Journal de bord

Par Marceau Deschamps-Segura, élève metteur en scène dramaturge de l'Académie de la Comédie-Française

Jusqu’à aujourd’hui, il aura été difficile de trouver, précisément, quoi écrire.
Cette proposition nous avait été faite dès notre entrée, de rédiger un « journal de bord de l’Académie ». Et cela rencontrait même notre désir, notre enthousiasme, et le foisonnement de nos idées.
Par exemple, faire une chaîne en ligne, avec ces heures de vidéos collectées par Juliette à tous les moments de notre séjour académique, ou des petits canulars, comme la fausse interview des Gardiens de la Galaxie -6, avec Robin pour faire Chris Pratt, moi en Bradley Cooper-raton-laveur, Christian Hecq pour incarner Vin Diesel, Eric Ruf, crâne rasé, pour camper David –Drax– Bautista, le Destructeur ; mais qui aurait pu faire Zoé Saldana ?

À 5 mois, un coup d’électrochoc : « wow, déjà 5 mois ! allez on fait un truc ! » Blandine commence un dessin de nous 9, on continue à y penser
et bim c’était déjà il y a deux mois.
D:

Aujourd’hui, maintenant, il est 2h02 du matin, je sors de la douche, je rentrais d’un petit apéro au premier soleil de mai après une répétition des Ondes Magnétiques, devant le Grand-Palais, avec l’équipe de David Lescot. On avait préparé chacun de notre côté un cake chèvre-olive, une salade avocat-pamplemousse, un fondant plus que fondant au chocolat et à la crème aux marrons… et on a mangé tout ça avec de la musique, dans la toute nouvelle chaleur printanière, en riant, en papotant, et en se montrant des photos de nous enfants… Jolie soirée :)

Mais donc au retour, là, envie de s’y mettre.

Avec la chaleur ou le soleil, quelque chose revient d’une énergie souterraine qui propose de créer.
(reviendront bientôt les nuits blanches à écrire après avoir dansé ? les siestes matinales ? les mots à dire, d’avoir écrit ?)

Quelque chose d’une sorte de fin arrive.
Et avec elle, l’envie d’en témoigner, comme on témoigne d’un événement, a posteriori, mais encore tout marqué de son empreinte.

Et pourtant ce n’est pas fini ! presque 3 mois restent des 11 qu’aura duré notre longue immersion !
Et pour moi, du nouveau qui s’annonce encore : bientôt, je monte sur scène en Richelieu ! Mes camarades, qui s’y attèlent presque quotidiennement depuis près de 7 mois, accueillent mon enthousiasme avec sourire ; pour moi, ce détour par la scène pour ces deux reprises (Britannicus, Roméo & Juliette) ne sera jamais qu’un exotisme, sans commune mesure avec le somme de ces spectacles qu’ils ont créés successivement, et interprété en alternance pendant tout ce temps, me dis-je. Je vois leur usure ; je vois leur force ; je vois leur patience et leur impatience.
Je me demande si ce que je vois chez les autres, c’est ce que j’aperçois dans mon propre miroir.

Qu’est-ce qui me semble finir ? Quelle est cette fin qui se fait sentir à moi, au point d’en prendre la plume cette nuit de peu de temps.
Plus la nuit est courte, plus elle dure longtemps…

Nous avons eu nos derniers cours, notre soutenance : formuler et défendre un projet artistique (pour moi Dévastation, notre pièce de sortie, qui a point dès juin à l’horizon, et qui n’en est encore qu’à son aube avant son zénith de juillet). Cela, et le recrutement enclenché des prochain-ne-s Académicien-ne-s : des ami-e-s nous appellent pour entendre l’expérience que nous avons faite, qu’ils et elles s’apprêtent – peut-être – à faire ; on déplace un cours avec Éric Ruf afin de libérer un créneau pour les candidat-e-s scénographes…
quelque chose, ici, semble bien cheminer – tranquillement – vers son terme.

Et, en discutant avec mon amie Maroussia – sortie du Conservatoire comme moi pour entrer immédiatement dans une autre formation d’un an – nous nous rendons compte que ça y est, nous sortons de l’école, enfin, du haut de nos presque 30 ans !

Et pour se jeter où ?

Cette année m’a appris que ce monde est complexe, de la création artistique.
Que la peur – que j’avais jusque-là gentiment congédiée par un enthousiasme forcené, et une plongée résolue dans la passion joyeuse du faire, persuadé qu’elle n’était qu’une pensée de passage envoyée pour effrayer les étudiants ou pour complaire aux prétendus poètes – existe.
Avec intensité, agitation et virulence, et que la calmer est une quête quotidienne et incessante, dont les fruits paraissent secs dès que les forment leurs fleurs.
Cette peur, je l’ai rencontrée (sous la forme d’un rire, d’une moue ou d’une tension) chez ces acteurs et ces actrices qui jouent pourtant presque quotidiennement devant 300 à 800 personnes depuis plusieurs années, et qui toujours ont à conquérir leur calme.
Je l’ai rencontrée chez mes ami-e-s, sorti-e-s du Conservatoire en même temps que moi, que je croisais aux auditions qui ne nous apportaient pas beaucoup plus qu’une occasion de travailler sur soi et de travailler ensemble, le temps d’une nouvelle scène.
Je l’ai rencontrée, féroce, chez celles et ceux qui, après avoir été comme moi élèves à l’école du Jeu, et après avoir elles et eux complété une première année de cotisations pour l’intermittence du spectacle grâce à un premier projet conséquent, frémissaient, intranquilles, au moment de boucler la seconde.
Je l’ai rencontrée chez moi, inédite, moi qui ai toujours estimé – et qui estime encore – que
pour moi, de toutes façons, ça marchera : tout ira bien
(et que au pire si je rate je ferai autre chose, voire je rentre chez ma mère ou chez mon père dans le Jura, et qu’il y aura toujours bien des choses passionnantes à y faire)
même mon pire sera du beau

Car cette année me confirme, en sensation, organiquement, que cette peur existe.

ce qui m’est d’ailleurs très désagréable et peut m’impatienter par moments
Que la certitude de ma compétence est inefficace à l’effacer.

