Écrire pour la troupe de la Comédie-Française

La Conférence des objets de et mise en scène par Christine Montalbetti
Studio-Théâtre du Vieux-Colombier du 28 novembre 2019 au 5 janvier 2020.

Avec La Conférence des objets et en écrivant spécifiquement pour des acteurs de la Troupe de la Comédie-Française, Christine Montalbetti s’inscrit dans une tradition multiséculaire.

Molière, patron symbolique de la Maison, écrivait des rôles sur mesure pour ses compagnons et lui-même en s’adaptant à leurs qualités individuelles de jeu et à leurs traits physiques – le texte constituant par la suite un matériau de travail sur le plateau.

visuel01-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Le comédien Du Parc dit Gros-René, eau-forte par Frédéric Hillemacher. Gravure reliée dans l’ouvrage Galerie historique des portraits des comédiens de la troupe de Molière, 1857 © coll. Comédie-Française

Sept ans après sa mort, en 1680, la Comédie-Française obtient à sa création le monopole royal des représentations en langue française – privilège qu’elle conservera jusqu’à la Révolution – et les comédiens ont « qualité pour prendre part à la réception des ouvrages destinés à leur théâtre ».

visuel02-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Jonction entre les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne et ceux de l'Hôtel Guénégaud, ancienne troupe de Molière, 1680. Le 21 octobre, une lettre de cachet, signée à Versailles, consacre la fondation d'une troupe unique jouissant du monopole des représentations en français, à Paris et dans les faubourgs © coll. Comédie-Française

La troupe de la Comédie-Française devient alors une source d’inspiration, nécessaire, pour les auteurs, tout autant attirés que repoussés par l’institution et ses règles. Si ses prétendants espèrent en effet obtenir la consécration en écrivant pour la première troupe française, ils doivent avant tout se plier au verdict souverain des acteurs (une hérésie pour Mirbeau qui ne cesse de dénoncer les pouvoirs exorbitants des sociétaires), de l’administrateur ou du comité de lecture en fonction des époques. Leurs pièces sont reçues, reçues « à corrections » ou refusées.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il est d’usage que l’auteur vienne lire sa pièce devant les membres du comité de lecture. La tâche est ardue, l’auteur devant être doté de qualités oratoires et d’interprétation (Émile Augier, Alexandre Dumas ou encore Victorien Sardou se révèlent ainsi de grands lecteurs), sans toutefois « préjuger de la distribution des rôles au risque de déplaire à certains sociétaires». On écrit avant tout pour la Troupe.

visuel03-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Intérieur des théâtres, lectures de pièces par Adolphe Best, caricature de A. Lorentz, Le Monde diplomatique, tome premier, 1835 © coll. Comédie-Française
visuel04-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Une lecture au comité en 1886, huile sur toile d’Henri Adolphe Laissement, 1886 © P. Lorette, coll. Comédie-Française.
  • On peut voir Alexandre Dumas fils venu lire sa pièce Francillon le 4 novembre 1886 en présence de Jules Claretie, Thiron, Maubant, Coquelin cadet, Laroche, Febvre, Mounet-Sully, Got et Worms

Selon les époques et une fois la pièce reçue, les auteurs restent dans une relation fébrile, parfois même castratrice, avec les acteurs. « En proie à une panique souvent paroxystique, soumis d’une part à des comédiens maltraitants et terrifiés d’autre part par un public menaçant, ils sont presque toujours animés par ce que nous qualifierons de « velléité du retrait ». C’est notamment le cas du dramaturge Regnard qui expose ces craintes dans Les Folies amoureuses (1704).

visuel05-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Prologue des Folies amoureuses in Œuvres complètes de Regnard, avec des avertissements et des remarques sur chaque pièce par M. G. ***, nouvelle édition ornée de belles gravures, Paris, 1790 © coll. Comédie-Française

Le travail d’écriture se poursuit en effet très fréquemment lors des répétitions, souvent en accord avec l’auteur (surtout les années passant), les comédiens continuant à exiger des modifications ou refusant de dire certaines répliques, allant parfois même jusqu’à menacer de rendre leurs rôles… ou inversement, ainsi Mlle Mars ne cessant d’interrompre Victor Hugo lors des répétitions d’Hernani, il la menaça de reprendre son rôle.

visuel06-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Mlle Mars, huile sur toile du baron Gérard, d'après François Pascal Simon, [1790-1938] © P. Lorette, coll. Comédie-Française

Les acteurs interviennent sans scrupule sur le répertoire ancien, comme Lekain qui au XVIIIe siècle s’emploie à retravailler des textes cornéliens (notamment Nicomède).

visuel07-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Registre de mise en scène d’Henri-Louis Lekain, 1770-1778. Manuscrit autographe portant sur la mise en scène de soixante tragédies anciennes et modernes étudiées par Lekain © coll. Comédie-Française

