Les odeurs de théâtre

Imaginées pour la Comédie-Française par Olivia Giacobetti

Un acteur ne revient jamais dans un théâtre dans lequel il a travaillé sans un doucereux sentiment de deuil. Ce théâtre, il ne le reconnaît jamais - les volumes se modifient au gré des décors, les coulisses se reconfigurent, les gens changent, des travaux sont effectués en permanence et la vie passe. C’est au nez qu’il le retrouve et qu’il se retrouve car l’odeur d’un théâtre, elle, ne change pas, jamais. Chacun a la sienne et ces senteurs deviennent alors des madeleines de Proust pour quantités de personnels, acteurs et spectateurs.
Au théâtre, le nez est le plus grand rôle chez Rostand mais, en parfumerie, c’est un alchimiste merveilleux qui transforme en subtile fragrance ce que l’odorat perçoit. Il y a dans un théâtre une odeur indéfinissable, née du mélange infiniment complexe des matières des ateliers, des velours, du bois, de la poussière, de la chaleur des projecteurs, des costumes, du lourd parfum des dames, des vêtements mouillés de l’hiver, des maquillages, des laits démaquillants, de la tension des corps retenus, de la peur de ceux qui sont précipités en lumière.

[...] l’odeur d’un théâtre, elle, ne change pas, jamais

ÉRIC RUF

C’est pour donner corps à ces impressions que j’ai rencontré Olivia Giacobetti. Elle est un nez. Un grand. Elle ne fait pas des parfums, elle crée des odeurs, elle restitue des mondes. Elle a souhaité aller partout : dans les cintres parce que les odeurs montent, dans les plis des pendrillons où elles s’accumulent, dans le sillage des comédiens se croisant dans l’exiguïté des coulisses, dans le couloir des loges où l’air immobile est soudain brassé par les robes longues et les capes de mousseline, dans l’ombre accumulée des dessous, à la forge pour sa limaille, à la menuiserie pour ses copeaux, à la bibliothèque pour ses reliques. Partout.

C’est à ce voyage olfactif dans l’intimité de la Maison de Molière que vous convient ces bougies. Un parfum rêvé, un parfum de rêve, celui d’un théâtre, celui de la Comédie-Française.

Éric Ruf, administrateur de la Comédie-Française

À LA COMÉDIE-FRANÇAISE PAR OLIVIA GIACOBETTI

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Être parfumeur, c’est explorer ses émotions à travers les odeurs. Tout passe par les sensations.

Olivia Giacobetti

« Une promenade dans les coulisses, les archives, les réserves, les ateliers, les recoins, les secrets de la Comédie-Française. J’aurais voulu être invisible et poser mon nez partout, suivre les costumes, ouvrir toutes les malles, être sur scène, le plus près possible des comédiens…
Je l’ai presque fait et le voyage était magnifique.
J’ai découvert une maison, imprégnée d’histoire mais sans lourdeur, la présence de Molière est naturelle, comme un père, la ruche continue, pleine de vie.
J’ai volé quelques moments, quelques détails ; le fauteuil du Malade imaginaire, le travail des ateliers, les immenses réserves qui attendent de revenir sur scène, le foyer des artistes, le plateau nu, les planches, le va-et-vient des comédiens, les gigantesques malles et cette douce odeur de bois qui enveloppe tout… »

LE FAUTEUIL DE MOLIÈRE

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  • Bois de noyer, crin, cuir, huile de lin…

Bois recouvert de peau noire, dossier mobile et pieds à roulettes. Milieu du XVIIe siècle, 123 x 68 x 82 cm. Le 10 février 1673, Molière, gravement souffrant, avait créé sur son Théâtre du Palais-Royal une joyeuse comédie dont le titre était un défi personnel à la mort :
Le Malade imaginaire. Au lever du rideau, Molière-Argan, maquillé d’un teint de santé florissante, est installé dans un grand fauteuil, en robe de chambre et bonnet, plongé dans l’examen du mémoire de son apothicaire. Une semaine plus tard, le 17 février, au cours de la dernière scène, Molière est pris d’un crachement de sang. II ne survit que quelques heures. Si le fauteuil a pris peu à peu une valeur symbolique, il continuera à remplir son emploi d’accessoire de théâtre y compris dans d’autres pièces que Le Malade imaginaire. Sa « peau noire » perdant sa coloration et s’écaillant dangereusement, ledit fauteuil devint relique ; il est aujourd’hui exposé dans la Galerie des bustes de la Salle Richelieu protégé par un caisson de verre. Pour imaginer la bougie « Fauteuil de Molière », Olivia Giacobetti a pu glisser son nez dans cette cage de protection…

COULISSES

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  • Fard, poudre de riz, velours, poussière de bois…

« En scène, s’il vous plaît ! »
L’éclairage décline, le rideau se lève…
En coulisses on entend : « Mesdames et Messieurs, le spectacle est commencé ».
Sur le devant de la scène, les comédiens interprètent le répertoire dans la lumière du plateau. Dans l’ombre des coulisses, d’autres attendent d’entrer en scène et tous les personnels s’affairent pour que le spectacle puisse se dérouler. Espace particulier entre l’extérieur du théâtre et le plateau, dans les coulisses se partagent toutes les émotions. Tapie dans un coin de la coulisse, côté cour pour être précis, Olivia Giacobetti a pu suivre une représentation de Roméo et Juliette. La bougie « Coulisses » dit tout de son émerveillement de spectatrice privilégiée.

BLANCHISSERIE

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  • Coton, tulle, savon à l’ancienne, amidon de riz, vapeur de fer chaud…

À l’issue du spectacle les costumes sont vérifiés et remis en état. Puis chemises, cols, jabots, poignets, fraises, plastrons sont lavés et repassés chez les blanchisseuses et repasseuses de la Comédie-Française. Elles détachent au savon de Marseille, repassent à l’amidon avec fers à coque et à tuyauter, conformément à la plus pure tradition. Passionnées et intarissables, les blanchisseuses ont livré leurs secrets à Olivia Giacobetti, qu’elle s’est empressée d’enfermer dans une bougie.

RÉSERVES

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  • Malle, osier, talc, poussière de bois, toile à beurre...

Plus de 4000 meubles sont répertoriés dans les réserves...
Des meubles sous housse, rangés par ordre alphabétique, classés par style, des malles en osier contenant les accessoires de scène... Décors et accessoires sont stockés précieusement en attendant d'être réutilisés ou recyclés... Rien ne se perd ! De son après-midi passée à déambuler dans le silence des réserves, Olivia Giacobetti a conçu une bougie qui se dévoile comme un meuble que l'on déhousse ou le contenu d'une malle que l'on ouvre.

ATELIER

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  • Bois, sciure, résines, solvants, pigments, plâtre, jute, poussière…

Les corps de métier disposent d’environ deux mois pour construire le décor d’un spectacle dans leurs ateliers. Métal, bois, tissus sont travaillés par les serruriers, menuisiers et tapissiers qui interviennent successivement sur chaque élément dans l’atelier de construction, avant que les peintres et les sculpteurs décorateurs n’apportent la touche finale dans l’atelier de décoration. Guidée par les artisans, Olivia Giacobetti s’est faufilée dans les ateliers de la Comédie-Française découvrant une forge qui crépite, une essence de bois rare ou un décor en construction.
La bougie « Atelier » en est le reflet olfactif.

J’aime la poésie qui entoure le monde des odeurs, la subtilité de son langage et ce lien presque animal avec nos émotions.

Olivia Giacobetti

Les Bougies sont disponibles aux espaces de vente de la Comédie-Française et sur le site Internet de la boutique