Je sens que les choses se sont déposées, aussi bien dans mon regard de metteur en scène que dans mon jeu, dans mon approche du plateau
ce que cela a eu d’incroyablement fécond, de voir faire ces dizaines de comédiens, ces dizaines de comédiennes, à l’œuvre, avec chacun et chacune leur chemin, leurs appuis, leur peur, et leur façon de lui répondre ou de l’exprimer ou de la taire, de la nier.
au Français, comme en dehors, car j’ai continué à travailler – bricolant avec mon emploi du temps, et formidablement entouré, soutenu ! – avec des personnes et sur des thématiques qui me sont chères
et aussi dans cette bulle de cette bulle qu’est l’Académie de la Comédie-Française : dans nos cours, et dans nos travaux scéniques communs

J’ai l’impression d’avoir rarement été aussi certain de ma compétence, de mes outils, aussi muni pour me frayer un chemin dans ce monde, et pourtant aussi conscient de mes limites, de mes incapacités, de mon impuissance dans un environnement où tout ne dépend que si peu de moi.

Mais, au fond, tout va bien, hein !

Réellement : tout va bien.

Je vais continuer à me nourrir pendant 3 mois de ces rencontres, de ces moments au contact de ces essences d’art et d’humanité, avec l’envie de m’en parfumer, et de décanter moi aussi, suivant leur exemple, ma propre essence de théâtre.

Je crois en une certaine et incompréhensible cohérence de l’organisme, et que les choses ne se présentent à nous qu’au moment où nous pouvons les recevoir, les prendre en charge, les gérer – qu’autrement, on les stocke, dans ce tressage indémêlable qui unit notre psychisme et notre physicalité.
Et je crois donc que si cette peur m’apparaît, nouvellement, aujourd’hui, c’est justement, en effet, que je constate chez moi, sans le savoir, la capacité toute aussi nouvelle à y répondre, pour construire mon calme sur des fondations toujours plus solides, car toujours plus vivantes.

Mais en attendant, ça fout quand même encore pas mal les chocottes !

:b

3h34, allons dormir !
Demain, 10h, rendez-vous avec Éric !
Je l’ai appris tout à l’heure, ayant depuis des mois cessé de consulter avec l’exhaustivité des premières semaines nos plannings hebdomadaire ! (Heureusement, les autres sont là pour me rappeler ce genre de trucs !)
J’espère juste – sans en douter – que mes copains-copines de l’atelier sur les codes de jeu élisabéthains pourront (encore une fois) se passer de moi :x
Hâte de les retrouver, elles et eux aussi !

Bienvenue

SAISON 2018-2019

La saison 2018-2019 est en ligne !
Ouverture de la billetterie :
ACHAT DES CARTES ET PLACES AU TARIF CARTES : suivez ce lien

— mardi 19 juin à 11h - Tout public et groupes
Documents au format PDF :
Brochure de saison
Calendrier

ANNULATIONS

Entre le mardi 22 mai et le lundi 4 juin 2018, un mouvement de grève d'une partie des personnels a perturbé les représentations de la Salle Richelieu.
Dans ces conditions, il a été impossible de présenter la nouvelle production de La Locandiera de Carlo Goldoni mise en scène par Alain Françon et la décision a été prise d'en reporter la création à la saison 2018-2019.
Les spectateurs munis de billets pour les représentations de ce spectacle en juin et juillet 2018 trouveront ci-dessous les modalités de remboursement de leurs billets.

Reprise des représentations Salle Richelieu - le 8 juin 2018
Les représentations de Poussière de Lars Norén, L’Éveil du printemps de Frank Wedekind, Britannicus de Jean Racine et Roméo et Juliette de William Shakespeare reprendront normalement à compter du vendredi 8 juin 2018.

Procédure de remboursement de vos billets :

- pour les billets achetés sur notre site Internet www.comedie-francaise.fr
merci de bien vouloir demander le remboursement de vos places le plus rapidement possible (et dans un délai de trois mois maximum à compter de ce jour) par courriel : reservation.reponse@comedie-francaise.org

- pour les billets achetés par les autres canaux (correspondance, téléphone, guichets),
merci de bien vouloir nous retourner vos billets accompagnés d’un RIB le plus rapidement possible (et dans un délai de trois mois maximum à compter de ce jour) par courriel : reservation.reponse@comedie-francaise.orgpar courrier : Comédie-Française - Service location - place Colette – 75001 Paris

- pour les billets achetés auprès de la FNAC
le remboursement se fera directement auprès du magasin

Nous vous prions de nous excuser et vous remercions de votre compréhension.

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