Adrienne Couvreur
dite ADRIENNE LECOUVREUR

80e sociétaire

Entrée à la Comédie-Française en 1717 ; sociétaire en 1717.

Peu de comédiennes ont alimenté la légende comme la pathétique Adrienne Lecouvreur. D'origine champenoise, elle débute à Paris par hasard, sur un théâtre de société, dans Pauline (Polyeucte).
Remarquée, dit-on, par l'auteur-acteur Marc-Antoine Legrand, qui lui donne des leçons, elle joue en province, à la cour du duc de Lorraine et à Strasbourg. Elle est appelée à la Comédie-Française en 1717 et débute dans Electre de Crébillon et dans George Dandin, rôle d'Angélique. Elle triomphe ensuite dans Monime (Mithridate) et est reçue aussitôt sociétaire. Le vieux Baron, qui revient à la scène en 1720, contribue à sa formation. Pour interpréter Racine et Corneille, elle renonce à l'emphase et au « chant » pratiqués jusqu'alors, éclipsant rapidement ses rivales, Mlles Duclos et Desmares, et provoquant, par sa présence scénique, l'enthousiasme du jeune Voltaire, qui lui confie sonArtémire, puis Mariamne dans Hérode et Mariamne.
Le rôle qu'elle a joué le plus souvent est celui de Constance dans Inès de Castro, tragédie de La Motte, dont elle crée aussi Les Macchabées. Dans la comédie, elle est une touchante Alcmène (Amphitryon de Molière), crée le rôle de la Marquise dans La Seconde Surprise de l'amour de Marivaux en 1726 et Angélique dans Les Fils ingrats de Piron. La simplicité de son jeu et de sa mise – elle renonce à la pompe de certains costumes de scène –, la qualité de sa présence – elle sait écouter ses partenaires –, le pathétique de sa diction, lui valent de nombreux admirateurs, dont le jeune Voltaire fut parmi les plus fervents. On connaît sa liaison passionnée avec le maréchal de Saxe. La légende veut qu'elle lui fut fatale et que la comédienne mourut empoisonnée par sa rivale, la duchesse de Bouillon ; beau sujet de drame, repris au XIXe siècle par Scribe et Legouvé, puis par Sarah Bernhardt.

Si les circonstances de sa mort sont restées mystérieuses, celles de son inhumation sont à présent bien connues. On sait que le curé de Saint-Sulpice lui refusa catégoriquement non seulement toute oraison, mais aussi l'accès au cimetière. Elle fut ensevelie presque clandestinement dans la chaux vive, dans un terrain vague des bords de la Seine, à la grande indignation de Voltaire.

Elle reçut néanmoins l'hommage posthume de la plupart des hommes de lettres de son temps, parmi lesquels Le Franc de Pompignan.