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Cher public, 

Vous avez réservé des places pour Le Tartuffe de Molière, mis en scène par Ivo Van Hove et programmé à la Grande Halle de La Villette.

En raison d'un changement dans la distribution du spectacle, nous sommes malheureusement contraints d'annuler la représentation suivante :
Samedi 27 juin à 18h

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Saison hors les murs

Janvier - juillet 2026

La Salle Richelieu étant fermée pour travaux jusqu'à l'été 2026, la Troupe se produit depuis janvier dans 11 théâtres à Paris et à Nanterre.
Outre ses deux salles permanentes, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre, elle joue notamment aux Théâtres de la Porte Saint-Martin et du Petit Saint-Martin, à la Villette-Grande Halle et au Théâtre du Châtelet.

Les spectacles de cette saison hors les murs sont en vente.

Les visites historiques « Sur les pas de Molière » et « Le Paris de Molière » continuent et se déroulent à l’extérieur.
Départ Église Saint-Eustache

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  • Théâtre à la table

Ce que j'appelle oubli

  • Théâtre à la table
« Ce que j'appelle oubli » de Laurent Mauvignier. Théâtre à la table diffusé le samedi 27 mars à 20h30 sur le site et Youtube. Direction artistique et interprétation Denis Podalydès.

Dans un supermarché, un homme vole une canette de bière, ou plutôt la boit sur place. Quatre vigiles surviennent, le saisissent, le conduisent dans la réserve, le rouent de coups, il en meurt.
C’est arrivé en 2009 à Lyon. Tout est affreusement banal, lamentable, nul. Les personnages sont des plus ordinaires. Rien dans la violence même qui ne soit horriblement convenu. C’est cela peut-être qui fait le plus mal : chaque élément de ce fait divers est neutre, le type qui boit la canette, les vigiles qui l’arrêtent, le lieu, le moment, etc., l’ingratitude généralisée, et pourtant la conjonction de ces éléments, leur dynamique – rien, absolument rien ne prédispose au meurtre – entraîne et déchaîne une barbarie assassine.
Le narrateur s’adresse au frère de la victime. Il en était assez proche. Peut-être s’agit-il d’une consolation. Au sens littéraire du terme : c’était une forme poétique autrefois, comme chez Malherbe : « Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle… »

> Laurent Mauvignier ne raconte pas, n’explique pas, n’instruit pas, il dit, tente de dire ce qui se refuse à toute compréhension, à toute saisie esthétique, philosophique, judiciaire ou politique.
Denis Podalydès

Une phrase unique court sur soixante pages. Elle commence en ayant déjà commencé, ne comportant pas de majuscule, ouvrant par la conjonction « et » : « et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu, » et voilà, nous sommes engagés, acteur ou spectateur, dans le mouvement de cette phrase, de cette histoire, celle d’un homme qui est mort pour si peu.
Il y a dans ce texte un désir lazaréen de faire revivre, par la phrase, l’homme disparu. Je pense à Depardieu dans le film de Pialat, Sous le soleil de Satan, soulevant à bouts de bras, dans une absolue contention, le corps d’un enfant mort. Le miracle a lieu et je me suis toujours demandé pourquoi on y croyait tant, à en pleurer. À cause de l’énergie.
De la patience et de l’obstination. De l’effort désespéré, démultiplié par le désespoir lui-même. Alors que tout est dit, l’enfant inerte et sans souffle, malgré la mort et contre la mort, dans une attente et une lenteur oppressante et congestive, l’acteur retourne musculairement la violence inhumaine vers la vie, et l’enfant ouvre un œil.
Dans l’effort d’écrire au plus près de l’insensé, à même le désastre insignifiant, page après page, mot après mot, la langue de Mauvignier, comme les bras de Depardieu, parvient, il me semble, à redonner souffle – et non pas visage ou sens –, au pauvre mort anonyme, et peut-être, à consoler son frère, ou nous-mêmes, un tant soit peu.

Denis Podalydès, mars 2012

  • Photo © Vincent Pontet