René Char / Albert Camus
Du 1st June au 1st June
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Écrivains acharnés dans l’élaboration d’une parole novatrice, engagée et contradictoire, Char et Camus correspondent de 1946 à 1959, livrent et partagent leurs combats, leurs visions de l’œuvre à accomplir, leurs projets et leurs travaux communs. À travers deux cents lettres publiées par les éditions Gallimard, les deux hommes échangent, et construisent par leur correspondance une parole paradoxale, obscure et éclairante, à la fois solitaire et fédératrice. Parole du mystère et de l’indignation pour Char ; parole du réel et de la révolte pour Camus. Héritier des grandes voix, René Char se situe avec humour « entre le Troubadour, Villon, Shakespeare, Racine, Chateaubriand, Nietzsche, Rimbaud, Apollinaire, Claudel, Rilke, Kafka, Héraclite et Monsieur Verdoux. »
Né en 1907, mort en 1988, René Char, attaché au paysage natal de son Vaucluse et de l’Isle-sur-la-Sorgue, construit ses familles, mais rompt avec plusieurs. Il rencontre Éluard, Breton, Aragon. Le mouvement surréaliste le consacre parmi ses plus jeunes partisans. À 27 ans pourtant, Char prend ses distances avec le dogme et l’écriture automatique auxquels il préfère un « âpre ascétisme allégorique. » L’auteur du Marteau sans maître travaille à la composition d’une œuvre en phase avec le regard qu’il porte sur le monde. Mobilisé, il entre dans la résistance au début des années quarante, porte le nom de Capitaine Alexandre, écrit dans le maquis. À la sortie de la guerre, il suggère à Jean Vilar la création d’un festival de théâtre, à Avignon. Il se lie alors d’amitié avec Albert Camus.
Né en Algérie à l’automne 1913, l’auteur de_La Peste,_ du Malentendu ou de Caligula, renonce à l’enseignement de la philosophie pour se consacrer au journalisme et à l’écriture. Engagé, il bouleverse la vie culturelle et politique française des années cinquante, subit les traumatismes de la guerre d’Algérie sans en connaître la fin. Il meurt dans un accident de voiture en 1960. Trois ans plus tôt, il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble d’une œuvre « qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes. » Il déclare alors : « ma patrie, c’est la langue française. » Camus rompt avec Sartre, quand René Char s’éloigne des surréalistes. Camus se passionne pour le théâtre mais n’écrit pas de poésie, quand Char n’approche que rarement l’écriture théâtrale.
Leur correspondance allie deux univers complémentaires, où se manifeste un engagement partagé dans la parole donnée d’homme à homme, d’éthique à éthique. Jamais facile ni séductrice, la parole de Camus et de Char relève d’un effort destiné à élever la conscience. L’écriture est ce travail, leur correspondance en est le témoignage.En partenariat avec le Centre national du livre.