Jeu de Trait, Jeu de Théâtre

Jeu de Trait, Jeu de Théâtre

En 1954, la Comédie-Française part en tournée en URSS. Le peintre russe Nikolaï Sokolov va réaliser des caricatures des grands acteurs de la troupe au cours de cette tournée mythique qui symbolise un rapprochement, au moins culturel, entre l’est et l’ouest. Très connu en Russie, représentant du collectif d’artistes peintres et caricaturistes Koukryniksy qui émerge sur la scène artistique à partir de 1924, il est considéré comme un artiste officiel.

L’exposition présentée au Studio-Théâtre, à partir du 26 septembre 2019 jusqu’en février 2020, révèle pour la première fois ces dessins originaux au public français.

Cette exposition a été réalisée par la bibliothèque-musée de la Comédie-Française grâce aux prêts des œuvres de Nikolaï Sokolov par sa famille. Remerciements à Anna Sokolova et Lise Brisson, initiatrices de ce projet.

NIKOLAÏ ALEXANDROVICH SOKOLOV

Nikolaï Alexandrovich Sokolov, célèbre peintre soviétique, nous a laissé un témoignage unique de la tournée de la Comédie-Française en Union Soviétique de 1954. C’est grâce à son talent, à sa renommée mais aussi à son intérêt pour le théâtre et à sa passion pour la culture française qu’il a pu suivre cette tournée exceptionnelle.

Artiste National de l'URSS, Héros du Travail Socialiste, membre de l’Académie des Arts de l'URSS, Nikolaï Sokolov est né le 21 juillet 1903 à Moscou dans la Russie Impériale. Il est décédé le 17 avril 2000 dans la même ville.

Peintre russe, membre du trio artistique de peintres et caricaturistes soviétiques « Koukryniksy », il a tout au long de sa vie aimé passionnément l’univers théâtral, collaborant à maintes reprises avec de nombreux théâtres… Son collectif Koukryniksy a collaboré avec Vsevolod Meyerhold, très célèbre metteur en scène, à plusieurs reprises, en particulier en 1929 pour la création des décors de Klop, puis en 1932 pour la conception de la pièce Histoire d’une ville au Théâtre académique de la Satire de Moscou, et régulièrement avec le Théâtre TRAM de la Jeunesse ouvrière. Il participe à l’activité théâtrale de son époque.

Il noue des liens d’amitié avec nombre de personnalités de premier plan, ballerines, acteurs et metteurs en scène. Pour ses croquis de ballerines et d’acteurs du Théâtre Bolchoï, il puise son inspiration chez les impressionnistes et notamment chez Edgar Degas, l'un de ses peintres préférés.

En 1937, reprenant les dessins et peintures de Nikolaï Sokolov, le groupe Koukryniksy crée une série de caricatures d’artistes sous forme de sculptures, œuvres récompensées par une médaille d’Or lors de l’Exposition universelle de Paris.

Anna Sokolova

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La tournée de la Comédie-Française de 1954 en URSS : Molière chez les Soviets

Les tournées des années 1950 sont pour la Comédie-Française parmi les plus brillantes. Dans le contexte international de la guerre froide, la France compte compenser sa perte d’influence politique et économique en faisant de la culture française un instrument de promotion, dans le concert des grandes puissances. L’exportation des productions théâtrales est donc une priorité des gouvernements successifs qui, pour son organisation, s’en remettent à l’AFAA – Association française d’action artistique, financée par le ministère des Affaires étrangères et la direction des Beaux-Arts. La volonté est de jouer à la fois dans les deux «blocs». La Comédie-Française n’est pas la seule à bénéficier de cette politique d’État : la troupe de Louis Jouvet, le Théâtre national populaire de Jean Vilar, la troupe de Jean-Louis Barrault, tournent également. Néanmoins, il revient au premier théâtre de France de se rendre en Russie soviétique, pour la première fois depuis la Révolution bolchévique. Si des troupes se rendent assez souvent aux États-Unis, aucune compagnie occidentale n’a encore franchi le rideau de fer.

La tournée se déroule du 7 au 25 avril 1954 et comporte une dimension politique manifeste, dans le cadre d’un échange entre deux nations qui ont un passé artistique commun prestigieux. Le voyage souligne les liens anciens entre théâtres russe et français – au XIXe siècle, le théâtre de Saint-Pétersbourg recevait régulièrement les artistes français. Tandis que la France organise la venue de la Comédie-Française à Moscou et à Léningrad, une tournée est programmée en France pour le violoniste David Oïstrakh. Cet échange doit montrer que la culture contribue au rapprochement et fait taire les antagonismes. La tournée s’annonce des plus éclatantes : les meilleurs acteurs, les spectacles qui ont eu le plus de succès, des textes et des auteurs pour la plupart connus du public russe – Molière est joué en russe, par de grands acteurs, fort appréciés du public.

Vingt-cinq artistes prennent le départ (15 acteurs, 10 actrices), parmi la fine fleur de la troupe française.

