Décorateurs à l'honneur

Note de Joseph Lapostolle, adjoint à la décoration aux ateliers de décors de la Comédie-Française, mai 2019
« La Vie de Galilée » de Bertolt Brecht. Mise en scène Éric Ruf. Du 7 juin au 21 juillet 2019, Salle Richelieu.

« Par définition, un atelier de construction de décor n’interprète pas. Il reste, par fonction, dans le suivi scrupuleux et opiniâtre de la volonté du scénographe et des plans fournis par le bureau d’étude. Sa véritable signature est paradoxalement l’absence de signature, elle est dans l’art de se fondre, de se conformer, d’épouser fidèlement. Cette vertueuse discrétion n’a pourtant rien d’une simple et arrangeante soumission et dépend d’une remise à niveau constante. Il faut beaucoup d’art pour ne pas le manifester, il faut une main très sûre pour ne pas laisser voir son geste. Nombre de techniciennes et de techniciens des ateliers de construction de la Comédie-Française – tous services confondus : peintres, tapissiers, sculpteurs, menuisiers, serruriers, dessinateurs, machinistes – emploient la moindre heure perdue pour ne pas « perdre la main », pour donner forme à ce qui n’a pourtant pas vertu à être regardé. » Éric Ruf

visuel01-actualites-josephlapostolle-galilee1819

Quand Éric Ruf nous a dévoilé la maquette de La Vie de Galilée, ce fut avant tout une grande excitation. La perspective de réaliser autant de toiles décors pour une seule pièce, c’était inédit dans nos ateliers ; savoir que l’on va reproduire tant de détails d’œuvres de grands maîtres de la peinture*, c’est un peu le rêve secret de tout peintre décorateur. Et là, il semblerait que le rêve soit enfin devenu réalité. En effet, quoi de plus exaltant pour un décorateur que de relever un défi de cette ampleur ?

  • * La Descente de croix, Fra Angelico (1432-1434), Pietà, Fra Angelico (1443), Le Couronnement de la Vierge, Raphaël (1502-1503), La Sainte Famille de François Ier, Raphaël (1518), La Mort de la Vierge, le Caravage (1601-1606), La Lutte de Jacob avec l’Ange, Rembrandt (1659-1660).
visuel03-actualites-josephlapostolle-galilee1819

Dix toiles au format hors norme réunissant à la fois Rembrandt, Fra Angelico, Raphaël, le Caravage… des centaines de mètres carrés de toile vierge à sublimer.

Le poids et la qualité du travail requis auraient pu nous sembler écrasants, et parfois le doute a pu s’installer parmi les acteurs et certains collaborateurs du projet. Mais il est un moment où il faut se lancer, et c’est ce que nous avons fait, avec joie. Notre travail n’est pas exactement celui d’un copiste, même si souvent une mise aux carreaux est souhaitable, l’échelle démesurée des toiles nous oblige à rester humbles dans nos têtes et dans nos corps. Si les ateliers de la Renaissance furent le lieu où se conjuguaient les talents, les ateliers de la Comédie-Française fonctionnent sur le même principe : chaque ouvrage nécessite plusieurs peintres qui évoluent sur la toile, debout, au gré de leurs capacités, ou inclinations ; l’un sera plus à l’aise avec les couleurs et les textures, un autre préférera le dessin des mains et des visages… tel le maître qui apporte sa touche finale.

Les toiles de décors pouvant atteindre parfois plus de cent mètres carrés, ces dimensions nous obligent à les travailler au sol avec des brosses ressemblant à des balais, nos palettes sont des seaux remplis de couleurs. Un environnement de travail qui mobilise tout le corps. Autant dire qu’un projet de cette ampleur oblige le peintre à être endurant et fort physiquement. Mais il doit aussi être le détenteur d’un grand savoir-faire et d’une sensibilité artistique aiguisée et rester au plus proche des nuances et des subtilités picturales de la maquette. Donner l’illusion d’une toile de maître nous oblige à tricher : en utilisant parfois de procédés techniques « impressionnistes », voire « expressionnistes » : gouttelage, gratinnage, petit jus, projections, gouttelé-frotté… autant de termes inventés par les décorateurs pour désigner des pratiques picturales courantes.

visuel02-actualites-josephlapostolle-galilee1819

Lorsque le travail arrive à son terme, après des semaines d’ouvrage, après quelques doutes, parfois des douleurs, mais surtout un grand plaisir, c’est une immense satisfaction de voir les toiles s’élever dans les cintres, se révéler en lumière, prêtes à servir le décor, la mise en scène, les comédiens…

Certains peintres iront alors voir la pièce, parfois juste pour le plaisir de contempler, une dernière fois peut-être, l’objet de leur travail qui passe de l’ombre à la lumière.

Joseph Lapostolle

Bienvenue

Important

Nous vous rappelons que vos téléphones portables doivent être éteints pendant toute la durée des représentations. Merci.

Cookies

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez notre politique de protection des données personnelles et notre politique de gestion des cookies ainsi que le dépôt de cookies et technologies similaires, destinés à (1) assurer le bon fonctionnement du site (authentification, suivi de panier de commande), (2) vous proposer des contenus adaptés à vos centres d’intérêts en fonction de votre navigation sur notre site et (3) réaliser des statistiques pour optimiser votre navigation sur le site. Vous avez la possibilité d'en apprendre plus sur le paramétrage de vos cookies en suivant ce lien, ou vous pouvez accepter les cookies en fermant cette fenêtre.

Vigipirate

Suite au renforcement du plan Vigipirate, toute personne se présentant avec une valise ou un sac (hors sac à main) se verra interdire l'accès à l'enceinte des trois théâtres de la Comédie-Française.
Pour faciliter les contrôles, merci d'arriver au minimum 30 minutes avant le début des représentations.