En revanche, certains acteurs engagent des collaborations fécondes avec les auteurs vivants comme Talma qui, à la demande de Ducis, n’hésite pas à opérer des coupes voire à remanier en profondeur ses textes, toujours dans un souci dramaturgique.

visuel08-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Manuscrit autographe de Talma pour l’acte V, scène 2 de l’Hamlet de Jean-François Ducis © coll. Comédie-Française

Au XIXe siècle, les actrices-stars qui interprètent le répertoire tragique tout en faisant triompher les nouvelles écritures inspirent une nouvelle génération d’auteurs. Tout un répertoire est ainsi écrit pour Sarah Bernhardt et créé dans son propre théâtre, tandis que d’autres tentent d’écrire pour la grande tragédienne Rachel.

Si jusqu’au début du XXe siècle, le répertoire du Français est essentiellement contemporain, les créations se font plus rares par la suite — même si des auteurs continuent de fouler le plateau, tels Maurice Maeterlinck, Paul Claudel, André Gide se montrant très présents aux répétitions de leurs pièces — pour revenir à nouveau à partir des années 1980.

visuel09-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Paul Claudel assistant aux répétitions du Soulier de satin, 1943 © coll. Comédie-Française

Bernard-Marie Koltès correspond ainsi avec l’administrateur Jacques Toja au cours de l’année 1981, et lui confie son projet d’écrire « une pièce ayant pour élément dramaturgique principal sa destination à une Troupe ». Mais le projet n’aboutira pas.

Les écritures pour la Troupe se développent sous le mandat de Marcel Bozonnet qui programme en 2006 le dramaturge Philippe Minyana, hors répertoire, au Théâtre du Vieux-Colombier avec La Maison des morts. Cette pièce écrite pour la comédienne Catherine Hiegel en 1995 « dans la familiarité de sa voix », est mise en scène par Robert Canterella.

visuel10-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Catherine Hiegel et Shahrokh Moshkin Ghalam dans La Maison des morts de Philippe Minyana, mise en scène de Robert Canterella, Théâtre du Vieux-Colombier, 2006 © C. Mirco Magliocca, coll. Comédie-Française

La même année, Valère Novarina entre au Répertoire avec L’Espace furieux, dont la première version scénique a été créée en 1991 au Théâtre de la Bastille. À l’épreuve du plateau de la Salle Richelieu et du travail avec les comédiens, le remaniement de deux scènes, suscitant des changements et ajustements dont les « ondes ont modifié la physique et le langage de la pièce », nécessitent une nouvelle édition.

visuel11-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Saluts à l’issue d’une représentation de L’Espace furieux, texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina, Salle Richelieu, 2006 © T. Gründler, coll. Comédie-Française

Ce travail d’écriture se poursuit avec Muriel Mayette-Holtz qui demande à un auteur, Emmanuel Darley, et à un metteur en scène, Andrés Lima, de mettre leurs talents au service d’acteurs de la Troupe prêts à se livrer à l’exercice de l’improvisation lors d’un atelier de dix jours. C’est de cette collaboration que naîtra le spectacle Bonheur ? présenté au Théâtre du Vieux-Colombier en 2008.

visuel12-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Catherine Hiegel, Gilles David, Alexandre Pavloff, Céline Samie et Shahrokh Moshkin Ghalam dans Bonheur ?, textes d’Emmauel Darley et Andrés Lima, mise en scène d’Andrés Lima, Théâtre du Vieux-Colombier, 2008 © C. Mirco Magliocca, coll. Comédie-Française

Depuis 2014, Éric Ruf ouvre les portes à une nouvelle génération d’écrivains et de metteurs en scène qui écrivent au plus près de la scène des partitions taillées sur mesure pour les acteurs.

Ainsi, en 2017, à la demande de l’administrateur, Pascal Rambert écrit et met en scène au Théâtre du Vieux-Colombier Une vie, conçue spécialement pour les voix, les corps, les énergies de six acteurs de la Troupe et d’un enfant, car « c’est de là que naissent les pièces. Des acteurs. De ce rêve nocturne que l’on fait chaque soir avant de tomber de fatigue. On s’endort avec ces voix. On dort avec ces corps. On réécrit avec eux dans notre sommeil ».

visuel13-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Hervé Pierre, Pierre Louis-Calixte, Cécile Brune, Alexandre Pavloff, Nathan Aznar, Jennifer Decker et Denis Podalydès dans Une vie, texte, mise en scène et scénographie de Pascal Rambert, Théâtre du Vieux-Colombier, 2017 © C. Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Deux dramaturges sont à nouveau invités en 2018 à écrire pour et avec la Troupe des spectacles dont les contours se sont dessinés et affinés au fur et à mesure des répétitions : David Lescot pour Les Ondes magnétiques (Théâtre du Vieux-Colombier) et Lars Norén pour Poussière (Salle Richelieu).

