Mon Gainsbourg à moi

« LES SERGE (Gainsbourg point barre) ». Adaptation et mise en scène Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux. Du 16 mai au 30 juin 2019, Studio-Théâtre.

Par Sébastien Pouderoux et Stéphane Varupenne

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Comment pourriez-vous décrire Serge Gainsbourg ?
Sébastien Pouderoux. Un esprit brillant et acéré. Un être profondément inspiré et inventif.
Stéphane Varupenne. Un artiste timide, sensible et paradoxal qui se cachait derrière sa froideur et son agressivité mais aussi derrière des volutes de fumée et des vapeurs d’alcool. La chanson, qu’il considérait comme un art mineur, le complexait moins que la poésie ou la peinture.

Serge Gainsbourg avait dit un jour : Heureux je n’aurais plus rien à dire.
S.V. Je pense que c’est ce qui caractérise la plupart des poètes.
S.P. On aurait tort de croire qu’il n’a souffert qu’à ses débuts, quand il cherchait désespérément la reconnaissance. Le succès n’a pas eu pour vertu de le rassurer. En réalité, cela le détruisait, tout en lui apportant cette liberté de ton qui fait qu’aujourd’hui encore on a du plaisir à l’écouter.

Artistiquement Serge Gainsbourg a été un pionnier…
S.V. Oui, il empruntait des thèmes classiques et en faisait des chansons. C’est un peu l’inventeur du sample. De plus, il était curieux de tout, s’essayait à tous les styles : le jazz, le rock, le reggae, l’électro… Il n’a jamais cessé d’évoluer.

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Il cherchait à se démarquer au risque de choquer ou de provoquer. La provocation, selon lui, faisait partie de la création.
S.P. Il disait que la provocation était une nécessité et qu’en secouant les gens, il en tombait toujours quelque chose, des pièces de monnaie, un livret de famille, etc. Dans Les Serge, notre intention n’est pas du tout de choquer ou de déstabiliser mais plutôt d’interroger le spectateur, d’éveiller sa curiosité.

Quelle séquence retenez-vous comme la plus marquante dans la vie de Gainsbourg ?
S.P. Lorsqu’il interprète une chanson inédite, La noyée, sur un plateau de télévision. J’aime l’absence d’affectation. On ressent moins le pathos que chez Brel ou Ferré par exemple. Cela me touche énormément.
S.V. En 1985, il est l’invité du Jeu de la vérité. Il reprend au piano Parce que, une chanson de Charles Aznavour. C’est un moment suspendu qu’il s’emploie ensuite à faire voler en éclats en répondant à Patrick Sabatier. Pour moi, c’est tout Gainsbourg, quelqu’un qui ne cesse de casser l’émotion.

Serge Gainsbourg voulait qu’on se souvienne de lui comme d'un homme parfois trouble, parfois violent, assez porté sur l’érotisme, avec un langage précis et un style. Qu’aimeriez-vous que le spectateur retienne du spectacle ?
S.V. L’impression d’avoir entrevu l’âme d’un poète, comme dans la chanson de Charles Trenet. Et qu’il lui reste un air ou une parole en tête.
S.P. Le sentiment d’avoir fréquenté Gainsbourg à travers nous.

Par Benjamin Lavernhe

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C’est clairement un type ultra sensible, dont les sens sont mis à l’épreuve, car toujours sollicités. De tout ressentir aussi fort, ça le galvanise, ça le fait créer, mais ça l’abîme aussi, ça lui fait très mal. Alors, comme un animal blessé, il mord, il crache, il provoque, il se défend, mais surtout pour survivre, il joue. Il joue avec son pinceau d’abord, il joue avec les mots, il joue avec les notes, il joue avec la bienséance, avec les journalistes, avec les mœurs et avec sa santé. Un enfant dans un corps de vieux qui teste des choses, cherche les autres et se cherche lui même… Il est perdu.
Dans son regard de jeune homme de 20 ans, on constate déjà à quel point il est touché. Touché par la grâce mais aussi par une sorte de maladie. Comme si son génie était lourd à porter.
Colère, pulsion, désir, il a en lui mille émotions, qu’il doit sortir, de quelque manière que ce soit.
C’est un drôle de zèbre ce mec. On le regarde comme une curiosité, comme un martien.
Gainsbourg fascine parce qu’il échappe aussi. Dans La Petite Émission, il confie à Georges Lautner qu’il ne tient pas à ce qu’on l’attrape. Et ce dernier lui rétorque : « Mais
tu ne vas pas très vite quand même. Et c’est tout de même un paradoxe, puisqu’en même temps tu racoles. »
Je me demande comment aurait été Gainsbourg s’il n’avait pas bu une goutte et s’il n’avait pas fumé. Son cerveau aurait-il été encore plus rapide ? Son génie aurait-il été moins étouffé ? Décuplé ? Plus libre ? Je ne le crois pas. Je pense même qu’il serait mort plus jeune, il n’aurait pas supporté le monde. Le génie de ce type réside bizarrement dans sa capacité à créer autant que dans sa capacité à se détruire. C’est indissociable.
C’est tout son personnage, mais aussi ses failles et sa souffrance qui sont poétiques.

