L'escarcelle du spectateur

L'escarcelle du spectateur

Le public des théâtres se compose de plusieurs catégories d'amateurs dont le plaisir est d'assister ensemble à un spectacle. Pendant longtemps, la dimension sociale de la représentation théâtrale est aussi importante que l'événement artistique. Aujourd’hui, les spectateurs sont de tous âges et issus de milieux sociaux variés : groupes scolaires initiés par leurs professeurs, passionnés qui suivent l'actualité théâtrale de longue date, curieux et spectateurs occasionnels. La mémoire des spectacles repose avant tout sur leurs souvenirs plus ou moins précis, eux-mêmes fragiles et voués à disparaître. Certains, par amour de cet art ou par goût de la collection, conservent les billets, bibles, programmes, affiches, photographies, coupures de presse, qui témoignent de leur parcours de spectateurs. Que trouve-t-on dans l'escarcelle du spectateur ? Cette exposition offrira un petit tour d'horizon de ces objets qui permettent d’évoquer les pratiques du public d'hier et d'aujourd'hui.

Organisée en deux temps, cette exposition propose d'aborder, d'une part, les représentations « ordinaires », qui se tiennent au quotidien et, d'autre part les représentations « extraordinaires », se déroulant dans des lieux insolites, en l'honneur de personnalités célèbres, ou encore marquées par des événements inhabituels.


Représentations ordinaires

Le billet
Parmi les objets les plus éphémères, le billet de théâtre semble voué à la disparition pure et simple. Aussitôt utilisé, il est jeté à la corbeille quand bien même on aurait passé des heures à battre le pavé pour l'obtenir. Les plus anciens billets conservés datent du milieu du XVIIIe siècle, mais on en fait usage dès la création de la Comédie-Française en 1680.

En théorie, le billet est le seul moyen d'accéder à la salle, même si la lecture des archives montre que certains sont tentés de s'en passer. La lutte contre la resquille nous instruit sur le contrôle qu'on essaie de lui opposer. Plusieurs méthodes se succèdent : l'installation de « tourniquets » pour éviter que certains n'entrent sans payer (1683), l'invention d'un système de « souches » en 1697 pour contrôler les ouvreuses elles-mêmes (à la porte du théâtre, le billet est rompu en deux par la contrôleuse qui en garde la moitié, l'autre est remise à l'ouvreuse qui place le spectateur puis glisse la seconde moitié dans un « tronc » dont le contenu sera confronté à celui du contrôle), l'introduction de contremarques (1738), le poinçonnage des billets et leur impression sur papier coloré, en fonction du jour, pour éviter que l'on ne s'en serve plusieurs fois (1783).

Certains spectateurs, bien connus, ne payent pas à la porte et accumulent des dettes parfois considérables. Il s'agit en général de personnages importants, à qui on ne peut refuser l'entrée et qui payent avec retard, comme au début du XVIIIe siècle, la duchesse du Maine ou le duc d'Orléans. Mais aussi certains auteurs qui réservent des billets pour leurs amis, avant même l'institutionnalisation de la claque : Voltaire réserve ainsi une cinquantaine de places au parterre pour les premières représentations de Sémiramis en 1748.

Les billets portent le plus souvent l'indication de l'emplacement dans la salle (les côtés cour et jardin s'étant substitués aux côtés du roi et de la reine depuis la Révolution), parfois manuscrite, et le tarif. S'il s'agit d'une invitation, le motif de celle-ci y est parfois noté et certifié par l'administration du théâtre : billet d'auteur, billet de la claque... Aux places individuelles et aux loges, qui peuvent être louées « entières » ou partiellement pour une représentation, s'ajoutent les abonnements annuels des petites loges, à partir des années 1760 à la Comédie-Française. Théoriquement, le bénéficiaire ne peut revendre sa loge à un tiers, même s'il ne se rend pas à la représentation.

L'impression des billets varie au fil du temps : d'une impression typographique à la quadrichromie au début du XXIe siècle, au billet électronique totalement dématérialisé aujourd'hui.

Demandez le programme ! Il est gratuit !
Les programmes se généralisent dans les théâtres, à la fin du XIXe siècle. Auparavant, le spectateur doit s'en référer aux annonces faites dans les journaux ou à l'affiche placardée à l'extérieur du théâtre, pour connaître le programme du jour. Les pièces sont jouées en alternance et à cette époque, on joue deux, voire trois pièces par soirée, ce qui multiplie les combinaisons à l'infini. Les changements de dernière minute ne sont pas rares ; un bandeau est alors apposé sur l'affiche pour les annoncer, à moins qu'on n'en informe le public une fois qu'il est entré dans la salle.

