Eugène
Silvain

310e sociétaire

Entré à la Comédie-Française en 1878 ; sociétaire en 1883 ; retraité en 1928 ; doyen de 1916 à 1928 ; sociétaire honoraire en 1929.

Après la guerre de 1870, atteint du virus du théâtre, il prend des leçons de diction, fait quelques expériences provinciales et est admis au Conservatoire dans la classe de Philoclès Regnier. Ballande l'engage après son second prix de Tragédie. Émile Perrin, administrateur de la Comédie-Française, le remarque et le fait débuter dans Thésée de Phèdre en 1878. Il double Maubant dans les rois et les premiers confidents.

Sociétaire dès 1883, il interprète aussi les raisonneurs et les manteaux de comédie, comme les rôles marqués du drame romantique. Sa voix grave et pleine, son profil tragique et sa diction impeccable conviennent aux rôles classiques de Félix, Prusias, Thésée, Théramène, Narcisse, Auguste, le vieil Horace, etc. Il joue aussi Géronte du Menteur (Pierre Corneille) et, de Victor Hugo, Nangis de Marion Delorme, Don Ruy Gomez d'Hernani et Don Salluste de Ruy Blas. Sobre, travailleur, consciencieux, il fait une étude minutieuse de ses personnages et réussit dans les rôles historiques des grandes fresques historico-poétiques de la fin du siècle (Grisélidis, Patrie, Par le glaive...). Mais il crée aussi des rôles contemporains : Daniel Rochat (Victorien Sardou), Le Père Lebonnard (Jean Aicard), les études de mœurs de Paul Hervieu, La Fleur merveilleuse de Miguel Zamacoïs. Tour à tour bonhomme et cauteleux, grandiose et burlesque, il ne néglige aucun registre. Il crée le rôle du Roi dans Hamlet adapté par Dumas et Meurice, joue les rôles-titres de Boubouroche de Courteline et de Tartuffe, où il fait une composition d'une force étonnante. Il s'attaque aussi bien à Alceste et se fait une quasi-spécialité des rôles de la tragédie antique que sa stature de sénateur romain lui permet de jouer dans les théâtres fermés, comme en plein air.

Homme cultivé et féru de littérature grecque, il adapte divers chefs-d'œuvre d'Eschyle, Sophocle et Euripide, qu'il fait jouer à l'Odéon, à la Comédie-Française et dans les théâtres à ciel ouvert. Il lui arrive, en homme exigeant, de se heurter parfois à l'administration de la Comédie, en cinquante années de carrière, mais il s'en tire toujours et parvient à concilier le service régulier de la maison avec de très nombreuses tournées faites à titre personnel.

Professeur au Conservatoire en 1885, il forme une pléiade de comédiens, parmi lesquels on peut citer des personnalités très opposées : Madeleine Roch, Dussane, Sylvie, Gabrielle Colonna-Romano, Falconetti, André Brunot, Romuald Joubé, etc.

En 1916, il succède à Mounet-Sully comme doyen de la Comédie-Française et maintient dans la troupe une autorité respectée bien que parfois contestée. Retraité en 1928, il ne décroche jamais et c'est en pleine activité qu'il meurt, à 80 ans. Membre influent de la troupe, professeur écouté, fin lettré, il est aussi le représentant d'une génération de comédiens attachés à la tradition.

On l'a vu au cinéma, notamment jouant le rôle de l'évêque Cauchon dans l'admirable Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer (1928).
Son fils, Jean, lui a consacré un volume de souvenirs : Tel était Silvain.

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