, mise
en scène de Marcel Herrand,
avec Jean Marchat : Alceste
Octobre 1954, Théâtre Marigny, mise en
scène de Jean-Louis Barrault, décor de Pierre Delbée,
costumes de Marcel Escoffier
avec :
Alceste : Jean-Louis Barrault
Célimène : Madeleine Renaud
Oronte : Pierre Bertin
Philinte : Jean Desailly
Éliante : Simone Valère
Arsinoé : Michèle Lahaye
1959, Théâtre du Vieux-Colombier, mise
en scène de Bernard Dhéran, en costumes modernes, décor
de Roger Dornès
avec :
Alceste : Jacques Dumesnil
Célimène : Madeleine Delavaivre
Philinte : Jean-Pierre Delage
Oronte : Jacques François
les marquis : Jacques Ciron et Etienne Aubray
Éliante : Marie-Thérèse Arène
Arsinoé : Gisèle Touret
Octobre 1962, Théâtre Gramont, mise en scène
de René Dupuy, décor et costumes de Léonor Fini
avec:
Alceste : René Dupuy
Célimène : Danièle Lebrun
Arsinoé : Anne-Marie Mailfer
Philinte : Marcel Cuvelier
Oronte : Jacques Martin
Les marquis : Guy Michel et Daniel Prévost
Éliante : Marie-Thérèse Quentin
Février 1963, Théâtre de l'Oeuvre, mise en scène de Pierre Dux, décor et costumes de Jean-Denis
Malclès, robes de chez Dior (costumes contemporains)
avec :
Alceste : Pierre Dux
Célimène : Dany Robin
Arsinoé : France Delahalle
Oronte : Alfred Adam
Philinte : Jacques-Henri Duval
1969, Théâtre de la Ville, mise en scène
de Marcel Bluwal, en costumes modernes
avec :
Alceste : Michel Piccoli
Célimène : Danièle Lebrun
Philinte : Marcel Cuvelier
1976-77, en tournée Karsenty, mise en scène
de Jean-Paul Roussillon
avec Robert Hirsch : Alceste
1977, Théâtre National de Strasbourg, mise
en scène de Jean-Pierre Vincent
avec Philippe Clévenot : Alceste
1978, Festival d'Avignon, en alternance avec l'École
des femmes, Tartuffe, Dom Juan, mise en scène d'Antoine Vitez,
décor et costumes de Claude Lemaire
avec :
Alceste : Marc Delsaert
Célimène : Jany Gastaldi
Acaste : Jean-Claude Durand
Clitandre : Daniel Martin
Oronte : Didier Sandre
Arsinoé : Nadia Strancar
Éliante : Dominique Valadié
Dubois : Gilbert Vilhon
Basque : Richard Fontana
Un garde : Antoine Vitez
1982, Théâtre du Marais, mise en scène
de Jacques Mauclair
avec :
Alceste : Jacques Mauclair
Célimène : Agnès Garreau
1985, Bobigny, mise en scène d'André
Engel, décor de Nicky Rieti
avec :
Alceste : Gérard Desarthe
Célimène : Laurence Masliah
1988, Théâtre National de Chaillot, mise
en scène d'Antoine Vitez, décor et costumes de Yannis Kokkos
avec :
Alceste : Patrice Kerbrat
Célimène : Dominique Blanc
Philinte : Jean-Claude Durand
Oronte : Pierre Romans
Acaste : Grégoire Ingold
Clitandre : Pascal Ternisien
Éliante : Pascaline Pointillart
Arsinoé : Laurence Roy
Dubois : Murray Grönwall
Décembre 1989, Théâtre de Nice, mise
en scène de Jacques Weber , décor de Serge Marzolff, costumes
de Jacques Schmidt
avec :
Alceste : Jacques Weber
Philinte : Yann Babilée
Oronte : Roger Dumas
Célimène : Emmanuelle Béart
Arsinoé : Charlotte de Turckheim
Éliante : Emmanuelle Meyssignac
les marquis : Pierre Gérard et Arnaud Bédouet
Reprise en septembre 1990, Théâtre
de la Porte-Saint-Martin,
avec :
Arsinoé : Evelyne Buyle
Philinte : Hervé Briaux
Février 1990, Théâtre de la
Renaissance, mise en scène de Pierre Pradinas
avec :
Alceste : Nils Arestrup
Célimène : Marianne Basler
Arsinoé : Brigitte Catillon
Juin 1990, Festival de Saint-Herblain, stage autour du
Misanthrope, animé par Christian Rist
avec :
Alceste : Philippe Müller
Célimène : Irène Jacob
Philinte : Christian Rist
Reprise au théâtre de l'Athénée
en octobre 1991.
Janvier 1992, Théâtre Marigny, mise en scène
de Francis Huster, décor et costumes de Louis Bercut
avec :
Alceste : Francis Huster
Oronte : Robert Hirsch
Arsinoé : Danièle Lebrun
Dubois : Robert Manuel
Célimène : Cristina Reali
Philinte : Jacques Spiesser
Éliante : Estelle Skornik
Mars 1999, MC93 Bobigny, mise en scène de Jacques
Lassalle
avec :
Alceste : Andrzej Seweryn
Célimène : Marianne Basler
Philinte : Alain Libolt
Éliante : Delphine Rich
Arsinoé : Claude Degliame
Oronte : Idwig Stéphane
Clitandre : Mark Saporta
Acaste : Laurent Manzoni
Télévision :
En 1947, la première dramatique réalisée
en direct par Jean Kerchbron
Février 1971, réalisation de Pierre Dux,
avec
Jean Rochefort : Alceste
Jean Desailly : Philinte
2 mai 1994 : mise en scène
de Jacques Weber filmée en direct par Mathias Ledoux (Canal +) avec :
Jean-François Balmer : Alceste
Romane Bohringer : Célimène
Marie Trintignant : Arsinoé
Philippe Khorsand : Philinte
Patrick Chesnais : Oronte
Emmanuelle Lepoutre : Éliante
Vincent Schmitt et Guillaume de Tonquedec
Roland Blanche : Dubois

Sources de la pièce :
Le personnage du « misanthrope »
existe dès la littérature antique.
Platon définit la misanthropie dans le Phédon
(XXXIX, 89) : « La misanthropie vient de ce qu'après
s'être beaucoup fié, sans aucune connaissance des hommes,
à quelqu'un et l'avoir cru tout à fait sincère, honnête
et digne de confiance, on le trouve peu de temps après méchant,
infidèle, et tout autre encore dans une autre occasion ; et
lorsque cela est arrivé à quelqu'un plusieurs fois, et surtout
relativement à ceux qu'il aurait cru ses meilleurs et plus intimes
amis, après plusieurs mécomptes, il finit par prendre en
haine tous les hommes et ne plus croire qu'il y ait rien d'honnête
dans aucun d'eux. ».
Aristote en donne une définition plus radicale :
« Parmi les hommes, les uns s'attachent à être
agréables à tout le monde, le désir de plaire leur
fait tout approuver, éviter toute contestation, regarder comme
un devoir de ne faire de peine à personne, tandis que d'autres,
au contraire, toujours en contradiction avec tout le monde, se soucient
peu d'affliger ou de plaire, sont querelleurs, d'une humeur chagrine,
ou difficile. » (Éthique à Nicomaque,
IV, 12).
Le mot lui-même fut appliqué dans l'antiquité
à un athénien nommé Timon, qui vivait au Ve siècle
avant notre ère et se piquait d'être l'ennemi du genre humain.
Cité par Aristophane, mentionné par Plutarque et par Libanios,
il est aussi le héros d'un dialogue de Lucien de Samosate. Érasme
rapporte dans ses Apophtegmes une parole de Timon, que Molière
ne manque pas d'utiliser : « On demandait à Timon
d'Athènes, appelé le misanthrope, pourquoi il haïssait
tous les hommes. Je hais les méchants, répondit-il, parce
qu'ils le méritent, et les autres parce qu'ils ne haïssent
pas les méchants. » Shakespeare lui consacre une tragédie
entière, Timon d'Athènes. A défaut de connaître
cette dernière pièce, Molière avait connaissance
de certains traits du personnage.
