Programmation spéciale Colette

Célébration du monde : en lien avec le programme du bac général et technologique qui met à l’honneur Colette, nous proposons à tous et toutes, gratuitement dans le cadre de notre programmation en ligne, trois événements autour de cette actrice et femme de lettres hors du commun. Outre la diffusion unique (pas de « replay ») le 15 février prochain à 20h30 du seule-en-scène de Danièle Lebrun, « L’Envers du music-hall », nous dédions à Colette notre émission d’actualité du lundi 5 février à 19h : Judith Chaine recevra Danièle Lebrun et Frédéric Maget, qui est le président de la Société des amis de Colette, le directeur de la Maison de Colette et l’auteur de plusieurs ouvrages qui éclairent cette grande figure de la littérature. Nous publions ici la note d’intention de cet éminent spécialiste, écrite à l’occasion du Lundi au Vieux-Co du 11 décembre dernier et disponible en ligne, qui a rassemblé au plateau deux autres personnalités elles aussi passionnées par Colette, Véronique Vella et la chanteuse Juliette, une rencontre agrémentée de lectures et de chansons. Une occasion d’offrir de multiples entrées dans la vie de l’artiste ?

Colette, cette inconnue, soirée enregistrée LUN 11 DÉC à 19h au Théâtre du Vieux-Colombier et diffusée le JEU 1er FÉVR à 20h30, puis disponible en replay sur notre chaîne Youtube.

L'Envers du Music-Hall, Colette conception et interprétation Danièle Lebrun adaptation et collaboration artistique Marcel Bluwa
EN LIGNE JEU 15 FÉVR À 20H30 Attention, diffusion unique, pas de replay

Colette, cette inconnue par Frédéric Maget

Ce deuxième Lundi au Vieux-Co, coordonné par Frédéric Maget, se penche sur la figure de Colette, inscrite au programme du bac général et technologique (Célébration du monde : Colette), offrant un portrait de l’artiste à travers une conversation émaillée de lectures et de chansons.

avec
Juliette, chanteuse
Véronique Vella, sociétaire de la Comédie-Française
Frédéric Maget, président de la Société des amis de Colette et
directeur de la Maison de Colette


Colette, cette inconnue ? Un titre en apparence paradoxal, alors que partout, en France et à l’étranger, de Santiago du Chili à Tokyo, en passant par New York, Londres et Rome, on célèbre, en lectures, en conférences et en expositions, le 150e anniversaire de la naissance de Gabrielle Colette (1873-1954) et que plusieurs de ses œuvres figurent, pour la première fois, au programme du baccalauréat et du prestigieux concours d’entrée à l’École Normale Supérieure.

Depuis sa mort et ses obsèques nationales en 1954, Colette est de ces rares auteurs à n’avoir jamais quitté les rayonnages de nos bibliothèques. Nombre de ses personnages appartiennent à notre imaginaire commun et ont parfois rejoint la culture populaire, que ce soit sous la forme d’un col… Claudine ou du refrain d’une chanson – « Il venait d’avoir 18 ans… ». Lus et relus, ses livres irriguent, souterrainement, à la façon des sources de son enfance, les oeuvres d’auteurs et d’autrices aussi différents que Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Violette Leduc, James Salter, Christian Bobin, Amélie Nothomb, ou J. K. Rowling.

De son vivant, Colette était devenue un bien commun, « indivis », s’amusait-elle : elle était et demeure « notre Colette ». Pour les uns, elle est celle qui sut mieux que personne parler du monde animal et singulièrement des chats, déclarant, entre autres : « À fréquenter les chats, on ne risque que de s’enrichir » ; pour d’autres, elle est l’incarnation du plaisir, une forme d’hédonisme « à la française », qui fait de la gourmandise un art de vivre, un acte quasi révolutionnaire ; pour d’autres encore, elle est l’exemple même d’une liberté en acte, une femme libre et scandaleuse, exposant un corps dénudé sur les planches des théâtres et vivant à la ville ses amours masculines et féminines, proclamant même son « hermaphrodisme mental » : à moins qu’elle ne demeure pour longtemps « la bonne dame du Palais Royal », qui, depuis sa fenêtre du 9 rue de Beaujolais, laisse échapper, en phrases ciselées, une sagesse terrienne et ancestrale, celle de la fille de Sido.