C’est tout son personnage, mais aussi ses failles et sa souffrance qui sont poétiques.

Benjamin Lavernhe

La noyée, que j’interprète dans le spectacle et que je ne connaissais pas, me bouleverse particulièrement. Dès que je commence à la chanter, j’ai envie de pleurer, c’est très étrange. Presque magique. Elle reflète à quel point il pouvait être délicat, amoureux, désespéré, doux et intime dans ses textes et à quel point il se racontait.
Son agressivité et sa vulgarité dans d’autres contextes racontaient justement son extrême pudeur.

Par Rebecca Marder

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Gainsbourg en quelques mots ?
Un poète, un prophète, un dandy, un esthète, un
pudique…

Un moment marquant de sa vie ?
Sa vie est marquante.

Une chanson ?
Comme un boomerang.

Quel Serge jouez-vous ?
Nous sommes tous des Serge. Moi je suis Serge Lama et Serge Merlin…

En quoi consiste la préparation pour Les Serge ?
Fumer des havanes en dansant La javanaise dans les caves du Français, sous les colonnes de Buren.

Par Noam Morgensztern

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Qui était Serge Gainsbourg ?
Un artiste à l’écoute de ce que l’on souhaitait qu’il devienne ou qu’il soit et qui adorait critiquer.

Un souvenir de lui ?
À la campagne, devant un gros poste de télévision à tube cathodique, ma mère s’approche de l’écran et lâche « Oh, non ! » à l’annonce de sa mort au journal télévisé d’Antenne 2. J’avais dix ans. J’ai le souvenir d’une tristesse trouble que je n’avais jamais vue chez mes parents, comme si la télé nous apprenait le décès d’un ami – d’un membre éloigné de la famille qu’ils savaient malade ou condamné – et que je n’arrivais pas du tout à remettre. Était-il déjà venu manger chez nous ? Non.

Une chanson de lui ?
Je suis particulièrement touché par les enregistrements en live : Aux enfants de la chance au Zénith, La balade de Johnny-Jane au Casino de Paris et bien évidemment Le poinçonneur des Lilas aux Trois Baudets...

Gainsbarre, coup de génie ou fantaisie de trop ?
C’est ce qu’il a souhaité pour lâcher du lest… Après ce qu’on en pense...

Quel Serge interprétez-vous ?
Je suis, comme chacun de nous, une idée de Gainsbourg. Je joue avec plusieurs périodes de sa vie sans jamais quitter mon prénom.

Serge à la Comédie-Française ?
Je pense qu’il aurait adoré venir un 14 juillet chanter sur le plateau de Richelieu sa version de La Marseillaise. Il aurait eu beaucoup d’admiration pour les tableaux de maîtres qui s’égrènent dans les couloirs. Il se serait certainement beaucoup marré à l’étage des perruques et des couturières. Il aurait aimé l’honneur de l’Institution mais l’aurait déraciné l’instant d’après.

Par Yoann Gasiorowski

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La première chanson qui m’a fait découvrir Serge Gainsbourg estInitials B.B. Je l’écoutais en boucle car j’étais absorbé par la puissance épique de La Symphonie du nouveau monde d’Antonín Dvořák, et par cette histoire d’apparition divine dans la nuit. Mais l’album qui me touche le plus est sans aucun doute L’Histoire de Melody Nelson. Parmi les moments les plus marquants, je retiendrais ses interprétations en live de Initials BB, Bonnie and Clyde, Je suis venu te dire que je m’en vais, ou bien encore La javanaise lors de ses concerts au Casino de Paris en 1985. Au-delà de l’auteur et du compositeur de génie, c’est surtout l’interprète intense qui apparaît, seul, livré à son public, et c’est absolument fascinant. Pour le spectacle au Studio-Théâtre, la préparation a commencé par la musique. Pendant un an, on a beaucoup bricolé les sons et cherché les arrangements les plus pertinents. Je me souviens du frisson qui pouvait nous parcourir quand certains morceaux surgissaient... On se regardait dans les yeux, on sentait qu’on tenait un truc et on enregistrait à l’arrache sur nos téléphones. Par exemple, notre première maquette de L’eau à la bouche est très émouvante à écouter aujourd’hui. Elle est fragile, simple, balbutiante, mais il y a déjà toutes les couleurs qu’on retrouve dans la version du spectacle.

Photos : Vincent Pontet
Propos recueillis par Oscar Héliani, avril 2019

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