Émilie
Leverd

221e sociétaire

Entrée à la Comédie-Française en 1808 ; sociétaire en 1809 ; retraitée en 1832.

Celle qui va se poser en rivale de Mademoiselle Mars commence par être danseuse dans le corps de ballet de l'Opéra. L'acteur Clozel remarque sa beauté et la fait débuter au Théâtre Louvois en 1804. Elle suit les cours de Florence et débute à la Comédie en 1808 dans les rôles de Célimène (Le Misanthrope) et de Roxelane (Les Trois Sultanes de Favart). Elle triomphe dans ce dernier rôle, en chantant et s'accompagnant elle-même à la guitare. En représentation à Saint-Cloud, elle plaît à l'empereur, qui lui fait verser une gratification et lui assure un avancement rapide, facilité par la retraite de Mademoiselle Contat. Mademoiselle Leverd se retrouve donc, dans l'emploi des grandes coquettes, face à la redoutable Mademoiselle Mars. Les autorités, alertées par la querelle qu'alimentent journaux et intrigues de coulisses, finissent par concéder à Mademoiselle Mars le titre de chef d'emploi, avec Mademoiselle Leverd pour doublure, à la condition que cette dernière puisse jouer quatre ou cinq rôles importants en premier.
Brillante et piquante dans la comédie, elle n'a cependant ni la classe ni la diction impeccable de Mademoiselle Mars. Leur interprétation d'Elmire, dans Tartuffe, par exemple, est très différente : Mademoiselle Leverd la joue en grande coquette, Mademoiselle Mars en bourgeoise pudique.

En 1825, la petite vérole n'est pas sans ternir un peu sa beauté, sa taille s'épaissit et elle ajoute à son emploi ceux de « jeune mère » et de « mère noble ». Elle crée le rôle de Catherine de Médicis dans Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas, puis se retire, en 1832.