Pièces révolutionnaires à la Comédie-Française
La Mort de Danton de Büchner, qui entre au répertoire de la Comédie-Française, a été jouée en France pour la première fois en 1948 au Festival d’Avignon, dans la mise en scène de Jean Vilar. Ces représentations furent controversées : la presse conservatrice reprocha au metteur en scène d’avoir choisi un auteur allemand pour illustrer un épisode de l’histoire de France, déformé. La pièce, écrite en 1835, qui convoque les protagonistes de la Révolution française, était un écho aux propres préoccupations politiques de l’auteur. Cet épisode de l’histoire de France a inspiré plusieurs dramaturges joués à la Comédie-Française, dont certaines productions ont fait scandale. La réception de ces pièces a toujours été influencée par l’historiographie et la vision de la Révolution, au moment de leur création.
Dès la période révolutionnaire, les évènements ont inspiré nombre de dramaturges. Après la Révolution de 1830, on voit encore fleurir les sujets tirés de cette période et deux pièces sont jouées en 1831 à la Comédie-Française : Charlotte Corday de Régnier-Destourbet et Camille Desmoulins, ou les partis en 1794 de Blanchard et Mallian. Écrites peu avant La Mort de Danton, elles n’ont pas la portée politique de la pièce de Büchner mais sont d’aimables drames romantiques. Même scénario après la Révolution de 1848 et le choix de faire jouer la Charlotte Corday de Ponsard, en 1850.
Le regard sur ces pièces révolutionnaires change à partir de l’avènement de la troisième République. Le Thermidor de Victorien Sardou fait scandale en 1891 en s’attaquant à l’un des héros de la Révolution, Robespierre, représenté comme un tyran sanguinaire. La création provoque un débat à la Chambre et débouche sur son interdiction. Clémenceau prononce alors une phrase restée célèbre : « La Révolution est un bloc, on ne peut rien en distraire ». Par-là, il veut dire qu’on ne peut faire le tri entre les bonnes et les mauvaises actions révolutionnaires. C’est surtout sa programmation sur la première scène subventionnée qui avait provoqué la levée de boucliers car elle apparaît aujourd’hui sous un jour bien différent.
À ce titre, il est révélateur de voir combien le débat sur la Révolution est dépassionné lors de l’entrée au Répertoire en 1931 du Sang de Danton de Saint-Georges de Bouhélier.
Depuis 1848, les différentes mises en scène de La Mort de Danton en France n’ont cessé d’interroger une vision de l’Histoire, en fonction du moment vécu. Cette interprétation conjoncturelle et politique semble une constante, de la mise en scène de Bruno Bayen en 1968, reflet de la révolution en cours, à celle de Klaus-Mickaël Grüber, programmée en 1989 à Nanterre-Amandiers, qui évitera soigneusement toute célébration, jusqu’à celle de Thomas Ostermeier en 2001 qui y voit une réminiscence de la chute du Mur de Berlin.
— Visuel : Thermidor Victorien Sardou, 1891, répétitions
© A. Bert,coll. Comédie-Française
JANVIER - JUILLET 2026
La Salle Richelieu fermant pour travaux le 16 janvier, la Troupe se produira dès le 14 janvier dans 11 théâtres à Paris et à Nanterre.
Outre ses deux salles permanentes, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre, elle aura pour point fixe le Théâtre de la Porte Saint-Martin et le Petit Saint-Martin et sera présente dans 9 théâtres partenaires : le Théâtre du Rond-Point, l’Odéon Théâtre de l’Europe, le Théâtre Montparnasse, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le 13e art, La Villette-Grande Halle et le Théâtre du Châtelet.
Les 20 spectacles de cette saison hors les murs sont en vente.
Consultez nos conditions générales de ventes pour les conditions d'accès.
