Attribution des loges

HISTOIRE DES LOGES 2/5

« Les Grecs vont partager la dépouille d’Achille »

Les photographies de Stéphane Lavoué fixent un état des loges, à un moment donné de l’histoire de la Troupe. Aujourd’hui comme autrefois, chaque départ de comédien de la Troupe entraine des changements de loges en cascades.
Ces transferts sont soigneusement énumérés – pour éviter toute contestation – dans les premiers registres d’assemblées de la Troupe. À la fin du XVIIe siècle, il n’est point de règle stricte et on tire parfois au sort pour savoir à qui échoira une loge vacante. Ainsi le 28 décembre 1712, « La loge qu’occupait Monsieur Du Fey a été donnée à Monsieur de Beaubour, celle de Monsieur de Beaubour à Mademoiselle de Nesle, celle de Mademoiselle de Nesle à Monsieur Quinault, celle de Monsieur Quinault à Mlle de Morancour, celle de Mlle Botto à Monsieur du Mirail, celle de Monsieur du Mirail à Monsieur Duran. »
Une place est immédiatement occupée : on constate avec stupeur que dès le lendemain de la mort de Monsieur de Champmeslé en 1701, on dispose de sa loge pour l’attribuer à un autre comédien !
Les loges les mieux placées par leur proximité avec le théâtre sont immédiatement convoitées, comme la loge de Lekain à sa mort, réclamée par Monvel le lendemain, qui revendique d’ailleurs aussi une partie de ses rôles, en concurrence avec Molé et Delarive pour la succession du plus grand acteur tragique du XVIIIe siècle. Il laisse une lettre de condoléance étonnante de cynisme où les intérêts immédiats prennent le dessus sur le deuil :

« Le Peintre, le Sculpteur, le Poète laissent après eux des monuments de leurs travaux. Moins achevés dans leur genre que Lekain dans le sien, ce qu’ils ont fait de bien reste entre les mains de la postérité ; et le Lekain ne laisse rien, même aux yeux de ses contemporains, qui atteste et son mérite et la profondeur de ses recherches. Victime de l’envie, jouet des gens sans goût, en proie aux journalistes, voilà le sort d’un grand acteur pendant sa vie ; rien ne parle pour lui après sa mort… Travaillez donc, Comédiens, tuez-vous, usez votre existence, abrégez vos jours et soyez bien vains de la gloire d’un moment, gloire même qui vous est contestée pendant que vous en jouissez !
Pardon, mes amis, de ces réflexions un peu tristes que m’arrache un événement qui a dû vous pénétrer autant que moi.
Revenons à un autre objet.
Les Grecs vont partager la dépouille d’Achille.
Je n’ai rien à prétendre à la dépouille pécuniaire, mais ressouvenez-vous, je vous en prie, pour la loge, que je suis l’ancien, si les Dames qui sont avant moi n’y ont point de prétention, que je suis à un quatrième étage, que mon emploi est très fatigant et que ma santé n’est pas brillante. Je me recommande à votre amitié et à mon bon droit. »

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  • Lekain dans le rôle d’Orosmane (Zaïre, Voltaire), huile sur toile de Simon-Bernard Lenoir, [1770] ©P. Lorette, coll. Comédie-Française
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  • Monvel dans le rôle de l'Abbé de l'Epée (L'Abbé de l'Epée, Bouilly), huile sur toile d’Edmond Geffroy, 1852 © P. Noack, coll. Comédie-Française

En effet, comme le suggère Monvel dans sa lettre, le principe de l’ancienneté s’impose peu à peu au cours du XVIIIe siècle pour acquérir force de loi à la fin du XIXe siècle. Jules Claretie, administrateur nouvellement nommé depuis peu s’enquiert en 1887 de cette « tradition » : « Le Comité répond qu’en principe le droit d’ancienneté est absolu, mais qu’en fait on a presque toujours cédé aux réclamations des dames artistes, dont les costumes ont besoin de plus d’espace que ceux des hommes. »

Le critère de l’encombrement des garde-robes et du matériel de scène est en effet un sujet récurrent qui contrecarre le principe de l’ancienneté.