Le sous-titre de la pièce, l'Atrabilaire amoureux,
inscrit dans le registre de la chambre syndicale des libraires, au moment
de l'obtention du privilège d'impression de la pièce( privilège
obtenu le 21 juin 1666, inscrit le 21 décembre 1666), suggère
que Molière, qui avait lui-même eu affaire aux médecins
et connaissait bien leur jargon, s'est inspiré des dernières
études à la mode sur les « humeurs »
qui sont le fondement de la physiologie, de la médecine et de la
caractériologie de son temps. Selon cette théorie, quatre
liquides irriguent le corps humain : le sang, le flegme ou pituite,
la bile et la bile noire ou mélancolie. Selon que l'une ou l'autre
de ces humeurs domine, on est sanguin, flegmatique, bilieux, atrabilaire
(ou mélancolique). Il s'agit donc d'une sorte de pathologie constitutive,
à rapprocher de l'hypocondrie dont on a souvent accusé Molière,
l'hypocondrie étant définie comme une inflammation de tout
le bas-ventre due à la bile noire ou mélancolie, ayant pour
conséquence le déséquilibre mental.
En surcroît de cette analyse caractérologique,
Molière ne manque pas de sources littéraires, et sans doute
la plus importante est-elle à trouver dans les romans de Madeleine
de Scudéry, Artamène ou le Grand Cyrus et Clélie,
dont certains personnages et certains épisodes évoquent
des caractères et des situations proches de ceux et celle du Misanthrope.
Le Misanthrope, pièce à clefs ?
Molière lui-même nie toute volonté de peindre un personnage
en particulier : l'Impromptu de Versailles , scène
IV : « Il disait que rien ne lui donnait du déplaisir
comme d'être accusé de regarder quelqu'un dans les portraits
qu'il fait ; que son dessein est de peindre les moeurs sans vouloir
toucher aux personnes. »
Néanmoins, les adversaires de Molière ne
manquent pas de faire des rapprochements qui pourraient mettre Molière
en difficulté. L'abbé d'Olivet raconte dans son Histoire
de l'Académie (1729) : « Venons à
Molière. Quand il donna son Misanthrope, l'abbé
Cotin et Ménage se trouvèrent à la première
représentation, et tous deux, au sortir de là, ils allèrent
sonner le tocsin à l'hôtel de Rambouillet, disant que Molière
jouait ouvertement M. le duc de Montausier, dont en effet la vertu austère
et inflexible passait mal à propos dans l'esprit de quelques partisans
pour tomber un peu dans la misanthropie. Plus l'accusation était
délicate, plus Molière sentit le coup. Mais il l'avait prévenu
en communiquant sa pièce, avant qu'elle fût jouée,
à M. de Montausier lui-même qui, loin de s'en offenser, l'avait
vantée, et avec raison, comme le chef-d'oeuvre de l'auteur. »
Une autre version de la réaction de M. de Montausier
est donnée par une addition de Saint-Simon au Journal
de Dangeau, à la date du 17 mai 1690 : « Mais je
ne puis quitter M. de Montausier sans en rapporter une aventure qui le
caractérise mieux que tout ce qu'on en pourrait dire. Molière
fit le Misanthrope. Cette pièce fit grand bruit, et eut
grand succès à Paris avant que d'être jouée
à la cour. Chacun y reconnut M. de Montausier, et prétendit
que c'était lui que Molière avait en vue. M. de Montausier
le sut, et s'emporta jusqu'à faire menacer Molière de le
faire mourir sous le bâton. Le pauvre Molière ne savait où
se fourrer ; il fit parler à M. de Montausier par quelques
personnes, car peu osèrent s'y hasarder ; et ces personnes
furent fort mal reçues. Enfin, le roi voulut voir le Misanthrope
, et les frayeurs de Molière redoublèrent étrangement,
car Monseigneur allait aux comédies, suivi de son gouverneur. Le
dénouement fut rare : M. de Montausier, charmé du Misanthrope,
se sentit si obligé qu'on l'eût cru l'objet, qu'au sortir
de la comédie il envoya chercher Molière pour le remercier.
Molière pensa mourir du message, et ne put se résoudre qu'après
bien des assurances réitérées. Enfin il arriva tout
tremblant chez M. de Montausier qui l'embrassa à plusieurs reprises,
le loua, le remercia, et lui dit qu'il avait pensé à lui
en faisant le Misanthrope, qui était le caractère
du plus parfaitement honnête homme qui peut être, et qu'il
lui avait fait trop d'honneur, et un honneur qu'il n'oublierait jamais,
tellement qu'ils se séparèrent les meilleurs amis du monde,
et que ce fut une nouvelle scène pour la cour, meilleure encore
que celle qui y avait donné lieu. »
On lit encore, dans les Écrits inédits
du même Saint-Simon, que le duc de Montausier non seulement félicita
et embrassa Molière mais l'invita à souper à sa table
et but à sa santé.
A propos du couplet d'Éliante :
Imitation d'un passage du De Natura rerum de Lucrèce (IV),
dont on sait que Molière avait traduit de nombreux passages, dont
seul demeure la tirade d'Eliante. Traduit par l'abbé de Marolles,
en 1650,2 e éd. 1659), voici ce que donne l'original : « [Les
hommes attribuent aux femmes] « mêmes des avantages qui
n'y sont point du tout. Nous en voyons plusieurs de méchantes et
de vilaines qui sont néanmoins dans leurs délices et qu'ils
veulent élever au faîte de l'honneur. La noire, disent-ils,
est une belle brune ; la mal-propre et la sale est un peu négligée ;
la louche ressemble à Pallas ; celle qui est nerveuse et sèche
est une chevrette ; la bassette ou la naine est une petite Charité,
elle est tout esprit ; la grande et la démesurée en
hauteur est appelée majestueuse ; on dit de la bègue
qu'elle ne se peut donner la peine de parler, et de la muette que la pudeur
est cause de sa retenue. Celle qui est ardente, importune, babillarde,
a l'esprit brillant. Celle qui est si maigre, qu'elle a même de
la peine à vivre, est appelée délicates amourettes,
et on nomme la tendrelette celle qui est presque morte de la toux. Mais
la grosse et mammelue n'est autre que cette divine Cérès,
qui est si chérie de Bacchus. La camuse est de la race des Silènes
et des Satyres, c'est-à-dire des demi-dieux, et n'est pas de plus
mauvaise grâce pour être un peu satyrique. La lippue aux grosses
lèvres est appelée le doux baiser."
Ce texte, Dont certains éléments, déjà
développés dans un des dialogues de la République
de Platon, repris également par Horace (Satire III, livre
I) et Ovide (l'Art d'aimer), fort connu au XVIIe siècle,
a été imité plusieurs fois , une première
fois en 1640 par Faret, l'un des premiers membres de l'Académie
française, dans un livre intitulé l'Honnête homme.
Voir aussi Paul Scarron, dans Jodelet duelliste
(1652) :
A la Belle, je dis que ses plus grands appas
Sont ceux qui sont cachez et que l'oeil ne voit pas,
Que son esprit me plaît bien plus que son visage.
A la laide, je tiens presque un mesme langage ;
J'ajoute seulement qu'elle a je-ne sçay-quoy
Qui fait que, la voyant, je ne suis plus à moy.
Enfin également de toutes je me joue ;
De ce qu'elles ont moins, c'est dont plus je les loue :
Aux Sotes, de l'esprit, aux Vieilles, de l'humeur ;
Aux Jeunes, qu'avant l'âge, elles ont l'esprit meur ;
La Grasse se croit maigre, et la Maigre, charnue,
Aussitost que de nous elle est entretenue.
Aux Petites, je dis qua leur corps est adroit ;
Aux Grandes, que leur corps, quoy qu'en voûte, est bien droit ;
A celle que je voy d'une taille bizarre,
Qu'ainsy le Ciel l'a faite afin d'estre plus rare ;
Aux Minces, qu'une Reine a moins de gravité ;
Aux Grosses, qu'elles ont beaucoup d'agilité ;
Aux Propres, que j'admire en eux la nonchalance :
Tout cela sans me faire aucune violence.
Autre imitation, chez Mlle de Scudéry, dans Artamène
ou le Grand Cyrus, VIIe partie.
Après Molière, Regnard imite le même
morceau dans la Coquette, II, VII. Et l'on connaît le fameux
« catalogue » chanté par Leporello dans le
Don Giovanni, de Mozart, sur un livret de Lorenzo Da Ponte.
