Jean
Piat

Sociétaire honoraire

423e sociétaire, il est entré à la Comédie-Française le 1er septembre 1947, il a été nommé Sociétaire le 1er janvier 1953.
Il a quitté la Comédie-Française le 31 décembre 1972, et fut nommé Sociétaire honoraire le 1er janvier 1973.

Le lycéen, né à Lannoy dans une famille modeste et catholique, se travestit avec ses camarades de classes pour s'exercer au métier d'acteur. Ses camarades se nomment Piem ou Alain Decaux. Il entre dans l'histoire théâtrale en se faisant expulser du Conservatoire : en 1946, il fugue pour jouer sans autorisation un rôle au cinéma dans Rouletabille, et se fait expulser.
En janvier 1944, débutant, il est second régisseur en coulisses, et joue un inspecteur de police dans Le Monsieur de cinq heures, un vaudeville. Il entre sur audition en 1947 à la Comédie-Française, il y incarne des valets grossiers, Sganarelle ou la Flèche, puis des valets brillants, Scapin ou Figaro. Il y incarne Cyrano de Bergerac, près de quatre cents fois dès 1964 : ceux qui s'en souviennent racontent que la première fut saluée, le rideau tombé, par plus de cinquante rappels.

Personne n'aura su comme lui malgré une beauté inouïe, su jouer de la laideur la plus célèbre de l'histoire de la littérature. En 1972, il quitte le Français quand une télévision exigeante, dotée de moyens dignes des projets d'excellence, le couronne parmi les Rois Maudits, où il devient Robert Dartois. Pour le petit écran, il s'empare des mots de Montherlant dans Les Jeunes filles, de Paul Féval pour Lagardère. Au cinéma, il doit jouer dans Casque d'or de Becker, mais la Comédie-Française ne lui accorde pas son congé.
Il rencontre Jean-Pierre Melville qui veut l'engager dans son projet de film Arsène Lupin, mais le réalisateur meurt avant de pouvoir le mener à terme. Si Luis Buñuel l'invite à jouer un petit rôle dansLa Voie lactée, notre homme n'aura donné au cinéma que sa voix si forte et singulière aux personnages de Scar dans Le Roi Lion ou de Gandalf dans Le Seigneur des anneaux. Sur les planches et depuis soixante-cinq ans, il aura été dom César dans Ruy Blas, Alceste du Misanthrope, ou un Don Quichotte chantant en reprenant après Jacques BrelL'Homme de la Mancha.

Sa carrière dans le secteur privé n'aura pas été moins pointue ou exigeante que son parcours au Français : il a joué Les dernières lunes, de Furio Bordon, L'Affrontement, de Bill C Davis, ou encore Amadeus de Peter Shaffer. Saison 2007/2008, il évoque le malaise d'une société en mal d'autorité et le mal être des enseignants dans le spectacle Prof, qu'il joue en alternance avec un hommage qu'il rend à son ami et maître, Sacha Guitry, intitulé De Sacha à Guitry. Ses alter-ego se nomment Michel Bouquet ou Laurent Terzieff, devant lesquels il met dit-il, « un genou à terre. »

Jean Piat est l'auteur d'un récent recueil des plus grandes répliques du théâtre. Il est l'auteur d'une rencontre imaginaire avec Beaumarchais intitulée Beaumarchais, un intermittent du spectacle, il est l'auteur d'un rendez-vous rêvé avec Sacha Guitry sous le titre je vous aime bien monsieur Guitry, il est notamment l'auteur de trois récits : La Vieille dame dans la librairie ; Veille de fête et Le Dîner de Londres.

Sous le titre « Grand portrait », organisé par Muriel Mayette-Holtz, Administrateur général, et animé par Pierre Notte, secrétaire général, un grand hommage lui a été rendu au Théâtre du Vieux-Colombier durant la saison 2007/2008.