Mademoiselle George

217e sociétaire

Entrée à la Comédie-Française en 1802 ; sociétaire en 1804 ; retraitée en 1817.

C'est Mademoiselle Raucourt qui découvre en province la beauté de la toute jeune Mademoiselle Weimer et qui la forme pour la tragédie.
Elle la fait débuter à la Comédie-Française, à moins de seize ans, dans le rôle de Clytemnestre d'Iphigénie (Racine). Marguerite-Joséphine Weimer, dite Mademoiselle George, est immédiatement comparée à Mademoiselle Duchesnois, qui a débuté quelques mois plus tôt. Moins douée mais beaucoup plus belle que sa rivale, Mademoiselle George jouit de la protection de Napoléon. On ne met fin à la querelle qui oppose les deux tragédiennes qu'en les nommant sociétaires toutes deux le même jour, en définissant bien leurs emplois. Mademoiselle George se distingue surtout dans les rôles de force, où sa beauté sculpturale et sa chaleur naturelle impressionnent le public : Hermione (Andromaque), Roxane (Bajazet), Cornélie (La Mort de Pompée), Arsinoé (Nicomède), Idamé (L'Orphelin de la Chine, Voltaire), Émilie (Cinna), etc. En 1808, elle part, sans prévenir, pour la Russie, en compagnie du danseur Duport, reste cinq ans à Saint-Pétersbourg et rejoint à Dresde la troupe des Comédiens français où un ordre impérial lui fait reprendre sa place, à part entière, dans l'emploi des reines tenu auparavant par Mademoiselle Raucourt.

Après la Restauration, ses caprices continuels finissent par lasser ses camarades mais aussi le public. Elle quitte la Comédie en 1817 pour une vie errante de tournées, alternant avec des séjours à Paris. C'est à Bruxelles qu'elle rencontre Charles-Jean Harel, qui sera en quelque sorte son imprésario, et avec qui elle noue une liaison qui durera vingt-cinq ans. De 1822 à 1825, elle fait un premier séjour à l'Odéon, Second Théâtre-Français. Elle y revient lorsque Harel en prend la direction et y crée les grands rôles du drame romantique, la Christine de Dumas père, la Maréchale d'Ancre d'Alfred de Vigny (1830). Elle suit Harel au théâtre de la Porte-Saint-Martin, où elle triomphe dans La Tour de Nesle de Dumas père (1832), dans Lucrèce Borgia et Marie Tudor de Victor Hugo (1833).

Malgré l'obésité qui alourdit sa silhouette, elle est devenue l'interprète et la championne de l'école nouvelle. La faillite de Harel en 1840 la remet sur la route des tournées. Elle revient à l'Odéon entre 1842 et 1845. En 1846, après la mort de son compagnon, c'est à nouveau la vie nomade, du Théâtre Historique à l'Odéon et surtout en province. Une représentation extraordinaire à son bénéfice, en 1853, lui permet de se produire une dernière fois sur la scène de ses débuts, à la Comédie-Française, dans Cléopâtre (Rodogune, Corneille), sous les acclamations du public qui n'a pas oublié la belle tragédienne.

Les dernières années de sa vie et de sa carrière sont difficiles et elle meurt, en 1867, presque dans la misère.

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