L'Anecdote du Sonnet :
D'après les Récréations littéraires, de
Cizeron-Rival : « Molière engageait un jour Boileau
à épargner Chapelain, dans ses satires, sous prétexte
que ce poète était fort aimé de Colbert et du Roi
lui-même : « Oh ! le Roi et M. Colbert feront
ce qui leur plaira, dit Boileau brusquement, mais, à moins que
le Roi ne m'ordonne expressément de trouver bons les vers de Chapelain,
je soutiendrai toujours qu'un homme, après avoir fait les vers
de la Pucelle, mérite d'être pendu. Molière
se mit à rire de cette saillie, et l'employa ensuite fort à
propos. »
Une anecdote similaire est racontée par Racan
à propos de Malherbe, et par Boursault à propos de Théophile
de Viau.
Molière s'imitant lui-même : Molière
s'est difficilement consolé de l'échec, en 1661, de Dom
Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, son seul essai de
comédie sérieuse ou tragi-comédie, dans la veine
de celles de Corneille. Convaincu des qualités littéraires
de cette pièce, il reprend dans le Misanthrope, de nombreux
vers qu'il avait particulièrement soignés :
Dom Garcie de Navarre, actes IV, scènes
7 et 8 :
Scène 7. Dom Garcie, Dom Alvar
Dom Garcie
Que vois-je, ô justes Cieux !
Faut-il que je m'assure au rapport de mes yeux ?
Ah ! sans doute ils me sont des témoins trop fidèles.
Voilà le comble affreux de mes peines mortelles,
Voilà le coup fatal qui devait m'accabler ;
Et quand par des soupçons je me sentais troubler,
C'était, c'était le ciel, dont la sourde menace
Présageait à mon coeur cette horrible disgrâce.
Dom Alvar
Qu'avez-vous vu, Seigneur, qui vous puisse émouvoir ?
Dom Garcie
J'ai vu ce que mon âme a peine à concevoir ;
Et le renversement de toute la nature
Ne m'étonnerait pas comme cette aventure.
C'en est fait...Le destin...Je ne saurais parler.
Dom Alvar
Seigneur, que votre esprit tâche à se rappeler.
Dom Garcie
J'ai vu... Vengeance, ô Ciel !
Dom Alvar
Quelle atteinte soudaine...
Dom Garcie
J'en mourrai, Dom Alvar, la chose est bien certaine.
Dom Alvar
Mais, Seigneur, qui pourrait... ?
Dom Garcie
Ah ! tout est ruiné ;
Je suis, je suis trahi, je suis assassiné :
Un homme... Sans mourir te le puis-je bien dire ?
Un homme dans les bras de l'infidèle Elvire.
Dom Alvar
Ah ! Seigneur ! la Princesse est vertueuse au point...
Dom Garcie
Ah ! sur ce que j'ai vu ne me contestez point,
Dom Alvar : c'en est trop que soutenir sa gloire,
Lorsque mes yeux font foi d'une action si noire.
Dom Alvar
Seigneur, nos passions nous font prendre souvent
Pour chose véritable un objet décevant.
Et de croire qu'une âme à la vertu nourrie
Se puisse...
Dom Garcie
Dom Alvar, Laissez-moi, je vous prie :
Un conseiller me choque en cette occasion,
Et je ne prends avis que de ma passion.
Dom Alvar
Il ne faut rien répondre à cet esprit farouche .
Dom Garcie
Ah ! que sensiblement cette atteinte me touche !
Mais il faut voir qui c'est, et de ma main punir...
La voici. Ma fureur, te peux-tu retenir ?
Scène 8 : Done Elvire, Dom Garcie, Dom Alvar
Done Elvire
Hé bien ! Que voulez-vous ? et quel espoir de grâce,
Après vos procédés, peut flatter votre audace ?
Osez-vous à mes yeux encor vous présenter,
Et que me direz-vous que je doive écouter ?
Dom Garcie
Que toutes les horreurs dont une âme est capable
A vos déloyautés n'ont rien de comparable,
Que le sort, les démons, et le Ciel en courroux,
N'ont jamais rien produit de si méchant que vous.
Done Elvire
Ah ! vraiment, j'attendais l'excuse d'un outrage ;
Mais, à ce que je vois, c'est un autre langage.
Dom Garcie
Oui, oui, c'en est un autre ; et vous n'attendiez pas
Que j'eusse découvert le traître dans vos bras,
Qu'un funeste hasard par la porte entrouverte
Eût offert à mes yeux votre honte et ma perte.
Est-ce l'heureux amant sur ses pas revenu,
Ou quelque autre rival qui m'était inconnu ?
Ô Ciel ! donne à mon coeur des forces suffisantes
Pour pouvoir supporter des douleurs si cuisantes !
Rougissez maintenant : vous en avez raison,
Et le masque est levé de votre trahison.
Voilà ce que marquaient les troubles de mon âme :
Ce n'était pas en vain que s'alarmait ma flamme ;
Par ces fréquents soupçons, qu'on trouvait odieux,
Je cherchais le malheur qu'ont rencontré mes yeux ;
Et malgré tous vos soins et votre adresse à feindre,
Mon astre me disait ce que j'avais à craindre.
Mais ne présumez pas que sans être vengé
Je souffre le dépit de me voir outragé.
Je sais que sur les voeux on n'a point de puissance,
Que l'amour veut partout naître sans dépendance,
Que jamais par la force on n'entra dans un coeur,
Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur :
Aussi ne trouverais-je aucun sujet de plainte,
Si pour moi votre bouche avait parlé sans feinte ;
Et son arrêt livrant mon espoir à la mort,
Mon coeur n'aurait eu droit de s'en prendre qu'au sort.
Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie,
C'est une trahison, c'est une perfidie,
Qui ne saurait trouver de trop grands châtiments,
Et je puis tout permettre à mes ressentiments.
Non, non, n'espérez rien après un tel outrage :
Je ne suis plus à moi ; je suis tout à la rage ;
Trahi de tous côtés, mis dans un triste état,
Il faut que mon amour se venge avec éclat,
Qu'ici j'immole tout à ma fureur extrême,
Et que mon désespoir achève par moi-même.
Done Elvire
Assez paisiblement vous a-t-on écouté ?
Et pourrai-je à mon tour parler en liberté ?
Dom Garcie
Et par quels beaux discours, que l'artifice inspire ?...
Done Elvire
Si vous avez encor quelque chose à me dire,
Vous pouvez l'ajouter : je suis prête à l'ouïr ;
Sinon, faites au moins que je puisse jouir
De deux ou trois moments de paisible audience.
Dom Garcie
Hé bien ! j'écoute. Ô Ciel, quelle est
ma patience !
Done Elvire
Je force ma colère, et veux, sans nulle aigreur,
Répondre à ce discours si rempli de fureur.
Dom Garcie
C'est que vous voyez bien...
Done Elvire
Ah ! j'ai prêté l'oreille
Autant qu'il vous a plu : rendez-moi la pareille
J'admire mon destin, et jamais sous les cieux
Il ne fut rien, je crois, de si prodigieux,
Rien dont la nouveauté soit plus inconcevable,
Et rien que la raison rende moins supportable.
Je me vois un amant qui, sans se rebuter,
Applique tous ses soins à me persécuter,
Qui dans tout cet amour que sa bouche m'exprime
Ne conserve pour moi nul sentiment d'estime.
Rien au fond de ce coeur qu'ont pu blesser mes yeux
Qui fasse droit au sang que j'ai reçu des Cieux,
Et de mes actions défende l'innocence
Contre le moindre effort d'une fausse apparence !
Oui, je vois... Ah ! surtout ne m'interrompez point.
Je vois, dis-je, mon sort malheureux à ce point,
Qu'un coeur qui dit qu'il m'aime, et qui doit faire croire
Que, quand tout l'univers douterait de ma gloire,
Il voudrait contre tous en être le garant,
Est celui qui s'en fait l'ennemi le plus grand.
On ne voit échapper aux soins que prend sa flamme
Aucune occasion de soupçonner mon âme.
Mais c'est peu des soupçons : il en fait des éclats
Que, sans être blessé, l'amour ne souffre pas.
