Rapports de domination : des valets bouffons aux nourrices mal intentionnées
L’OMNIPRÉSENCE DES MAÎTRES ET DES VALETS au théâtre, différente de la servitude, reflète leur place dans la société. Ils figurent dans de nombreuses distributions, de l’Antiquité à Genet et à la récente adaptation de La Règle du jeu de Renoir, en passant par Beaumarchais, Feydeau, Courteline, Brecht, Ionesco… Pour un valet, mieux vaut toutefois vivre sous la plume d’un auteur qui lui attribue un rôle comique, par sa maladresse souvent savoureuse, et un ressort dramaturgique nécessaire, grâce à son oreille confidenet ! Bénéficiant de l’apport de la comédie espagnole où le bouffon valet Sancho Pança tient le premier rôle, les domestiques moliéresques sont particulièrement valorisés. Certains prêtent même leur nom au titre de pièces telles que Sganarelle ou le Cocu imaginaire et Les Fourberies de Scapin puis, aux siècles suivants, Le Mariage de Figaro ou Ruy Blas dans lesquelles ils prennent la place du héros principal et incarnent le peuple. Le XVIIIe siècle marque en effet une étape par les contestations sociales dont L’Île des esclaves (Marivaux) se fait notamment l’écho.
Exception faite chez des auteurs comme Marivaux qui jouent de l’inversion des conditions, les servantes ne bénéficient pas de cette émancipation avant le XXe siècle. Dans Les Bonnes (Genet), la relation entre les valets et les maîtres dépasse la revendication sociale pour sombrer dans une haine viscérale.
Enfin ! Madame est morte ! étendue sur le linoléum… étranglée par les gants de la vaisselle
Solange dans « Les Bonnes » de Genet
Les servantes sont également confondues avec les nourrices jusqu’au début du XVIIe siècle. Actif en apparence, le personnage de Dorine (Tartuffe de Molière) n’influe pourtant pas sur le déroulement des faits. Parmi les célèbres nourrices du Répertoire, ne citons que la vieille Anfissa, image de « l'âme russe » (Les Trois Sœurs de Tchekhov), la réconfortante nourrice d’Antigone (Anouilh), l’intermédiaire précieuse entre Roméo et Juliette (Shakespeare). À l’inverse, en incitant les révélations, Oenone cause malgré elle la mort de Phèdre et d’Hippolyte (Racine) tandis que Margret, nourrice du Capitaine, conduit diaboliquement celui-ci vers la mort (Père de Strindberg).
L’adaptation du roman Chanson douce, tirée d’un fait divers d’une nourrice infanticide, renvoie à un long répertoire de meurtres d’enfants, mais la Comédie-Française découvre ici un profil d’assassin tout à fait nouveau. Alors que la jeune Iphigénie échappe de peu au sacrifice par son père (Iphigénie en Aulis d’Euripide), les enfants victimes de leur mère vengeresse (Médée d’Euripide) et suicidaire (Orgie de Pasolini) ne lui survivent pas. Les jeunes Édouard V et Richard, âgés de 13 et 9 ans, sont victimes dans leur sommeil de leur oncle, le duc de Gloucester, avide de pouvoir (Les Enfants d’Édouard de Delavigne). Jean non plus, l’enfant rêveur livré par une femme à un Gilles de Rais portant le même nom que le tueur sanguinaire médiéval, ne reviendra jamais de sa promenade en Bugatti (L’Élégant Profil d’une Bugatti sous la lune d’Audureau). Et cette saison, ni Mila ni Adam, sauvagement arrachés à la vie par la nourrice « idéale » choisie pour veiller sur eux, n’entendront de berceuse (Chanson douce de Leïla Slimani).
JANVIER - JUILLET 2026
La Salle Richelieu fermant pour travaux le 16 janvier, la Troupe se produira dès le 14 janvier dans 11 théâtres à Paris et à Nanterre.
Outre ses deux salles permanentes, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre, elle aura pour point fixe le Théâtre de la Porte Saint-Martin et le Petit Saint-Martin et sera présente dans 9 théâtres partenaires : le Théâtre du Rond-Point, l’Odéon Théâtre de l’Europe, le Théâtre Montparnasse, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le 13e art, La Villette-Grande Halle et le Théâtre du Châtelet.
Les 20 spectacles de cette saison hors les murs sont en vente.
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