Notes d'Éric Ruf et de Bertrand Couderc

« Bajazet » de Jean Racine.
Mise en scène Éric Ruf
Du 17 octobre au 15 novembre 2020, Studio Marigny.

LA RÈGLE DE BIENSÉANCE IMPOSE DANS LA TRAGÉDIE CLASSIQUE DE GARDER PUDIQUEMENT SES DISTANCES par Éric Ruf

On hésite toujours dans la tragédie classique entre l’oratorio pur et l’incarnation la plus débridée.

Entre la rigueur de la Bérénice de Grüber et l’expression vitale et musculeuse de la Phèdre de Chéreau. La vérité, si elle est à chercher, est sans doute entre les deux pôles de cet alphabet des possibles.
Nous savons que les plateaux sur lesquels se sont créées les œuvres de Racine étaient exigus et souvent encombrés de petits marquis, quelquefois de plus de deux cents, ayant le privilège monnayé d’être « sur le théâtre ». Cette simple équation – l’exigu encombré – suffit pour imaginer la place laissée à la mise en scène et fait pencher vers l’hypothèse de l’oratorio. Mais dès une lecture attentive et libérée de la « beauté » de la langue, on sait que Racine plonge dans les tissus organiques et amoureux et nous sommes vite conviés à nous pencher sur nous-mêmes comme les personnages du tableau de Rembrandt, La Leçon d’anatomie. Cette image plaide pour l’hypothèse du vital musculeux.
Qui a déjà joué Racine sait que le plus ardu est d’entrer et de progresser silencieusement vers le mitan du plateau avant de prononcer le premier « Madame ». Cette avancée muette traîne avec elle une psychologie qui n’a pas lieu d’être car dans ce théâtre, on n’existe qu’en parlant et on meurt dès qu’on ne peut plus répondre.
Les difficultés que nous traversons et qui ont bouleversé plus que tout autre notre secteur m’amènent à recréer Bajazet, après l’avoir monté il y a quatre saisons au Théâtre du Vieux-Colombier, donné en tournée en 2019 et alors qu’une reprise fut annulée pour cause de Covid-19. Pas de rapprochements, de luttes ou d’embrassades. La règle de bienséance impose dans la tragédie classique de garder pudiquement en coulisses les meurtres et les amours dont les actes demandent une proximité trop grande. Cette distanciation plaide pour l’hypothèse de l’oratorio.
Nous reprenons donc à la rentrée ce titre injustement méconnu de Racine au Studio Marigny.
Patrice Chéreau m’a un jour donné une clef sur les répétitions de Phèdre en m’expliquant que les personnages de Racine ne meurent pas de circonstances hostiles mais de leurs propres contradictions intérieures. Le sérail est donc ici intérieur, sa complexité plus grande encore et l’enfermement intime. L’action se passe au cœur d’un harem, lieu des fantasmes confondus. Le bruit du monde, celui des batailles lointaines, des retours incertains, des alliances contre nature percent lentement l’épaisseur des murs et plus lentement encore celle de la peau pour s’immiscer jusqu’au cœur, comme un être utérin tente de discerner l’écho sourd du monde extérieur.

Tout l’enjeu de la langue de Racine est contenu dans cette porosité entre le monde et son écho en soi.

Cette géographie est la seule à étudier et confond tous les royaumes raciniens, qu’ils soient grecs ou ottomans. La langue est dédaléenne et l’oratorio qu’encourage le plateau du Studio Marigny nous amène, nous oblige à cette étude concentrée.

Éric Ruf, juillet 2020

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INSTINCTS AU PLATEAU PAR BERTRAND COUDERC

Une semaine que nous répétons Bajazet.
Assis à la table, les comédiennes et comédiens lisent le texte de Jean Racine. Éric et moi sommes à la même table, partageant ces lectures. C’est une étape que j’aime particulièrement. Écouter le texte avec intimité, sans fard, sans distance. Le texte brut est défriché, parfois bafouillé, parfois écorché… quelque fois l’intention est fausse, souvent le sens est juste.
Cette étape de travail dure peu, un ou deux jours en général. Mais Éric Ruf cherche. Il nous parle de l’arte povera, d’une simplicité, d’un dénuement. Nous restons à la table. Chaque jour, nous retrouvons nos places. Assis entre Bajazet et le metteur en scène, j’ai Zatime et Roxane en face de moi. Pour voir Acomat, je dois me pencher en avant pour qu’Éric ne fasse pas écran. Je ne vois pas Osmin, caché. Proches, tout proche, le texte est écouté et porté différemment. Nous nous orientons vers une grande simplicité. Donner à entendre le vers racinien, comprendre les enjeux sans costume, sans scénographie.
Ce matin, j’ai réglé sept projecteurs pour sept rôles. Chacun et chacune sera éclairé par une seule source. Il s’agit du projecteur le plus simple, le plus courant, le moins sophistiqué. J’ai ajouté un filtre d’une teinte légèrement ambrée pour favoriser les visages et une diffusion pour gommer les ombres trop marquées. Devant moi, j’ai à ma disposition une petite console lumière avec un potentiomètre par comédien. Je peux varier les intensités lumineuses. Simple : une lampe par personnage.
L’après-midi, nous répétons dans ce nouvel éclairage. Nous reprenons au début. Seuls Acomat et Osmin dialoguent. Je les éclaire tous deux. Les autres sont plongés dans l’obscurité. Assis côte à côte, Acomat et Osmin jouent. Réellement, ils sont au Sérail. Nous, assis à la même table, nous y croyons également. Je regarde le texte. La fin de la scène approche. Roxane va bientôt entrer en scène. Lentement, en anticipant, j’allume la lumière sur Clotilde de Bayser. Lorsqu’elle sent la lumière, elle se redresse un peu, son corps se tend, Roxane prend vie. Enfin elle parle.
Ici, avec des moyens tout à fait rudimentaires, Roxane est entrée en scène sans bouger. Assise sur sa chaise, nous, spectateurs, l’avons vue entrer, regarder et découvrir Acomat et Osmin. Elle est accompagnée de Zatime, Zaïre et de sa rivale Atalide. La lumière sur elles est montée avec un court décalage, comme si elles suivaient la Favorite. La scène II de l’acte I se termine et lorsque Acomat sort, la lumière s’éteint naturellement sur lui. Ici, point de spectaculaire, une lumière donne et l’autre prend. Et l’idée est si simple qu’elle est remplie de sens.
À cette table, tout mouvement prend une ampleur inattendue. Changer de place, changer de chaise, se lever pour aller au lointain. Sortir de la zone de lumière, entrer dans la pénombre veut dire quelque chose. Sans scénographie, dans l’espace nu, la tragédie se centre sur le jeu.