Loin d'agir en amant, qui, plus que la mort même,
Appréhende toujours d'offenser ce qu'il aime,
Qui se plaint doucement, et cherche avec respect
A pouvoir s'éclaircir de ce qu'il croit suspect,
A toute extrémité dans ses doutes il passe,
Et ce n'est que fureur, qu'injure et que menace.
Cependant aujourd'hui je veux fermer les yeux
Sur tout ce qui devrait me le rendre odieux,
Et lui donner moyen, par une bonté pure,
De tirer son salut d'une nouvelle injure.
Ce grand emportement qu'il m'a fallu souffrir
Part de ce qu'à vos yeux le hasard vient d'offrir :
J'aurais tort de vouloir démentir votre vue,
Et votre âme sans doute a dû paraître émue.
Dom Garcie
Et n'est-ce pas... ?
Done Elvire
Encore un peu d'attention,
Et vous allez savoir ma résolution.
Il faut que de nous deux le destin s'accomplisse.
Vous êtes maintenant sur un grand précipice ;
Et ce que votre coeur pourra délibérer
Va vous y faire choir, ou bien vous en tirer.
Si, malgré cet objet qui vous a pu surprendre,
Prince, vous me rendez ce que vous devez rendre
Et ne demandez point d'autre preuve que moi
Pour condamner l'erreur du trouble où je vous voi,
Si de vos sentiments la prompte déférence
Veut sur ma seule foi croire mon innocence
Et de tous vos soupçons démentir le crédit
Pour croire aveuglément ce que mon coeur vous dit,
Cette soumission, cette marque d'estime,
Du passé dans ce coeur efface tout le crime :
Je rétracte à l'instant ce qu'un juste courroux
M'a fait dans la chaleur prononcer contre vous ;
Et si je puis un jour choisir ma destinée
Sans choquer les devoirs du rang où je suis née,
Mon honneur, satisfait par ce respect soudain,
Promet à votre amour et mes voeux et ma main,
Mais prêtez bien l'oreille à ce que je vais dire :
Si cet offre sur vous obtient si peu d'empire,
Que vous me refusiez de me faire entre nous
Un sacrifice entier de vos soupçons jaloux,
S'il ne vous suffit pas de toute l'assurance
Que vous peuvent donner mon coeur et ma naissance,
Et que de votre esprit les ombrages puissants
Forcent mon innocence à convaincre vos sens
Et porter à vos yeux l'éclatant témoignage
D'une vertu sincère à qui l'on fait outrage,
Je suis prête à le faire, et vous serez content ;
Mais il vous faut de moi détacher à l'instant,
A mes voeux pour jamais renoncer de vous-même ;
Et j'atteste du Ciel la puissance suprême
Que, quoi que le destin puisse ordonner de nous,
Je choisirai plutôt d'être à la mort qu'à vous.
Voilà dans ces deux choix de quoi vous satisfaire ;
Avisez maintenant celui qui peut vous plaire.
Dom Garcie
Juste Ciel ! jamais rien peut-il être inventé
Avec plus d'artifice et de déloyauté ?
Tout ce que des enfers la malice étudie
A-t-il rien de si noir que cette perfidie ?
Et peut-elle trouver dans toute sa rigueur
Un plus cruel moyen d'embarrasser un coeur ?
Ah ! que vous savez bien ici contre moi-même,
Ingrate, vous servir de ma faiblesse extrême,
Et ménager pour vous l'effort prodigieux
De ce fatal amour né de vos traîtres yeux !
Parce qu'on est surprise et qu'on manque d'excuse,
D'un offre de pardon on emprunte la ruse.
Votre feinte douceur forge un amusement
Pour divertir l'effet de mon ressentiment,
Et par le noeud subtil du choix qu'elle embarrasse,
Veut soustraire un perfide au coup qui le menace ;
Oui, vos dextérités veulent me détourner
D'un éclaircissement qui vous doit condamner ;
Et votre âme, feignant une innocence entière,
Ne s'offre à m'en donner une pleine lumière
Qu'à des conditions qu'après d'ardents souhaits
Vous pensez que mon coeur n'acceptera jamais.
Mais vous serez trompée en me croyant surprendre :
Oui, oui, je prétends voir ce qui doit vous défendre,
Et quel fameux prodige, accusant ma fureur,
Peut de ce que j'ai vu justifier l'horreur.
A propos de la chanson du Roi Henri :
Selon M. de Pétigny (Histoire archéologique du Vendômois,
p. 342), cette chanson, relative à Henri II et non à Henri
IV, aurait été composée par Antoine de Navarre, duc
de Vendôme. Il réunissait des convives dans son château
de Bonnaventure, près le Gué-du-Loir, et y composait de
joyeuses chansons. Le refrain ferait allusion à la position du
manoir, et devrait être orthographié « au Gué »
et non « ô gué », comme cela a eu lieu
dans la suite par corruption. (voir le Moliériste, vol
III, 1882). Bien que l'on dispute aussi de l'air de cette fameuse chanson,
les interprètes, lorsqu'ils prennent le parti de la chanter plutôt
que de la dire, le font sur l'air populaire de « la bonne
aventure, ô gué ».

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Bibliographie :
Édition originale :
Le Misanthrope, comédie, par J.-B. P. de Molière.
A Paris, chez Jean Ribou, au palais, vis-à-vis la porte de l'église
de la Sainte-Chapelle, à l'image Saint-Louis, 1667. Avec privilège
du Roi.
Cette édition est précédée
d'une Lettre écrite sur la Comédie du Misanthrope,
par Jean Donneau de Visé. D'après Grimarest, le biographe
de Molière, cette lettre fut imprimée à l'insu de
Molière et à son grand mécontentement. Les commentateurs
modernes doutent de la véracité des dires de Grimarest,
d'autant que Donneau de Visé, après avoir été
l'un des adversaires les plus acharnés de Molière (notamment
dans la querelle qui a suivi la création de l'École
des femmes ), s'est rangé à ses côtés,
depuis qu'on joue au Théâtre du Palais-Royal sa pièce
la Mère coquette.
Éditions :
Le Misanthrope, texte présenté par Clément
Borgal, dans la mise en scène de Jacques Charon à la Comédie-Française,
Paris, Hachette, 1965
Le Misanthrope, Paris, Comédie-Française,
1977, (Ed. du répertoire)
Le Misanthrope, Paris, le Livre de poche, 1986,
Préface de Jean-Pierre Vincent.
A propos du Misanthrope :
Jacques Arnavon - L'Interprétation de la Comédie
classique : le Misanthrope, Paris, Plon, 1914.
Paul Bénichou - Morales du Grand Siècle Pars,
Gallimard, 1948, Rééd. Idées, 1970.
J. Calvet - Les Types universels dans la littérature française,
Paris, F. Lanore, 1932.
Gabriel Conesa - Le Dialogue moliéresque, Paris, P.U.F.,
1983.
Jacques Copeau - Registres II. Molière, Paris ,
Gallimard, 1976.
Constant Coquelin - Molière et le Misanthrope, Paris,
Ollendorf, 1881.
René Doumic - Le Misanthrope de Molière, Paris,
la Pensée moderne, 1966.
Gérard Du Boulan - L'Énigme d'Alceste : nouvel
aperçu historique, critique et moral sur le XVIIe siècle,
Paris, A. Quantin, 1879
Jacques Guicharnaud - Molière, une aventure théâtrale,
Tartuffe, Dom Juan, le Misanthrope, Paris, Gallimard, 1963.
H.Gaston Hall - The Literary Context of Molière's Le
Misanthrope, Turin, Studi Francesi, 1970.
René Jasinski - Molière et le Misanthrope, Paris :
Armand Colin, 1951.
B. Van Hollebke - Molière et ses contemporains dans le Misanthrope,
Bruxelles, 1862
Samson - Le Misanthrope, conférence.
Le Misanthrope au théâtre : Ménandre,
Molière, Griboiedov, Mugron, Ed. José Feijóo,
1990.
Bibliographie Comédie-Française :
Revue Comédie-Française, n° 21, octobre
1973
n°36, février 1975, n°37, mars 1975
n°58, n°59, n° 60, avril - juillet 1977
n°84, décembre 1979
n° 131-132, septembre - octobre 1984
n°164, janvier 1988
n°175, avril 1989
Programme, 1989. Sur les interprétations du Misanthrope,
dossier réalisé par Roselyne Laplace.
