Hors la loi
Pauline Bureau
Du 24 mai au 7 juillet
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« Pardonnez-moi, Messieurs, mais j’ai décidé de tout dire ce soir. Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes... Et pour parler de quoi ? De sondes, d’utérus, de ventres, de grossesses, et d’avortements ! Croyez-vous que l’injustice fondamentale et intolérable n’est pas déjà là ? Ces quatre femmes devant ces quatre hommes. » Cet extrait de plaidoirie prononcée par Gisèle Halimi pour la défense de Marie-Claire, 16 ans, qui a avorté clandestinement, date de 1972. Sur le banc des prévenues à côté de l’adolescente, sa mère, ses collègues de la RATP et la « faiseuse d’ange ». Avec leur accord, l’avocate transforme la défense en une tribune publique pour dénoncer l’injustice de la loi de 1920 interdisant l’avortement.
Pauline Bureau aime croiser théâtre et questions sociétales. Comme dans son précédent spectacle Mon Cœur, autour du scandale du Mediator, où elle associe la lanceuse d’alerte Irène Frachon à « une héroïne d’aujourd’hui comme j’ai besoin d’en voir sur les plateaux de théâtre », une détermination salutaire traverse ses personnages hors de la loi d’une société en mutation. Pour sa première création à la Comédie-Française, elle écrit une pièce à partir du « procès de Bobigny », dont les répercussions dans l’opinion publique ont contribué à l’adoption en 1975 de la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse. Les enjeux de sa pièce s’articulent autour de ces accusées ayant accepté de faire de leur vie un symbole, autour de l’engagement de Gisèle Halimi, autour de la détermination des nombreuses personnalités venues « témoigner » : le prix Nobel de médecine Jacques Monod, l’homme politique Michel Rocard ou, dans la lignée du Manifeste des 343, la comédienne Delphine Seyrig.CRÉATION MONDIALE
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Avec la participation de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel)Le texte de la pièce est à paraître aux éditions Actes Sud-Papiers
LA PRESSE EN PARLE :
« Montrer une personne ordinaire devenir héroïne contre son gré »
Après Mon Cœur, sur le scandale du Médiator, l’auteure et metteure en scène Pauline Bureau présente à la Comédie-Française le captivant Hors la loi, fruit d’un long travail de recherche autour d’un autre sujet sociétal : le procès de Bobigny, qui conduisit à l’adoption de la loi Veil sur l’IVG fin 1974.Hors la loi, la pièce sur l’avortement qui émeut Paris.
Un spectacle magistral autour du procès de Bobigny sur l’avortement. Un hommage émouvant à la liberté des femmes, au moment où un peu partout dans le monde, de nouvelles voix s’élèvent pour remettre en cause ce droit.
LA PIÈCE EN IMAGES :
Le théâtre a sans doute beaucoup à voir avec la justice : au tribunal comme sur scène, les personnages tiennent des rôles et défendent des causes. Un public assiste à l’audience, comme à une représentation théâtrale. Il n’est donc pas étonnant de retrouver sujets et situations judiciaires dans le Répertoire, portés sur les plateaux, qui se muent parfois en tribunes évaluant les grands sujets de société, tels que le droit à l’avortement traité par Pauline Bureau.
La satire du système judiciaire
Comme Molière s’est attaché à la satire de la médecine, le système judiciaire a lui aussi son polémiste en la personne de Racine : Les Plaideurs, seule comédie du tragédien, évoque la frénésie de plaidoirie qui prend les personnages de sa pièce, ces derniers n’ayant d’autre passion que la chicane et allant jusqu’à organiser le procès d’un chien voleur de chapon. Nombre de comédies aux titres évocateurs reprendront ce motif, sans doute avec moins de brio : L’Avocat sans étude de Rosimond (1680), L’Avocat patelin de Brueys (1706), Les Plaideurs sans procès de Charles-Guillaume Étienne (1821).
Les procès historiques
À l’instar du spectacle de Pauline Bureau, qui reprend la célèbre défense de l’avocate Gisèle Halimi au procès de Marie-Claire Chevalier, traduite en justice pour s’être faite avortée (1972), des procès historiques sont portés sur les planches. La période révolutionnaire inspire nombre de textes et le Tribunal révolutionnaire est évoqué à de multiples reprises. Thermidor de Victorien Sardou (1891), construit son intrigue autour du procès de Robespierre, dont certaines phrases célèbres sont reprises des délibérations. Le Tribunal révolutionnaire est totalement reconstitué dans_Le Sang de Danton_ de Saint-Georges de Bouhelier (1931), consacré au tribun.