visuel14-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • David Lescot et Christian Hecq lors d’une répétition des Ondes magnétiques, texte, mise en scène et musique originale de David Lescot, Théâtre du Vieux-Colombier, 2018 © V. Pontet, coll. Comédie-Française
visuel15-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Lars Norén dirigeant Françoise Gillard et Bruno Raffaelli lors d’une répétition de Poussière, texte et mise en scène de Lars Norén, Salle Richelieu, 2018 © B. Enguérand, coll. Comédie-Française

Le dramaturge suédois écrivait pour cette création avoir été « conscient d’eux tout le temps » pendant le travail d’écriture. Ce printemps, l’autrice et metteuse en scène Pauline Bureau confiait également avoir eu envie d’écrire le personnage de Marie-Claire à 60 ans pour sa pièce Hors la loi après avoir rencontré la sociétaire Martine Chevallier : « c’était une évidence ».

visuel16-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Françoise Gillard, Martine Chevallier et Claire de La Rüe du Can dans Hors la loi, texte et mise en scène de Pauline Bureau, Théâtre du Vieux-Colombier, 2019 © B. Enguérand, coll. Comédie-Française

L’ écriture de Christine Montalbetti avait été entendue au Studio-Théâtre en 2017 avec Le Bruiteur, interprété par Pierre Louis-Calixte dans le cadre des Singulis Seul-en-scène.

visuel17-pieceenimages-laconferencedesobjets1920
  • Pierre Louis-Calixte dans Le Bruiteur de Christine Montalbetti, mise en scène de Pierre Louis-Calixte, Studio-Théâtre, 2017 © V. Pontet, coll. Comédie-Française

Le comédien fait aujourd’hui partie de la distribution de cette Conférence des objets avec quatre de ses camarades pour lesquels l’écrivain a écrit une partition après les avoir interrogés sur leur rapport aux objets et à la narration.

Claire Lempereur, documentaliste à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française

Welcome

Informations mouvements sociaux

Pour plus de clarté et en raison de la durée du mouvement de grève national suivi par une partie des personnels de la Comédie-Française, nous ne communiquerons plus à compter de ce jour lorsque les spectacles sont maintenus, mais seulement si nous sommes contraints d'annuler. Dans ce cas, l'information sera publiée dès que possible sur cette page ainsi que sur les comptes officiels de la Comédie-Française sur les réseaux sociaux, et nous contacterons les spectateurs concernés par email ou par téléphone.
Merci de votre compréhension.

Modalités de remboursement pour les représentations annulées :

- Pour les billets achetés sur notre site Internet www.comedie-francaise.fr, le remboursement se fera automatiquement sur la carte ayant servi au paiement des places

- Pour les billets achetés auprès de la Comédie-Française par les autres canaux (correspondance, téléphone, guichets), merci de bien vouloir nous retourner un RIB au nom de la réservation en indiquant la référence de votre commande dans un délai de trois mois maximum à compter d'aujourd'hui par email : reservation.reponse@comedie-francaise.org
par courrier : Comédie-Française - Service location - place Colette - 75001 Paris

- Pour les billets achetés auprès de la FNAC et de TickeTac, le remboursement se fera directement auprès du revendeur.

OUVERTURE DES VENTES pour la deuxième partie de la saison (mars-novembre 2020)

  • Les ventes sont ouvertes sur Internet et par téléphone. Attention : il n'est pas possible d'acheter des places pour la deuxième partie de saison aux guichets.

Attention : la mise en vente du « Bourgeois gentilhomme » est reportée à une date ultérieure. Certaines dates de « Partage de midi » sont également concernées. Plus d'informations à ce sujet dans les semaines à venir.

Important

Nous vous rappelons que vos téléphones portables doivent être éteints pendant toute la durée des représentations. Merci.

Cookies

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez notre politique de protection des données personnelles et notre politique de gestion des cookies ainsi que le dépôt de cookies et technologies similaires, destinés à (1) assurer le bon fonctionnement du site (authentification, suivi de panier de commande), (2) vous proposer des contenus adaptés à vos centres d’intérêts en fonction de votre navigation sur notre site et (3) réaliser des statistiques pour optimiser votre navigation sur le site. Vous avez la possibilité d'en apprendre plus sur le paramétrage de vos cookies en suivant ce lien, ou vous pouvez accepter les cookies en fermant cette fenêtre.

Vigipirate

Suite au renforcement du plan Vigipirate, toute personne se présentant avec une valise ou un sac (hors sac à main) se verra interdire l'accès à l'enceinte des trois théâtres de la Comédie-Française.
Pour faciliter les contrôles, merci d'arriver au minimum 30 minutes avant le début des représentations.