Programme, décembre 1995
Gazette du Français, n°8,
n°9, n°11, n°16 (1984-4985)

Commentaires :
XVIIe s :
Un extrait de la Lettre... de Donneau de Visé :
« Il n'a point voulu faire une comédie
pleine d'incidents, mais une pièce seulement où il pût
parler contre les moeurs du siècle. C'est ce qui lui a fait prendre
pour son héros un misanthrope ; et comme misanthrope veut
dire ennemi des hommes, on doit demeurer d'accord qu'il ne pouvait
choisir un personnage qui vraisemblablement pût mieux parler contre
les hommes que leur ennemi. Ce choix est encore admirable pour le théâtre ;
et les chagrins, les dépits, les bizarreries et les emportements
d'un misanthrope étant des choses qui font un grand jeu, ce caractère
est un des plus brillants qu'on puisse produire sur la scène.
On n'a pas seulement remarqué l'adresse de l'auteur
dans le choix de ce personnage, mais encore dans tous les autres ;
et comme rien ne fait paraître davantage une chose que celle qui
lui est opposée, on peut non seulement dire que l'ami du Misanthrope,
qui est un homme sage et prudent, fait voir dans son jour le caractère
de ce ridicule, mais encore que l'humeur du Misanthrope fait connaître
la sagesse de son ami.
Molière n'étant pas de ceux qui ne font
pas tout également bien, n'a pas été moins heureux
dans le choix de ses autres caractères, puisque la maîtresse
du Misanthrope est une jeune veuve coquette, et tout à fait médisante.
Il faut s'écrier ici, et admirer l'adresse de l'auteur : ce
n'est pas que le caractère ne soit assez ordinaire, et que plusieurs
n'eussent pu s'en servir ; mais l'on doit admirer que, dans une pièce
où Molière veut parler contre les moeurs du siècle
et n'épargner personne, il nous fait voir une médisante
avec un ennemi des hommes. Je vous laisse à penser si ces deux
personnes ne peuvent pas naturellement parler contre toute la terre, puisque
l'un hait les hommes, et que l'autre se plaît à en dire tout
le mal qu'elle en sait. »
XVIIIe s.
Voltaire se fait l'écho du désintérêt de ses
contemporains :
« C'est un ouvrage plus fait pour les gens
d'esprit que pour la multitude, et plus propre à être lu
qu'à être joué [...]
Si l'on osait encore chercher dans le coeur humain la
raison de cette tiédeur du public aux représentations du
Misanthrope, peut-être les trouverait-on dans l'intrigue
de la pièce, dont les beautés, ingénieuses et fines,
ne sont pas également vives et intéressantes, dans ces conversations
mêmes qui sont des morceaux inimitables, mais qui, n'étant
pas toujours nécessaires à la pièce, peut-être
refroidissent un peu l'action. » (Sommaire des oeuvres
de Molière, 1739).
Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert
sur les spectacles, 1758.
« je trouve que cette comédie nous
découvre mieux qu'aucune autre la véritable vue dans laquelle
Molière a composé son théâtre, et nous peut
mieux faire juger de ses vrais effets. Ayant à plaire au public,
il a consulté le goût le plus général de ceux
qui le composent sur ce goût il s'est formé un modèle,
et sur ce modèle un tableau des défauts contraires, dans
lequel il a pris ses caractères comiques, et dont il a distribué
les divers traits dans ses pièces. Il n'a donc point prétendu
former un honnête homme, mais un homme du monde, par conséquent
il n'a point voulu corriger les vices, mais les ridicules ; et, comme
je l'ai déjà dit, il a trouvé dans le vice même
un instrument très propre à y réussir. Ainsi, voulant
exposer à la risée publique tous les défauts opposés
aux qualités de l'homme aimable , de l'homme de société,
après avoir joué tant d'autres ridicules, il lui restait
à jouer celui que le monde pardonne le moins, le ridicule de la
vertu : c'est ce qu'il a fait dans le Misanthrope.
Vous ne sauriez me nier deux choses : qu'Alceste,
dans cette pièce, est un homme droit, sincère, estimable,
un véritable homme de bien ; l'autre, que l'auteur lui donne
un personnage ridicule. C'en est assez, ce me semble, pour rendre Molière
inexcusable. On pourrait dire qu'il a joué dans Alceste, non la
vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes.
A cela je réponds qu'il n'est pas vrai qu'il ait donné cette
haine à son personnage. [...]
Qu'est-ce donc que le misanthrope de Molière ?
Un homme de bien qui déteste les moeurs de son siècle et
la méchanceté de ses contemporains ; qui, précisément
parce qu'il aime ses semblables, hait en eux les maux qu'ils se font réciproquement
et les vices dont ces maux sont l'ouvrage. S'il était moins touché
des erreurs de l'humanité, moins indigné des iniquités
qu'il voit, serait-il plus humain lui-même ? Autant vaudrait
soutenir qu'un tendre père aime mieux les enfants d'autrui que
les siens, parce qu'il s'irrite des fautes de ceux-ci, et ne dit jamais
rien aux autres ?[...]
Cependant, ce caractère si vertueux est présenté
comme ridicule. Il l'est, en effet, à certains égards ;
et ce qui démontre que l'intention du poète est bien de
le rendre tel, c'est celui de l'ami Philinte qu'il met en opposition avec
le sien. »
Chamfort, Éloge de Molière, 1769
« Si jamais auteur comique a fait voir comment
il avait conçu le système de la société, c'est
Molière dans le Misanthrope. C'est là que , montrant les
abus qu'elle entraîne nécessairement, il enseigne à
quel prix le sage doit acheter les avantages qu'elle procure ; que,
dans un système d'union fondé sur l'indulgence mutuelle,
une vertu parfaite est déplacée parmi les hommes et se tourmente
elle-même sans les corriger : c'est un or qui a besoin d'alliage
pour prendre de la consistance et servir aux divers usages de la société.
Mais, en même temps, l'auteur montre, par la supériorité
constante d'Alceste sur tous les autres personnages, que la vertu, malgré
les ridicules où son austérité l'expose, éclipse
tout ce qui l'environne ; et l'or qui a reçu l'alliage n'en
reste pas moins le plus précieux des métaux. »
Daillant de La Touche, Éloge de Molière.
Paris, 1771 :
« ... Quand le Misanthrope n'aurait ni intrigue
ni dénouement, il n'en serait pas moins la plus belle satire qui
soit sortie de la main des hommes ; son succès ne fut pas
prodigieux lorsqu'il parut, et de nos jours encore on a pour ce chef-d'oeuvre
plus d'admiration que d'empressement. Il n'en faut accuser que la perfection.
La multitude ne peut voir ces détails si fins, ces ridicules si
déliés, qui souvent même échappent à
bien des gens d'esprit. L'auteur fut attaqué dans son temps, il
l'a été dans le nôtre. On s'est cru fort, en disant
que tout honnête homme se ferait honneur du caractère d'Alceste,
mais on n'a pas voulu voir que le ridicule était jeté sur
l'enveloppe de la vertu, et non sur la vertu même, qui, pour s'approcher
des vices humains, ne contracterait point leurs vices. Ce Philinte veut
que sans les fuir on supporte les hommes, et pour cela on en a fait une
espèce de fripon. Comme si l'indulgence ne pouvait s'allier à
la probité, comme si les méchants n'avaient point de freins ?
Détestant ces critiques injustes, le philosophe sensible croit
que toujours il vaut mieux aimer que haïr, et songeant à l'effet
des deux caractères, il voit qu'une société d'Alcestes
ne pourrait subsister, qu'un monde de Philintes serait un séjour
de paix. »
XIXe s.
Goethe, Conversations avec Eckermann :
« Le Misanthrope, que moi je relis
sans cesse comme une des pièces du monde qui me sont les plus chères. »
. Certains auteurs, Théophile Gautier en tête,
ont, au XIXe siècle, une assez piètre opinion du Misanthrope.
Léon Gozlan, auteur à succès , écrivait :
« Jouer le Misanthrope est le dernier terme d'orgueil et de
folie auquel arrivent les acteurs dans leur monomanie spéciale.