Toutes ces représentations sont bien sûr fondées sur une réalité biographique, mais elles confinent parfois à la légende. Alors, où est la vraie Colette ? Comment concilier ces images diverses, multiples et parfois contradictoires ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut en revenir aux textes, plonger dans la jungle d’une oeuvre qui compte plus de soixante volumes, près de deux mille articles et une abondante correspondance, faire l’école buissonnière et emprunter des sentes étroites, semblables aux chemins creux de sa Puisaye natale, remonter le cours d’une oeuvre qui se donne à lire comme la conquête d’une voix singulière et d’un alphabet nouveau pour dire le monde en son commencement, à la naissance du jour. Ainsi, petit à petit, se dessine l’image d’une femme plus inquiète qu’on ne le suppose, en constante recherche d’elle-même, à la fois de son temps et en même temps affranchie des codes et des interdictions d’une époque. Une femme et une écriture emportées toutes deux dans un perpétuel mouvement, en quête d’une nouvelle éclosion.

Frédéric Maget, décembre 2023

capture-decran-2024-01-22-170907

« L'Envers du Music-Hall » par Danièle Lebrun

Singulis c’est être seul en scène. Toutes les options sont permises. Mon métier est de traduire des auteurs à travers les personnages qu’ils ont écrits. Donc, pour moi, pas de one woman show où je parlerais de moi d’une façon ou d’une autre. Aller chercher des pièces déjà écrites à un seul personnage ? II y en a très peu et toutes ont été multiplement reprises. C’est encore non. La solution s’est imposée : celle d’inscrire mon affaire dans un courant dont je crois qu’il a été initié par Vitez à Avignon il y a une quarantaine d’années, à travers une représentation – qu’il appelait lui même « théâtre-récit » – du roman d’Aragon Les Cloches de Bâle. Téâtraliser un texte qui n’est pas fait pour ça en en respectant au mieux la lettre. L’aventure m’est déjà arrivée il y a vingt ans en Suisse à travers le Senso de Boito. Celui-là même dont Visconti a réussi une adaptation cinématographique mémorable. Travail difficile, mais au moins Senso était-il un récit linéaire à la troisième personne avec début, crise et solution, le tout faisant croître le suspens et l’intérêt.
L’Envers du music-hall de Colette, sur lequel j’ai finalement choisi de travailler, c’est une tout autre affaire : un arlequin de textes juxtaposés, contrastés à en être contradictoires – mais surtout des histoires auxquelles Colette elle-même participe à la première personne du singulier, qu’elle se taise ou qu’elle parle. De multiples personnages esquissés ou approfondis dans des répliques explicites ou suggérées, le tout bien entendu sans jamais renoncer à ce privilège propre du roman, c’est-à-dire le droit qu’a l’auteur de se raconter et de se commenter, lui, aussi longuement qu’il le souhaite. J’ai donc eu cette fois affaire à Colette. À la fois personne et personnage. D’habitude, sur la scène, l’auteur est implicite. Ce sont ses personnages qui jouent au public. Libre à celui-ci d’inférer à partir de ce qui se passe sur les planches si l’auteur a du talent ou non. Ici, tout se mélange puisque Colette, l’auteur, parle et que c’est souvent Colette, la comédienne, qui est en scène.

Comment jouer les deux ? Et comment jouer tous les autres dans leur diversité ? J’ai cherché et j’y ai pris du plaisir comme à ces Exercices de style de Queneau que j’ai, en leur temps, beaucoup pratiqués. Mais ce que j’espère avant tout, c’est que pour le public émerge de la représentation ce qui m’a moi même fascinée. Une Colette différente de la Colette un peu convenue des manuels, une Colette femme pour qui la quarantaine approche, une Colette sûre de son talent et de son écriture, mais aussi une Colette implacable pour elle-même. Et pour les autres. Pourtant une Colette sensible et pleine de compassion.
Cette contradiction-là, je n’ai pas cherché à la résoudre.

20170221-05vp
  • Photo © Vincent Pontet
Article publié le 01 février 2024
  • Nouveauté

    Lunettes connectées disponibles à la Salle Richelieu

  • Découvrez

    La boutique

VIGIPIRATE

En raison du renforcement des mesures de sécurité dans le cadre du plan Vigipirate « Sécurité renforcée - risque attentat », nous vous demandons de vous présenter 30 minutes avant le début de la représentation afin de faciliter le contrôle.

Nous vous rappelons également qu’un seul sac (de type sac à main, petit sac à dos) par personne est admis dans l’enceinte des trois théâtres de la Comédie-Française. Tout spectateur se présentant muni d’autres sacs (sac de courses, bagage) ou objets encombrants, se verra interdire l’entrée des bâtiments.

logo-vigipiratejanv24