La spectaculaire métamorphose

À la Comédie-Française, Serge Bagdassarian avait su tirer parti de son physique atypique dans son jeu et ses choix de personnages. Pourtant, en perdant du poids, il a du tout réapprendre pour se réinventer.

C’est un soir après une représentation de La Règle du Jeu, à la Comédie-Française : Laurent Lafitte, qui joue dans le spectacle, reçoit les félicitations d’une amie, qui remarque aussitôt : « Il est très bien, ce drôle de Monsieur Loyal qui chante de la variété italienne. Mais c’est curieux d’avoir fait venir dans la troupe un acteur qui joue exactement comme Serge Bagdassarian… » La dame a l’œil, ou pas : le comédien en question, l’une des présences fortes du spectacle, joue d’autant plus comme Serge Bagdassarian qu’il n’est autre que le comédien lui-même, méconnaissable. Il a perdu 110 kilos en dix-huit mois…

Quand on pèse 180 kilos, on s’impose rien qu’en rentrant sur le plateau : des ondes se propagent, le volume donne de la force.

Serge Bagdassarian

Prof d'anglais à Dunkerque

Flash-back : repéré par la précédente administratrice, Muriel Mayette, celui qui n’est encore qu’un comédien « régional », comme il le dit modestement, rentre au Français en 2007. Serge Bagdassarian a passé vingt ans dans le Nord : prof d’anglais à Dunkerque, il a fondé une troupe de théâtre semi-amateur, qui tourne dans la région et marche plutôt bien. Il s'est mis en congé de l’Éducation Nationale et vit joyeusement de l’intermittence : formé au « masque » par Mario Gonzales, un ancien de chez Mnouchkine, il joue dans des mises en scènes de Vincent Goethals ou Claire Dancoisne, d’autres « régionaux » comme lui.

Pas de quoi néanmoins se sentir légitime à rejoindre la première troupe de France. « J’avais du mal à me sentir acteur, j’avais l‘impression d’être le seul à n’avoir pas fait d’école de théâtre. Je ne savais pas dire les vers. Je me disais : un jour, ils s’apercevront bien que je ne sais pas jouer... Alors que j’hésitais, Muriel Mayette m’a dit : « Reste un an, si ça ne te plait pas, tu t’en vas !» J’ai gardé cette phrase en tête, qui me paraît assez saine. »

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