Comme ce rôle passe, on ne sait pourquoi, peut-être parce
que ce n'est pas un rôle, mais une complainte assommante, pour
être le plus difficile du répertoire, tous veulent tenter
l'honneur de le jouer, tous espèrent le rendre avec succès,
et tous y échouent ; c'est le signe certain du ramollissement
du cerveau chez ces malheureux. Généralement, on les efface
du livre des vivants dès qu'ils ont seulement exprimé le
désir de jouer le Misanthrope ; c'est un testament d'agonie. »
(cité par Charles Monselet, l'Événement,
16 janvier 1878.)
Émile Zola, le Bien public, 21 janvier 1878 :
« Alceste est un personnage comique, un esprit
chagrin dont la maussaderie est exagérée pour provoquer
le rire ; seulement, il est arrivé que ce comique a des amertumes
qui en font par moments la haute figure de la tristesse humaine. Toutes
les révoltes de la conscience indignée, toutes les souffrances
du juste aux prises avec la vie, débordent dans cette âme,
et si étrangement, qu'on ne sait si l'on doit rire ou pleurer de
ses sorties furieuses contre la société.
C'est là le propre du génie. Imaginez Alceste
sérieux, et il sera insupportable ; imaginez-le tout à
fait comique, et l'on tombera dans la farce. Molière, par le sens
profond qu'il avait du vrai, a trouvé ce personnage si vivant,
où l'on sent toutes les contradictions, tous les mélanges,
toute l'infirmité et toute la grandeur de l'homme. [...]
Le style aussi m'émerveillait. Quelle langue sonore
et ferme, d'une précision admirable ! Je ne connais pas de
plus beaux vers français que les vers dits par Alceste à
Oronte, après la lecture du sonnet. [...] Si la langue française
tout d'un coup n'était plus parlée, Molière resterait
comme notre poète le plus pur et le plus puissant. »
XXe s.
Jacques Copeau, Registres II. Molière. Paris,
Gallimard, 1976
« le Misanthrope est un chef-d'oeuvre
où Molière a dit clairement ce qu'il voulait dire .
Tout y est exprimé par les mots, par le tour et la force des vers.
Tout y est figuré par le mouvement et l'intonation. Il faut se
fier au son que rend l'ouvrage, tantôt net et tantôt enveloppé,
tantôt voisin du rire et tantôt assombri. Il faut épouser
ce « grand jeu », comme dit de Visé, que
font « les chagrins, les dépits, les bizarreries et
les emportements » d'Alceste. Il faut suivre le dessin de ces
caractères tracés avec tant de prudence et de délicatesse.
Poursuivre de prétendus secrets, feindre d'avoir à débrouiller
des « énigmes », c'est le moyen de tout
fausser. Dès qu'on se détache du texte pour formuler un
jugement, on va déranger ce que la vie scénique avait mis
à sa place et dans son juste relief.
[...]
Je ne puis entrer dans le personnage d'Alceste dans penser
d'abord à Molière. Il n'est pas Alceste, non plus qu'il
n'était Arnolphe. Mais quelque rôle qu'un homme assume, il
joue toujours le sien parmi. Montaigne a dit à peu près
cela. [...] Il y a chez le créateur une transmutation mystérieuse
de ce qu'il observe à ce qu'il avoue, de ce qu'il éprouve
à ce qu'il imite, - plus mystérieuse encore, peut-être,
si le créateur est un comédien.
[...]
Chaque fois qu'un acteur nouveau prend le rôle d'Alceste,
on voit s'élever deux partis. L'un ne peut souffrir sur la scène
qu'un parfait et sombre honnête homme en qui serait « symbolisée »,
selon la cocasse formule de M. Gérard Du Boulan, « l'explosion
de l'honnêteté publique indignée se personnifiant
dans un janséniste. » L'autre parti veut un misanthrope
ridicule, Molière n'ayant jamais eu d'autre dessein dans ses comédies
que celui de faire rire les honnêtes gens. On reproche à
l'acteur ou de pousser son rôle au sérieux, ou de le pousser
au comique.
Or si l'acteur accuse l'un ou l'autre ton, c'est qu'il
ne joue pas le caractère, mais une reconstitution du caractère,
selon des idées préconçues. Il quitte la vérité
pour suivre une erreur logicienne. Molière ne lui laisse pas le
choix entre telle ou telle conception personnelle. Il lui impose
au contraire de représenter dans le ton ou plutôt
dans les tons que son texte lui met sous les yeux aussi lisiblement
qu'une partition de musique. L'erreur est de vouloir isoler par l'interprétation
ce que l'auteur a si bien accordé dans l'ouvrage. »
Paul Benichou, Morales du Grand Siècle.
Paris, Gallimard, 1948 :
« Alceste incarne et réfute l'idéalisme
réformateur que Molière a dépeint en lui de la façon
la plus défavorable. [...] Molière a transformé un
débat général, dont la société pouvait
sortir mal en point, en un débat intime dont celui-là seul
qui en est le théâtre sort ridicule [...] ; la manière
dont il a façonné son Alceste est à elle seule une
véritable argumentation contre la vertu exigeante et réformatrice. »
Jacques Lacan, Écrits. Paris, Éd.
du Seuil, 1966. Coll. Le Champ freudien. Extrait de Propos sur la
causalité psychique, contribution de Jacques Lacan aux Journées
psychiatriques de Bonneval en septembre 1946, sur la psychogenèse
des névroses et des psychoses.
« Tout part de ceci que la « belle
âme » d'Alceste exerce sur le bel esprit une fascination
à laquelle il ne saurait résister en tant que « nourri
d'humanités ». Molière donne-t-il donc raison
à la complaisance mondaine de Philinte ? Est-ce là
Dieu possible ! s'écrient les uns, tandis que les autres doivent
reconnaître, avec les accents désabusés de la sagesse,
qu'il faut bien qu'il en soit ainsi au train où va le monde. Je
crois que la question n'est pas de la sagesse de Philinte, et la solution
peut-être choquerait ces messieurs : c'est qu'Alceste est fou
et que Molière le montre comme tel, - très justement en
ceci que dans sa belle âme il ne reconnaît pas qu'il concourt
lui-même au désordre contre lequel il s'insurge. »
Antoine Vitez, Programme du Misanthrope, Chaillot,
1988
« Alceste est pour moi l'image de cet homme
le plus seul, qui est, selon le mot d'Ibsen, l'homme le plus
fort : l'ennemi du peuple, dit encore Ibsen, c'est-à-dire
son ami, ayant essuyé toutes les rebuffades, accusé à
tort, et quittant la partie.
Jean-Jacques Rousseau l'avait bien reconnu comme un frère,
mais il se trompait croyant que Molière voulait se moquer de lui.
Molière, lui, ne semblait pas seul, il n'allait pas se retirer
du monde, il continuerait à y vivre, aimablement, au milieu de
l'inextricable enchevêtrement des affaires d'amour, de politique,
d'argent et d'art qui faisaient sa vie, la vraie vie, où il pourrait
être enfin soi-même. [...]
Et si j'y vois de quoi rire, c'est, amèrement,
dans la différence entre la réalité mondaine où
le poète est conraint de se plaire - où il se plaît
en effet - et l'aspiration à la pureté dont il rêve.
Oh ! marcher seul sur un chemin de campagne, à l'aube !
Cela est drôle en effet.
Ainsi, Molière projette de sa propre vie une ombre
déformée, idéale, noble comme celle d'Alceste ou
ignoble comme celle de Sganarelle ; il souffre et se donne en spectacle ;
cette maladie donne bien la comédie, déclare
son autre double, Philinte ; il y a toujours une maladie dans les
comédies de Molière, c'est une maladie de l'âme, elle
est incurable ; la dévotion est une imposture, pense-t-il,
tout autant que la médecine
Il faut songer à ce que fut le Premier Jour, le
4 juin 1666. Ce Poquelin célèbre, artiste à la mode,
et dont chaque ouvrage est attendu par le public, apparaît un soir
sur la scène, titulaire du rôle principal qui est celui -
comme d'habitude - de l'homme déraisonnable (ainsi Arnolphe, ainsi
Orgon et Argan) ; il s'avance vers la salle, du fond du théâtre,
suivi de l'ami qui essaie de le retenir , et pendant presque tout
le premier acte il insulte les gens devant lui, les gifle à toute
force et se déclare leur ennemi. Je hais tous les hommes.