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Cette lumière que j’aime, celle qui accompagne le travail de la mise en scène a toute sa place dans la recherche que mène Éric. Je la ressens plutôt que je la comprends. Une sensation presque animale, non verbalisée mais que je crois nous partageons : l’instinct du plateau. Oublier le savoir-faire. Se dépouiller de recettes faciles, se débarrasser des certitudes.

Ce faisant, je touche le cœur de mon métier. Créer la lumière d’un spectacle. Quand éteindre, quand donner la lumière ? Plus ou moins forte ? Doit-on voir Roxane quand Acomat parle ? Bajazet est-il dans l’ombre ? À quel moment la lumière décroit-elle pour laisser place à une situation dramatique ? Dois-je accentuer le drame ou prendre de la distance ? Vais-je utiliser des couleurs pour peindre les sentiments ? Dois-je garder ces filtres colorés ? Que j’éclaire Roméo et Juliette, La Vie de Galilée ou Pelléas et Mélisande, les questions sont les mêmes.
Le soir de notre première, que restera-t-il de cette recherche ? Je ne peux pas encore répondre. Ce qui est certain, c’est que le chemin pour arriver aux représentations sera empreint de cette démarche de simplicité. Un auteur, un texte, quelques comédiennes et comédiens… et nous metteur en scène, éclairagiste au service du théâtre. Retrouver le sens originel. Retrouver l’essence du théâtre par la tragédie racinienne, chercher Brecht dans la tragédie classique du XVIIe français… Chercher l’arte povera à la Comédie Française, le paradoxe est fort ? Non, ce qui prévaut, c’est la recherche.

Ce qui prévaut, c’est que nous, femmes et hommes de théâtre, cherchions encore et toujours à nous questionner sur la force et la puissance pure de l’art théâtral.

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Bertrand Couderc, juillet 2020

PASS SANITAIRE

Suite aux annonces du Président de la République du lundi 12 juillet, et conformément au décret du Décret n° 2021-955 du 19 juillet 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, le pass sanitaire doit être mis en place pour tous les rassemblements de 50 personnes ou plus.
À compter du 21 juillet 2021, il est donc nécessaire pour accéder à nos trois salles.

MISE EN PLACE POUR LES SPECTATEURS

Le pass sanitaire concerne tous les spectateurs âgés de 18 ans et plus à compter du 21 juillet 2021. Seuls les spectateurs munis d'un pass sanitaire seront admis en salle. L'application du pass sanitaire pour les jeunes de 12 à 17 ans est repoussée au 30 août 2021. Le pass sanitaire prend la forme d'un QR code disponible dans l’application Tous anti-Covid ou téléchargeable depuis le site ameli.fr
Le pass sanitaire est valide pour l’admission en salle lorsqu’il atteste :

  • soit d’une vaccination complète : 7 jours après la deuxième injection pour tous les vaccins à double injection (Pfizer, Moderna, AstraZeneca) ; 4 semaines après l'injection pour les vaccins à une seule injection (Janssen) ; 7 jours après l'injection pour les personnes ayant eu la Covid ;
  • soit d’un test PCR ou Antigénique négatif de moins de 48h ;
  • soit le résultat d’un Test RT-PCR positif attestant du rétablissement de la Covid, datant d’au moins 11 jours et de moins de six mois.

Les autotests ne sont pas considérés comme un Pass sanitaire valide. Ils ne permettent donc pas l'entrée en salle.

Le port du masque demeure obligatoire pendant toute la durée de la présence dans le bâtiment (en salle comme dans les circulations).

SAISON 21/22


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VIGIPIRATE

Suite au renforcement du plan Vigipirate, toute personne se présentant avec une valise ou un sac (hors sac à main) se verra interdire l'accès à l'enceinte des trois théâtres de la Comédie-Française.
Pour faciliter les contrôles, merci d'arriver au minimum 30 minutes avant le début des représentations.