Le Soulier de satin

La création du Soulier de satin à la Comédie-Française en 1943

Le 27 novembre 1943, le rideau de la Salle Richelieu se lève à 18 heures sur le décor du Soulier de satin de Paul Claudel, œuvre-monde réputée injouable dont l’écriture s’étend de 1918 à 1924. La pièce, composée de quatre journées et dont la durée totale excède huit heures de représentation, est créée par Jean-Louis Barrault dans une version abrégée, à une époque où le pari semblait impossible. Pourtant, l’entreprise réussit au-delà de toutes les espérances, grâce à l’amitié et à l’admiration réciproque de l’auteur et du metteur en scène.

Un projet initié sous l’Occupation

Jean-Louis Barrault rend visite à Paul Claudel retiré dans son château à Brangues en Isère, alors situé en zone libre, en janvier puis en juin 1942. Il revient avec une autorisation de jouer de la main de l’auteur : celle-ci est saisie et déchirée par l’occupant au cours de son voyage, mais Barrault parvient à la récupérer et à en recoller les morceaux – ce document est aujourd’hui conservé à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française. En l’absence de Claudel, Barrault se livre à une lecture-marathon de la pièce devant le Comité de lecture de la Comédie-Française. Sans concession, il propose des coupes drastiques qu’il justifie sur un plan esthétique ; en réalité, la vie culturelle est soumise à un couvre-feu et il devance avec succès la censure alors même que Claudel est dépeint comme un gaulliste et un ennemi acharné de l’Allemagne de l’époque.

Une production d’envergure

Malgré la réduction du texte, l’ouvrage reste monumental et les frais de production s’annoncent colossaux : l’achat des matières premières, l’électricité nécessaire à la représentation, le paiement des heures supplémentaires des techniciens, les nombreux feux des comédiennes et comédiens, la rémunération de la figuration, de l’orchestre, les décors et costumes du peintre Lucien Coutaud, la musique de Honegger... Aussi prend-il avec la Troupe la décision de renchérir le prix des places de 70 à 100 francs.
La première représentation, donnée le 27 novembre 1943 avec deux mois de retard, fait salle comble. La réception critique est à l’image de la polarisation politique, pas toujours élogieuse, mais le succès public est immense. Les spectateurs et spectatrices ne sont pas découragés par les sirènes d’alertes qui interrompent régulièrement la pièce, ni par des coupures d’électricité très fréquentes, que les Allemands prendront comme prétexte pour faire espacer les représentations en juin 1944.

Et après ?

La mise en scène de Barrault n'est reprise qu’une seule fois en 1949. Le Soulier de satin a depuis fait l’objet d’un enregistrement radiophonique, en 1996, et a été le sujet d’une « Journée particulière » autour de sa création dirigée par Didier Sandre au Théâtre du Vieux-Colombier.
Il faut attendre 1987 pour que la pièce soit jouée dans son intégralité, hors Comédie-Française, dans la Cour d’honneur du Palais des papes durant le Festival d’Avignon, dans une mise en scène d’Antoine Vitez de plus de dix heures, devenue historique. En 2021 durant le confinement, Éric Ruf décide de monter cette œuvre monumentale lors de quatre séances filmées, dans le cadre des Théâtres à la table. Les quatre journées sont tour à tour dirigées par lui-même, Gilles David — qui avait joué dans la mise en scène d’Antoine Vitez —, Thierry Hancisse et Christian Gonon, tandis qu’acteurs et actrices s’échangent les rôles de journée en journée, selon la tradition de l’alternance Salle Richelieu. Après cette forme de production originale – chaque journée montée en cinq jours avec uniquement quelques tables, des maquettes de bateaux, des cols espagnols et des plumes d’anges –, Éric Ruf revient cette saison à cette pièce monumentale qu'il met à l’épreuve du plateau de la Salle Richelieu, afin de continuer à révéler, selon l’expression de Roland Barthes, sa « galaxie de signifiants ».

Agathe Sanjuan

  • Découvrez

    La boutique

  • Nouveauté

    Lunettes connectées disponibles à la Salle Richelieu

SAISON HORS LES MURS

JANVIER - JUILLET 2026

La Salle Richelieu fermant pour travaux le 16 janvier, la Troupe se produira dès le 14 janvier dans 11 théâtres à Paris et à Nanterre.
Outre ses deux salles permanentes, le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre, elle aura pour point fixe le Théâtre de la Porte Saint-Martin et le Petit Saint-Martin et sera présente dans 9 théâtres partenaires : le Théâtre du Rond-Point, l’Odéon Théâtre de l’Europe, le Théâtre Montparnasse, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le 13e art, La Villette-Grande Halle et le Théâtre du Châtelet.

Les 20 spectacles de cette saison hors les murs sont en vente.

VIGIPIRATE

Consultez nos conditions générales de ventes pour les conditions d'accès.

vigipirate-urgenceattentat2