Le programme accompagne le spectateur, lui fournissant les informations nécessaires sur la représentation, notamment le titre des pièces du jour. Pour cette raison, il est parfois daté. Il donne en général la distribution, la mise en scène, des informations sur les pièces, leurs auteurs, l'histoire de la Comédie-Française, de sa Troupe et de son patrimoine. Il est souvent accompagné de publicités représentatives du luxe « à la française » : mode, boissons alcoolisées, parfums. Les grands couturiers qui habillent les comédiennes, à la ville comme à la scène, tiennent une place de choix. Aujourd'hui, les mécènes de la Comédie-Française y sont également présents. La présentation graphique suit les grands courants des arts décoratifs : on trouve donc des programmes « art nouveau », « art déco », sur papier glacé ou de facture plus modeste dans les temps difficiles, notamment quand sévit la pénurie de papier. Enfin, les programmes sont illustrés des portraits des comédiens de la distribution : portrait unique d'un comédien vedette au début du XXe siècle, portraits de la maison Harcourt à partir de l'entre-deux-guerres, jusqu'au « trombinoscope » complet réalisé par Stéphane Lavoué pour la Troupe aujourd'hui. Depuis les années 2000, à la Comédie-Française, le programme est gratuit.

Quant à la « bible » ou « feuille de salle », il s'agit de la feuille de salle distribuée aux spectateurs, donnant les informations minimales, pour certaines manifestations en marge de la programmation officielle (aujourd'hui : les écoles d'acteurs, greniers, journées particulières, bureaux des lecteurs). Elle donnait autrefois le « quantième » de la représentation.

Confort et réconfort
Pendant longtemps, le confort des salles peut être qualifié de spartiate : on y étouffe en été, on y grelotte en hiver. Jusqu'en 1784, la majorité du public s'entasse debout au parterre. Celui des loges est un peu mieux loti, surtout parce que, plus fortuné, il peut se payer quelques aménagements : en hiver, bouillottes fournies par les ouvreuses de loge contre rétribution, éventails et écrans en tous genres en été. Ces derniers sont d'ailleurs peints à l'effigie des spectacles.

Les dames (exclues du parterre en raison de leurs coiffures qui gênent la visibilité, mais surtout par décence) rivalisent d'élégance et sont parfois considérées comme l'un des intérêts « décoratifs » de la représentation. Un règlement de 1776 indique : « Les places des premières loges conviennent mieux aux dames, le spectacle en sera plus agréable et paraîtra plus garni ». Les gravures et peintures du XIXe siècle illustrent bien cette partition du public : uniquement masculin à l'orchestre et féminin dans les étages bas (premières loges), où les dames étalent leurs toilettes. Marcel Proust sera sensible à cet aspect de la représentation et décrira la salle de spectacle comme un ballet de créatures marines participant au spectacle et préparant le spectateur à l’apparition de la Berma sur scène.

Les « sels » sont l'indispensable accessoire des dames émotives, sujettes à l'évanouissement. Aujourd'hui, la « boîte à sel » ou bureau des invitations, a gardé cette appellation car on y trouvait autrefois ces remèdes mis à disposition des spectateurs qui n'avaient pas pris soin de s'en munir.

Les loges louées annuellement peuvent être meublées par le locataire, à ses frais. Espace de sociabilité, la loge devient ainsi un petit studio et l'on peut, le cas échéant, s'isoler du reste de la salle en tirant un store, masquant l'ouverture donnant sur la salle. Les jumelles de théâtre sont au XIXe siècle un accessoire indispensable pour observer les acteurs, aussi bien que le public.

Le théâtre est aussi un lieu où se tiennent toutes sortes de commerces. Certains sont licites et même contrôlés par le théâtre : la loge de la limonade sert des consommations, principalement des liqueurs, qu'une ouvreuse sert directement dans les étages, pendant le spectacle. En 1685, le théâtre héberge aussi une librairie, afin d'éviter la vente à la sauvette des pièces par les éditeurs, pendant la représentation. Le théâtre est sollicité pour attribuer des concessions : en 1768, par exemple, il refuse celle d'une bijouterie considérant l'activité préjudiciable – car trop bruyante – au bon déroulement des représentations. Les services et les achats se monnayent, mais il est interdit aux ouvreuses de recevoir des pourboires car depuis 1680, elles sont salariées.

