Marie-Anne Botot
dite MLLE DANGEVILLE LA JEUNE

108e sociétaire

Entrée à la Comédie-Française en 1722 ; sociétaire en 1730 ; retraitée en 1763.

La plus célèbre de toute la lignée des Dangeville : fille, sœur, nièce de comédiens, de surcroît filleule de Mademoiselle Duclos. À trois ans, elle figure dans les ballets ; à huit ans, elle tient un rôle d'enfant dans L'Inconnu de Thomas Corneille. Sa tante, Mademoiselle Desmares, en fait une soubrette digne d'elle, si bien que lors de ses débuts officiels, en 1730, à quinze ans, dans le rôle de Lisette du Médisant de Destouches, on la trouve façonnée au théâtre comme si elle en avait trente.

À la demande de Voltaire, qui l'a vivement appréciée dans le rôle d'Hermione (Andromaque), elle finit par accepter de créer le rôle de Tullie dans Brutus. Elle n'y remporte qu'un médiocre succès et renonce définitivement à la tragédie, pour le plus grand bénéfice de la comédie.
Le comédien anglais Garrick disait d'elle qu'elle avait « le vrai génie de son art » et Dorat, auteur et chansonnier, mettait son talent en vers :
Piquante sans apprêt et vive sans grimace,
À chaque mouvement découvrir une grâce,
Sourire, s'exprimer, se taire avec esprit,
Joindre le jeu muet à l'éclair du débit
Nuancer tous ses tons, varier sa figure,
Rendre l'art naturel et parer la nature.

En quelque trente ans de carrière, elle crée plus de 50 rôles et excelle notamment dans les travestis. Elle se retire en 1763 et aura la joie de se voir fêter à deux reprises : en 1773, lorsque ses camarades lui offrent chez elle une représentation de La Partie de chasse de Henri IV de Collé, pièce reçue mais dont la présentation en public a été interdite ; et en 1794, lorsque, octogénaire, elle fait l'objet d'une véritable apothéose : son éloge est prononcé par Molé et son buste publiquement couronné.