Le Chef de troupe, Jean Yonnel, incarne Tartuffe et Don Diègue. Il est accompagné de Maurice Escande, Jean Meyer, Louis Seigner (Monsieur Jourdain, Orgon, Monsieur Lepic), Jacques Charon, Robert Manuel, Georges Chamarat, André Falcon (tout jeune acteur qui triomphe dans Rodrigue), Jean Davy, Jean Piat, Raoul-Henry, Louis Eymond, Henri Rollan, Jean-Louis Jemma et Jean-Paul Roussillon.

Chez les femmes, Béatrice Bretty déclenche des ovations (Dorine, Nicole). À ses côtés : Berthe Bovy, sociétaire honoraire, Germaine Rouer, Annie Ducaux, Micheline Boudet, Marie Sabouret, Henriette Barreau, Thérèse Marney, Françoise Engel, Geneviève Martinet.

Un administrateur de tournée, un directeur de la scène, un régisseur, 11 techniciens, le chef d’orchestre André Jolivet, 29 musiciens et danseurs accompagnent la Troupe.

Au programme :

Tartuffe de Molière accompagné d’un hommage à son auteur, mise en scène de Fernand Ledoux.

Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mise en scène de Jean Meyer, décors et costumes de Suzanne Lalique, musique d’André Jolivet.

Le Cid de Corneille, mise en scène de Jean Yonnel, décors et costumes de Georges Wakhévitch.

Poil de carotte de Jules Renard.

57 paniers de costumes voyagent en train, accompagnés du buste et du fauteuil de Molière.

Devant un tel déploiement de moyens, il n’est pas étonnant que la presse russe se soit fait l’écho de ce voyage hors du commun. Nikolaï Sokolov a croqué les acteurs de la troupe dans leurs rôles, les suivant au cours de leur voyage.

Une tournée mythique

La tournée est un triomphe de bout en bout. La Troupe donne cinq représentations au Théâtre Maly de Moscou – toutes les places sont vendues en 24 heures – dont une soirée officielle. Le succès de cette première représentation appelle tous les superlatifs : on parle de « pont aérien intellectuel », « d’une colombe de la paix qui s’appelle Molière ». Suivent des représentations du Bourgeois gentilhomme au Théâtre Vakhtangov – muni d’une fosse contrairement au Maly, ce qui permet d’accueillir l’orchestre. Une représentation supplémentaire est programmée à la demande des étudiants. Quatre séances sont encore prévues au Théâtre Maly de Moscou, avec Le Cid et Poil de carotte. Ces spectacles sont retransmis au cinéma et à la télévision. La Troupe prend ensuite le train pour Léningrad et joue au Théâtre Maly de cette ville. Marie Sabouret, Françoise Engel et Maurice Escande donnent aussi une représentation privée d’Un caprice de Musset à l’ambassade de France – la pièce avait en effet été créée en 1843 au Théâtre-Michel de Saint-Pétersbourg, par Mme Allan.

Au total, on peut estimer le public de cette tournée à 30 000 spectateurs et 5 millions d’auditeurs et spectateurs touchés par les retransmissions, pour 16 représentations dont 14 prévues et 2 ajoutées suite au succès que rencontrent les spectacles.

Le Bourgeois gentilhomme est le spectacle le plus apprécié – on compte jusqu’à 20 minutes d’applaudissements, 25 rappels. Béatrice Bretty est applaudie jusqu’à 12 minutes à sa première entrée, avant de pouvoir donner sa première réplique : derrière l’actrice, on ovationne la résistante active qui a tenu tête aux Allemands.

Pierre Descaves, Administrateur général de la Comédie-Française, relate cette tournée fantastique dans un livre qui lui est consacré, Molière en URSS (Amiot-Dumont, 1954). Il décrit les représentations publiques, les soirées privées et protocolaires et donne un témoignage émouvant sur le public russe et la représentation théâtrale en Russie : ses usages, ses horaires, la longueur des entractes, les rires, les applaudissements, etc.

D’autres tournées et d’autres portraits

En 1956, le gouvernement français demande à la troupe de Jean Vilar de se rendre en Union soviétique. Le TNP part du 13 septembre au 7 octobre, donne 23 représentations à Moscou et à Léningrad devant plus de 33 000 spectateurs. Sont inscrits au programme : Dom Juan de Molière, Le Triomphe de l’amour de Marivaux et Marie Tudor de Victor Hugo. La tournée se déroule dans un même climat de ferveur que celle de la Comédie-Française, quelques années auparavant. Nikolaï Sokolov saisit également les comédiens de Jean Vilar. Certains de ces portraits sont présentés dans l’exposition et font apparaître avec la même acuité, attitude, expressivité des acteurs et caractères des personnages.

Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française

Bibliographie :

Nicole Bernard-Duquenet, La Comédie-Française en tournée ou LeThéâtre des cinq continents, 1868-2011, L’Harmattan, 2012.
Pierre Descaves, Molière en URSS, Amiot-Dumont, 1954.
« La Comédie-Française en URSS », in Paris-Théâtre, juillet 1954, n° 86.

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