Représentations extraordinaires

La Comédie-Française en voyage à la Cour
La Comédie-Française a toujours joué dans les résidences royales : Versailles, Fontainebleau, Marly, Saint-Cloud… La Troupe s’y installe pour donner des représentations devant les souverains et leur entourage, au gré de leurs pérégrinations. À l’automne, on se rend à Fontainebleau depuis la fin du XVIIe siècle.

C’est Louis XIV qui inaugure cette tradition. Cette demeure royale est appréciée pour sa vaste forêt qui en fait un domaine de chasse exceptionnel. Le « voyage à Fontainebleau », à l’automne, lui permet de pratiquer avec ses proches cette activité qui met en scène le cérémonial royal, l’apparat de cour, le divertissement des hôtes de marque et glorifie un roi excellent cavalier, à l’endurance légendaire, qui apparaît lors de ces équipées comme un maître de la nature.

Le quotidien de la Cour est rythmé par ces exercices au grand air, mais aussi par les divertissements offerts le soir : jeux et spectacles. Beaucoup de nouvelles pièces sont créées à la Cour. Ce public exigeant assiste alors aux débuts des auteurs, lesquels bénéficient des moyens que met à disposition l’administration des Menus-Plaisirs du Roi : somptueux costumes et décors. Il va sans dire que le public de ces représentations brille par ses atours. Peu attentif, il peut naviguer entre un jeu de tric-trac, le souper offert aux hôtes, un concert et une représentation théâtrale.

Représentations somptuaires
Ces prestigieux voyages se prolongent jusqu’au règne de Louis-Philippe et acquièrent parfois une dimension politique forte. En 1808, Napoléon fait jouer les Comédiens-Français devant un parterre de têtes couronnées européennes à Erfurt. En 1837, Louis-Philippe commandite de nouveaux costumes pour jouer Le Misanthrope à Versailles, à l’occasion de l’ouverture du musée de l’Histoire de France.

La Salle Richelieu est également mise à contribution à l’occasion du passage de souverains étrangers à Paris. Depuis les années 1950, ces représentations donnent lieu à l’édition d’un programme spécifique, programme de gala souvent richement illustré. Le rôle diplomatique du théâtre est manifeste, tout comme c’est le cas dans les tournées officielles.

Aujourd’hui, ministres et présidents viennent à la Comédie-Française, mais le plus souvent presque incognito et sans que la salle ne leur soit réservée. Des spectacles insolites sont proposés aux mécènes dans des lieux inhabituels ou suivant des propositions artistiques inédites, tel ce bal de la Comédie-Française, donné en 2013, reprenant une formule inaugurée en 1716 et reprise en 1932 et 1934.

Certaines soirées d’adieux de comédiens sont restées mémorables, notamment celle de Béatrice Bretty (1959) qui rassembla les plus grands comédiens français et étrangers, notamment Charlie Chaplin et Marlene Dietrich.

Représentations populaires
Parmi les moments exceptionnels, on compte aussi les représentations populaires, parfois gratuites à l’occasion d’un événement ou d’une commémoration. Sous la Monarchie, elles ont lieu le plus souvent à l’occasion de la naissance d’un Dauphin. Pendant la Révolution de 1848, l’hymne national est une constante de ces séances souvent offertes au public. Il est déclamé par la comédienne Rachel, apparaissant alors en incarnation de la République et entraînant les foules. Aujourd’hui, la traditionnelle représentation du 14 Juillet pour la fête nationale s’achève sur une Marseillaise entonnée en chœur par la Troupe et le public.

Informations pratiques

Exposition réalisée par la bibliothèque-musée de la Comédie-Française.

Location : 900 €HT/mois (envoi des 84 fichiers numériques .jpg)

Pour tout renseignement, s’adresser à Mélanie Petetin au 01 44 58 14 78
- melanie.petetin@comedie-francaise.org

Copyright à indiquer sous les reproductions : ©Coll. Comédie-Française

L’utilisation de ces images est strictement limitée à cette exposition. Toute autre utilisation nécessitera une autre demande auprès de la bibliothèque-musée de la Comédie-Française.

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Vigipirate

Suite au renforcement du plan Vigipirate, toute personne se présentant avec une valise ou un sac (hors sac à main) se verra interdire l'accès à l'enceinte des trois théâtres de la Comédie-Française.
Pour faciliter les contrôles, merci d'arriver au minimum 30 minutes avant le début des représentations.