Imaginons ce Premier Jour, la violence de l'attaque et, plus tard, la
violence de la dérision quand le même homme, après
s'être érigé en juge, se montre faible et pitoyable,
victime de l'amour, jouant sur le théâtre avec son épouse
même les scènes de leur propre vie.
[...]
Ainsi le théâtre n'était pour lui
que l'art du rêve, il lui fallait se persuader lui-même qu'il
allait partir pour pouvoir retrouver la force de rester. Cela est comique. »

Citations :
Philinte : Moi, je veux le fâcher,
et ne veux point entendre. (acte I, sc.1)
Alceste : Je veux qu'on soit sincère,
et qu'en homme d'honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur. (acte I,sc.1)
Alceste : Je veux qu'on me distingue ;
et, pour le trancher net,
L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait. (acte I, sc.)
Alceste : J'entre en une humeur
noire, en un chagrin profond,
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font ;
Je ne trouve partout que lâche flatterie,
Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie ;
Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein,
Est de rompre en visière à tout le genre humain. (acte I,
sc.1)
Philinte : Vous voulez un grand
mal à la nature humaine !
Alceste : Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable
haine. (acte I, sc.1)
Alceste : Non : elle est générale,
et je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,
Et les autres, pour être aux méchants complaisants... (acte
I , sc.1)
Philinte : Il faut, parmi le monde
une vertu traitable ;
A force de sagesse, on peut être blâmable. (acte I, sc.1)
Alceste : Il est vrai : ma
raison me le dit chaque jour ;
Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour. (acte I, sc.1)
Oronte : C'est à vous, s'il
vous plaît, que ce discours s'adresse. (acte I, sc.2)
Oronte : Au reste, vous saurez
Que je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire.
Alceste : Voyons, Monsieur ; le temps ne fait
rien à l'affaire. (acte I, sc.2)
Philinte : Ah ! qu'en termes
galants ces choses-là sont mises ! (acte I, sc. 2)
Alceste : Je ne dis pas cela ;
Mais je lui disais, moi..... (acte I, sc.2)
Oronte : Et moi, je vous soutiens
que mes vers sont fort bons. (acte I, sc.2)
Célimène : C'est pour
me quereller, donc, à ce que je vois,
Que vous avez voulu me ramener chez moi. (acte II, sc.1)
Alceste : Mais moi, que vblâmez
de trop de jalousie,
Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ?
Célimène : Le bonheur de savoir que
vous êtes aimé. (acte II, sc.1)
Alceste : Allons, ferme, poussez,
mes bons amis de cour,... (acte II, sc.5)
Célimène : Et ne faut-il
pas bien que Monsieur contredise ? (acte II, sc.5)
Éliante : L'amour, pour l'ordinaire,
est peu fait à ces lois,
Et l'on voit les amants toujours vanter leur choix ;
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable :
Il comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
Etc. (acte II, sc.5)
Alceste : Hors qu'un commandement
exprès du Roi me vienne
De trouver bons les vers dont on se met en peine ,
Je soutiendrai toujours, morbleu ! qu'ils sont mauvais,
Et qu'un homme est pendable après les avoir faits. (acte II, sc.7)
Acaste : Pour de l'esprit, j'en
ai sans doute, et du bon goût
A juger sans étude et raisonner de tout,
A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,
Figure de savant sur les bancs du théâtre,
Y décider en chef, et faire du fracas
A tous les beaux endroits qui méritent des has. (acts III, sc.1)
Arsinoé : Je viens, par un
avis qui touche votre honneur,
Témoigner l'amitié que pour vous a mon coeur. (acte III,
sc .4)
Célimène : A quoi
bon , disaient-ils , cette mine modeste,
Et ce sage dehors que dément tout le reste ?
Elle est à bien prier exacte au plus haut point ;
Mais elle bat ses gens et ne les paie point.
Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle ;
Mais elle met du blanc et veut paraître belle.
Elle fait des tableaux couvrir les nudités ;
Mais elle a de l'amour pour les réalités. (acte III, sc.4)
Célimène : L'âge
amènera tout, et ce n'est pas le temps,
Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans. (acte III,
sc.4)
Arsinoé : Si nos yeux enviaient
les conquêtes des vôtres,
Je pense qu'on pourrait faire comme les autres,
Ne se point ménager,, et vous faire bien voir
Que l'on a des amants quand on en veut avoir.
Célimène : Ayez-en donc, Madame, et
voyons cette affaire... (acte III, sc.4)
Éliante : Dans ses façons
d'agit, il est fort singulier ;
Mais j'en fais, je l'avoue, un cas particulier,
Et la sincérité dont son âme se pique
A quelque chose, en soi, de noble et d'héroïque. (acte IV,
sc.1)
Alceste : Ah ! tout est ruiné ;
Je suis, je suis trahi, je suis assassiné :
Célimène... Eût-on pu croire cette nouvelle ?
Célimène me trompe et n'est qu'une infidèle. (acte
IV, sc.2)
Alceste : Je ne suis plus à
moi, je suis tout à la rage... (acte IV, sc.3)
Célimène : Vous êtes,
sans mentir, un grand extravagant. (acte IV, sc.3)
Alceste : C'est moi qui me viens
plaindre, et c'est moi qu'on querelle ! (acte IV, sc.3)
Alceste : Ah ! rien n'est comparable
à mon amour extrême ;
Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous,
Il va jusqu'à former des souhaits contre vous.
Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable,
Que vous fussiez réduite en un sort misérable,
Que le ciel, en naissant, ne vous eût donné rien,
Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien,
Afin que de mon coeur l'éclatant sacrifice
Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice,
Et que j'eusse la joie et la gloire, en ce jour,
De vous voir tenir tout des mains de mon amour. (acte IV , sc.3)
Alceste : Ce sont vingt mille francs
qu'il m'en pourra coûter ;
Mais pour vingt mille francs j'aurai droit de pester
Contre l'iniquité de la nature humaine,
Et de nourrir pour elle une immortelle haine. (acte V, sc.1)
Célimène : La solitude
effraye une âme de vingt ans : (acte V, sc.4)
Alceste : Trahi de toutes parts,
accablé d'injustices,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté. (acte
V, sc. 4)

Anecdotes :
La légende de la « chute »
du Misanthrope est en partie due à l'anecdote suivante
rapportée par Louis Racine dans ses Mémoires :
Le lendemain de la première représentation
du Misanthrope, qui fut très malheureuse, un homme qui
crut faire plaisir à mon père, courut lui annoncer cette
nouvelle en disant : « la pièce est tombée,
rien n'est si froid, vous pouvez m'en croire, j'y étais !
- Vous y étiez, reprit mon père, et je n'y étais
pas ; cependant je n'en crois rien, parce qu'il est impossible que
Molière ait fait une mauvaise pièce. Retournez-y et examinez-la.
Angelo Constandini, autrement dit Ange Augustin, ou
M. Lange, comédien de la troupe italienne qui jouait au théâtre
du Palais-Royal en alternance avec celle de Molière, et créateur
du type du « docteur Baloardo », racontait que,
traversant un jour de 1666 le jardin du Palais-Royal en compagnie de Molière,
il lui fit mention d'une comédie italienne qu'il avait vue à
Naples, intitulée Il Misantropo, où il était
question d'un désoeuvré qui crachait dans un puits pour
y faire des ronds. Or ceci se serait passé quinze jours avant la
création du Misanthrope. La rencontre est plaisante sans
doute, mais l'idée n'est pas neuve et, sachant que Molière
avait déjà écrit une partie de sa pièce dès
1664, l'anecdote est difficilement crédible.
Dans les années 1740, les grandes comédies
de Molière n'attiraient pas le public, qui leur préférait
les nouveautés. En 1746, un ordre des Premiers gentilshommes de
la Chambre du Roi défendit même aux Comédiens de le
jouer trop souvent. Le Comte de Caylus prétend (d'après
un document conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal) :
« C'est, sans contredit, la meilleure pièce comique
de Molière, ou de notre théâtre. Cependant, je la
vis très bien jouée hier (7 août 1749), pour moi seul
et un seul homme aux secondes loges. »
D'après le Registre journalier, le jeudi 7 août
1749, où l'on jouait en effet le Misanthrope et la
Sérénade, de Regnard, il y avait 77 spectateurs payants
dans la salle, sans compter les billets donnés et les « entrées ».