Les Anciens et les Modernes : « oui, il sue ; oui, il a une garde-robe nombreuse : mais il est jeune »

On a vu dans le précédent billet de ce feuilleton que les Dames pouvaient être avantagées eu égard à l’encombrement de leur garde-robe pour obtenir la loge de leur choix. Aujourd’hui, le choix des loges, décidé par la cheffe habilleuse ou le chef habilleur, ne se fait plus forcément sur le critère de la proximité du plateau. La taille de la loge, le nombre de fenêtres, la vue, l’isolation au bruit extérieur, peuvent entrer en ligne de compte, ainsi que les affinités au sein de la Troupe. Désormais, un placard extérieur et attenant à la loge permet de stocker le costume du soir tandis que les autres sont en « entretien » à l’habillement.

Par le passé, les comédiens « modernistes » - munis d’une garde-robe nombreuse qui s’accordait aux nouveaux principes esthétiques visant à l’unité visuelle du spectacle en accord avec le temps et le lieu historique de l’action de la pièce – réclamaient plus d’espace et plus de proximité avec le plateau. Delarive écrit au Comité le 6 janvier 1783 :

« Mes Camarades
J’ai l’honneur de vous représenter qu’il m’est absolument impossible de garder plus longtemps la loge que j’habite : elle ne contient pas la moitié de ma garde-robe. Je fus hier obligé de monter quatre fois cinquante deux marches : je me trouvai le soir exténué. Je vous prie d’observer que les fatigues de mon emploi méritent quelques égards. La loge au-dessus de celle de Mlle Saint-Val n’a point été donnée ; et M. Cuvillier m’a assuré que l’intention de M. le Comte d’Angiviller était de laisser la Comédie libre de prononcer à ce sujet. J’en appelle à votre justice. Les femmes méritent beaucoup ; mais je vous prie encore d’observer que Mlle Raucourt joue tout au plus une fois contre moi trois ; qu’elle n’est pas obligée comme moi de changer d’habits, souvent deux ou trois fois dans la même pièce ; qu’elle n’a pas trente-deux habits à loger, beaucoup de coiffures, d’armures, etc. Enfin une transpiration arrêtée par un changement de costume peut me mettre hors d’état de continuer mon service. Soyez persuadés que mon intention n’est point de désobliger Mlle Raucourt ; mais les dangers de ma santé et l’impossibilité de rester où je suis sont les seuls motifs qui me déterminent à vous prier d’aller aux voix, après avoir entendu ses raisons et les miennes. »

Avis de M. Molé, jointe en réponse à la lettre :

« J’ai donné l’exemple des égards qu’on doit aux dames ; j’ai eu le plaisir de faire le sacrifice de mes droits d’ancienneté à Mademoiselle Vestris et à Mademoiselle Saintval : j’ai d’ailleurs entendu, dans une lettre de M. le Comte d’Angiviller, lue et relue à la Comédie-Française par M. Gerbier, que son intention est que les loges d’en bas ou les plus proches du Théâtre, soient pour les Princesses tragiques. Or, on peut comprendre Mlle Raucourt dans ce nombre.
J’ai vu longtemps M. Lekain, qui jouait plus que M. Delarive, avoir sa loge aux troisièmes sur le devant et ensuite aux secondes.
Les raisons de M. Delarive sont pleines de vérité ; oui, il sue ; oui, il a une garde-robe nombreuse : mais il est jeune ; et c’est bien peu payer le bonheur d’être jeune et souvent employé dans un grand emploi, que d’en avoir pour tout chagrin celui d’être un peu plus éloigné du théâtre.
Mon avis est de donner la loge à Mlle Raucourt. Le tour de M. Delarive pour avoir une loge ne viendra que trop tôt. » Signé Molé.

13 voix pour Raucourt
1 voix pour Delarive

Le Comité se rallie donc à l’opinion de Molé, qui a pour sa part une garde-robe des plus classiques.

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  • Larive dans le rôle de Ladislas (Venceslas, Jean Rotrou), dessin, [1781-1787] ©P. Noack, coll. Comédie-Française
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  • Mlle Raucourt dans le rôle de Didon, Molé dans le rôle d’Enée (Didon, Le Franc de Pompignan), gouache de Fesch et Whirsker, 1770-1788 © P. Lorette, coll. Comédie-Française

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