Ces pièces écrites avec le recul du temps permettent de restituer un moment historique, ce qui n’est pas toujours le cas de celles produites simultanément aux événements ou à portée politique. La période révolutionnaire abonde ainsi en textes circonstanciels. Sur un thème semblable – le procès des religieuses sous la Révolution –, on peut apprécier la différence de ton entre Les Victimes cloîtrées, drame de Jacques-Marie Boutet de Monvel (1792), et Dialogues des carmélites de Georges Bernanos (1961).Exemplarité des affaires et évolution de la société
L’une des grandes scènes de tribunal du Répertoire est assurément le troisième acte du Mariage de Figaro de Beaumarchais (1784), qui fait le procès de la justice seigneuriale et des droits qui y sont attachés, comme le « droit de cuissage » déjà abordé par Voltaire dans Le Droit du seigneur en 1762. Ces pièces, sans évoquer des procès célèbres et en restant dans la fiction, montrent une pratique quotidienne abusive et recherchent l’exemplarité de certaines situations pour en dénoncer les effets. Elles participent à l’évolution de la société vis-à-vis de ces pratiques.
Le monde judiciaire, policier et carcéral est plus largement abordé par le théâtre au XXe siècle pour en dénoncer les aberrations, les abus et parfois les iniquités. Certains auteurs s’en font presque une spécialité comme Courteline (L’Article 330, Les Balances, Un client sérieux, Le commissaire est bon enfant, Le gendarme est sans pitié) ou encore Jean Genet (Le Balcon, Les Nègres, Haute surveillance, Les Paravents, Le Balcon).Les questionnements politiques resurgissent dans la période charnière de la seconde guerre mondiale. Dans Antigone, Jean Anouilh s’approprie un grand mythe mais, contrairement à Sophocle, le conflit n’est plus entre la loi divine et la loi humaine, dans sa version, mais entre la loi de l’État et celle de l’individu. La pièce écrite en 1942 répond ainsi aux interrogations de la société sur l’Occupation qu’elle subit alors. L’appareil judiciaire d’après-guerre est, lui, dénoncé dans La Tête des autres de Marcel Aymé (1952).
L’iniquité de la justice peut embrasser aussi les grandes causes humanistes comme dans La Robe rouge d'Eugène Brieux (1900), qui montre l’acharnement des magistrats contre des prévenus de condition modeste, ou encore La Putain respectueuse de Sartre, qui évoque un procès à charge fait contre des Afro-Américains dans l’Amérique des années 1930. C’est dans cette lignée de pièces épousant des causes majeures que s’inscrit le spectacle de Pauline Bureau.
Certains procès, en effet, ont pu faire évoluer les mentalités puis les lois sur des sujets cruciaux qu’il semble important de faire réentendre aujourd’hui et dont le théâtre a toujours été un moyen de médiatisation efficace.Agathe Sanjuan
- Visuel : Les Plaideurs – Suzanne Reichenberg, Pierre Laugier, Louis Leloir, Jules Truffier, Coquelin cadet, gravure, album Pasteur, 1897 © Coll. Comédie-Française
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Texte et mise en scène : Pauline Bureau
Scénographie : Emmanuelle Roy
Costumes : Alice Touvet
Lumières : Bruno Brinas
Vidéo : Nathalie Cabrol
Musique originale et son : Vincent Hulot
Maquillages et coiffures : Catherine Saint-Sever
Dramaturgie : Benoîte Bureau
Assistanat à la mise en scène : Sabrina Baldassarra
Documents
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Télécharger le PDF (1.16 Mo)Programme Hors la loi 18/19
Programme d'Hors la loi. Texte et mise en scène Pauline Bureau, Théâtre du Vieux-Colombier 18/19.
Distribution
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Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire ; Valérie, une militante féministe et Delphine Seyrig -
Sarah Brannens : Martine, la soeur de Marie-Claire ; Suzanne, l’assistante de Maître Halimi et Claire Saint-Jacques
Bertrand de Roffignac : Daniel; le Journaliste et le Procureur