Georges Monval, archiviste de la Comédie-Française à
la fin du siècle dernier, suggère qu'il n'y avait peut-être
que deux personnes dans la salle au lever de la toile, et qu'elle s'est
peu à peu garnie de spectateurs retardataires. Néanmoins,
on fit relâche le lendemain, les frais de représentation
n'ayant pas été couverts par la recette, qui n'était
pourtant pas la plus basse de ce calamiteux mois d'août 1749. L'avant-veille,
mardi 5 août, l'École des femmes et le Mariage
forcé avaient été donnés devant 39 spectateurs
payants, pour une recette de 59 livres, la plus basse de l'année.
Dans l'édition Barba de 1817, dite « conforme
à la représentation », de nombreux passages sont
modifiés soit par souci de bienséance, soit à cause
des particularités physiques ou vestimentaires en cause. Les comédiens
jouant en costumes contemporains et ayant perdu la notion de l'époque
où est censée se dérouler la pièce :
deux exemples :
« est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit
doigt...
devient
« Est-ce par le brillant qu'il porte au petit doigt...
et
« ...au mérite éclatant de
sa perruque blonde ?
Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer ?
L'amas de ses rubans a-t-il su vous charmer ?
Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave
Qu'il a gagné votre âme, en faisant votre esclave ? »
devient :
« ... au mérite éclatant de sa frisure blonde ?
Sont-ce ses airs penchés qui vous le font aimer ?
Par ses décisions a-t-il su vous charmer ?
Par son ton familier, où brille l'insolence ?
A-t-il sur ses rivaux acquis la préférence ? »
Quant aux vers où Célimène affirme
ses vingt ans, ils sont remplacés par d'autres, pour des raisons
de bienséances particulières, les interprètes de
Célimène ayant en général largement dépassé
l'âge qu'elle « fait sonner si terriblement ».
Rachel avait travaillé le rôle de Célimène
chez Saint-Aulaire qui avait été son professeur, mais jamais
elle ne le joua rue de Richelieu.. C'est lors d'une tournée à
Londres, en 1847, qu'elle osa affronter le public dans ce rôle qui
semblait si peu de son emploi. Au lendemain de la représentation,
elle écrit à Mme Samson, épouse de son professeur,
le sociétaire Samson :
Chère madame Samson,
Je l'ai enfin passé, ce fameux jour qui annonçait
le Misanthrope : j'ai joué Célimène.
Mais ce qui va sans doute vous étonner, c'est que j'y ai obtenu
un véritable succès... Mon entrée en scène
m'a d'abord valu de nombreuses salves d'applaudissements ; mon costume
m'allait à merveille et la coiffure me faisait presque jolie ;
quel changement !... La scène des portraits a fait beaucoup
rire ; je me suis rappelé de mon mieux les conseils de mon
parfait professeur ; aussi m'a-t-on rappelée après
le second acte . La grande scène avec la prude Arsinoé
a produit un grand effet ; mais, à mon sens, je crois avoir
voulu y être plus savante et diseuse que mordante et piquante.
Les deux derniers actes, que je n'ai pu répéter avec M.
Samson, peuvent gagner énormément, mais ici tout a été
pour le mieux, et vraiment je suis très satisfaite de ce succès .
Les journaux dépassent l'éloge, et je suis ravie qu'ils
soient écrits en anglais pour n'être pas tentée de
vous les faire lire. Mais si M. Samson veut se mettre en tête de
m'apprendre bien Célimène, je suis persuadée que
j'aurai aussi un succès sur notre chère grande scène
française.
Rachel
Rachel ne réalisera jamais ce projet. Elle jouera
encore une fois Célimène lors d'une tournée à
Tours. Le 20 octobre 1855, en Amérique, elle donnera le 2 e acte
qui avait eu tant de succès à Londres.

Oeuvres en rapport :
A la Comédie-Française :
Le Philinte de Molière ou la Suite
du Misanthrope, comédie en 5 actes en vers de Fabre d'Eglantine.
Création : le 22 février 1790.
La Femme misanthrope ou le Dépit
d'amour, comédie en 3 actes en vers d'Alexandre Duval. Création
le 22 avril 1811.
Alceste converti, hommage en vers de Roger-Milès.
Création le 15 janvier 1891.
La Conversion d'Alceste, comédie en 1
acte en vers de Georges Courteline. Création, le 15 janvier 1905.
Hors Comédie-Française :
Le Dyscolos [ le Bourru], comédie de
Ménandre, dont le texte a été retrouvé en
1958. Texte établi et publié par J.M. Jacques. Paris, les
Belles Lettres, 1963.
Timon d'Athènes, tragédie de William
Shakespeare.
Timon le Misanthrope, par F. Delisle, 1722.
Timon d'Athènes, 5 actes d'après
Shakespeare, par Louis-Sébastien Mercier. Paris, 1794.
The Plain man (L'Homme franc) de William Wicherley
, 1676, imitée par Voltaire , la Prude.
Dialogues des morts : Socrate, Alcibiade et Timon, par Fénelon,
1712.
Alceste à la campagne, comédie
en 3 actes en vers de Demoustier, créée en 1790, d'après
le Misanthrope corrigé, conte moral de Marmontel (1786),
qui tenait lui-même le sujet de Vauvenargues, Introduction à
la connaissance de l'esprit humain, suivie de réflexions et de
maximes. Caractères : Alceste ou le Misanthrope amoureux,1746
Der Menschenfeind (Le Misanthrope), pièce
inachevée de Friedrich von Schiller, 1790.
Menschenhass und Reue (Misanthropie et repentir),
drame de Kotzebue, 1790. Une première version française,
due à Bursay et à Julie Molé, fut créée
à l'Odéon en 1798, et entra au répertoire de la Comédie-Française
le 30 août 1800. Gérard de Nerval en fit une nouvelle adaptation,
créée le 28 juillet 1855.
Le Misanthrope en opéra-comique, comédie
en 1 acte en vers de Charles Maurice, Créé par la troupe
de l'Odéon au théâtre Favart, le 27 juin 1818..
Gorié ot ouma (Le Malheur d'avoir trop d'esprit),
comédie d'Alexandre Griboïedov, 1822.
Le Misanthrope et l'Auvergnat, comédie
en 1 acte mêlée de couplets, d'Eugène Labiche et Paul
Siraudin. Création, Théâtre du Palais-Royal, 19 août
1852.
Le Mariage d'Alceste, à-propos en 1 acte
de Charles Joliet. Paris, Jouaust, Librairie des Bibliophiles, 1874.
La Première du Misanthrope, comédie
en 1 acte en prose d'Armand Ephraïm et Adolphe Aderer. Théâtre
de l'Odéon, 15 janvier 1886.
La Revanche d'Alceste, par Paul Hippeau. Paris,
Stock, 1903.
La Revanche de Célimène, comédie
en 1 acte en vers. Paris, Alphonse Lemerre, 1906.
Célimène ou le Retour d'Alceste,
pièce en vers en 4 actes par Claude Labarraque-Reyssac ; préface
de Paul Guth. Paris, Debresse, 1956.
Célimène et le cardinal, comédie
en vers de Jacques Rampal., janvier 1992, mise en scène de Bernard
Murat, au théâtre de la Porte Saint-Martin
avec Ludmila Mikaël : Célimène
Gérard Desarthe : Alceste

Cassettes audio et vidéo
Audio
Le Misanthrope, mise en scène de Pierre Dux,
1955 (avec Aimé Clariond : Alceste et Marie Sabouret :
Célimène) . Grands textes grandes voix. CLE International,
1955
Le Misanthrope, mise en scène de Pierre
Dux, 1977 (avec François Beaulieu : Alceste). Réal.
Jacques Reynier. Comédie-Française. France-Culture.
Vidéo
Le Misanthrope, dans la mise en scène de Pierre
Dux, 1977. Réalisation TV : Jean-Paul Carrère. Film
Office.
CD
Le Misanthrope, extrait de l'acte III, scène
4, par Cécile Sorel, Paris 1937 ; extrait de l'acte III, scène ,
1932 avec Albert-Lambert et Mary Marquet . Coffret : le Théâtre
parisien de Sarah Bernhardt à Sacha Guitry. EMI, 1992.
Jacqueline Razgonnikoff
Bibliothécaire à la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française
Dernière révision : 2000
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