Un paradoxe du Répertoire
ALFRED DE MUSSET est à la fois l’enfant prodige du romantisme et le moins joué des romantiques, du moins de son vivant. À 20 ans, il présente La Nuit vénitienne à l’Odéon, premier essai… et premier échec, qui l’amène à se détourner du plateau, à s’affranchir des contraintes de la scène pour écrire des pièces rassemblées sous le titre Spectacle dans un fauteuil, théâtre de lecture qu’il n’envisage pas de monter. Et pourtant, Musset deviendra l’un des auteurs du Répertoire le plus fréquemment joué. Sa pièce en forme de proverbe, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, est assez caractéristique de cette singularité.
En 1848, Musset est, sur les plans personnel et littéraire, au plus mal : dépression chronique, désillusions sentimentales, alcool et drogues ont tari son inspiration et il écrit de moins en moins. À la veille de la Révolution, un événement providentiel le sauve de la pauvreté : le retour de Madame Allan-Despréaux de Russie où elle a joué son théâtre. L’actrice qui entre à la Comédie-Française fait rebondir sa carrière.
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est créée en pleine Révolution, le 7 avril 1848, au Théâtre-Français rebaptisé Théâtre de la République. La pièce dure une quarantaine de minutes et semble totalement hors du temps alors que la monarchie de Juillet a été renversée et que Paris est à feu et à sang. Quelques dizaines de personnes à peine viennent l’applaudir. Ironie du sort, la veille, la salle affiche « complet » pour la représentation républicaine gratuite qui met à l’honneur trois muses et trois amours de Musset : George Sand, sa grande passion de jeunesse, Pauline Viardot, cantatrice dont il a été épris sans retour, et Rachel, qui interprète la Marseillaise et incarne ainsi la Liberté et la République.
La critique ne prend pas Musset très au sérieux. Il paraît en décalage avec son époque, fait figure d’excentrique et donne une bouffée d’air suranné, dans le flot des créations de circonstances. En effet, dans le contexte révolutionnaire, on juge les pièces à l’aune de leur moralité politique, à l’égard des récents bouleversements, et la pièce de Musset n’est défendue que par son ami Théophile Gautier.
Et pourtant, si les critiques sont majoritairement négatives et la première quasi-déserte, la pièce est jouée 52 fois dès la première année. Les proverbes mussétiens trouvent rapidement leur place dans l’alternance et sont très fréquemment repris par la suite.
JANVIER - JUILLET 2026
La Salle Richelieu fermant pour travaux le 16 janvier, la Troupe se produira dès le 14 janvier dans 11 théâtres à Paris et à Nanterre.
Outre ses deux salles permanentes, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre, elle aura pour point fixe le Théâtre de la Porte Saint-Martin et le Petit Saint-Martin et sera présente dans 9 théâtres partenaires : le Théâtre du Rond-Point, l’Odéon Théâtre de l’Europe, le Théâtre Montparnasse, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le 13e art, La Villette-Grande Halle et le Théâtre du Châtelet.
Les 20 spectacles de cette saison hors les murs sont en vente.
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