Musées personnels, grands et petits arrangements

HISTOIRE DES LOGES 3/5

Aménagement des loges

Aujourd’hui, la Direction des bâtiments et des équipements rénove la cinquantaine de loges d’acteurs au fil des années au rythme de une ou deux par an. La neutralité est de rigueur : peinture blanche, restauration des parquets ou des tomettes d’origine, menus aménagements sanitaires (lavabos). On fournit une coiffeuse à tiroirs si la comédienne ou le comédien en fait la demande. La décoration peut ensuite être personnalisée par ce dernier. L’aménagement est depuis toujours l’affaire des comédiens.

Au cours des années 1680, les comédiens définissent le fonctionnement de l’établissement, prenant décision, écrivant des règlements, la plupart du temps peu respectés. Quelques travaux sont effectués dans les loges sur le budget commun – on paye un mémoire de vitrier « au commun » en 1683, on « carrelle » la loge de M. Baron en 1686 – mais on décide assez vite « qu’à l’avenir, chacun entretiendra sa loge de menues réparations ».
L’ameublement fourni par le théâtre est rudimentaire. En 1690, on note « que l’on fournira seulement des tables dans les loges pour chaque acteur et qu’à l’égard des armoires et autres ajustements, les acteurs les feront faire à leurs dépens selon ce que bon leur semblera sans que la Compagnie n’en paye rien ».
Si la loge a deux portes, le comédien doit choisir et on condamne la seconde (en 1695), sans doute pour optimiser circulations et aménagement.
En 1727, on décide de « blanchir » les murs et plafonds des loges « mises en couleur » par leurs précédents occupants. On songe même à interdire ces interventions particulières car il faut ensuite les repeindre, ce qui occasionne des frais, pour les suivants, « attendu que chaque acteur ou actrice pourra ne pas trouver à sa fantaisie ce que leurs prédécesseurs auront fait faire ». La plomberie et la maçonnerie restent à la charge du théâtre également.

Si on a peu d’information sur ces aménagements, les archives mentionnent les garde-robes attenantes aux loges, qui semblent être de véritables petites pièces dans certains cas. La fâcheuse habitude de ranger dans sa loge ou dans sa garde-robe des effets appartenant à la Troupe est mentionnée, comme en 1729 : chaque acteur est sommé de faire l’inventaire des biens de sa loge relevant de l’établissement.

En 1786, un cas inédit se présente, occasionnant une réflexion d’ampleur sur l’aménagement des loges. Mlle Contat, l’une des vedettes de la troupe, créatrice du rôle de Suzanne dans Le Mariage de Figaro et maîtresse du comte d’Artois, récupère la loge de Mme Préville au moment où les époux Préville quittent la Troupe. Elle demande au comte d’Angiviller, Directeur des bâtiments du Roi, de pouvoir décorer sa loge à sa guise. Le comte d’Angiviller consulte le Comité d’administration. Un brouillon de lettre du comédien Des Essarts nous renseigne sur les réflexions en cours :

« Les loges d’acteurs garnies de leurs cloisons, boiseries, armoires, tables de toilettes, etc., telles enfin qu’il vous a plu les faire distribuer, arranger et nous gratifier, ne doivent certainement subir aucun changement ni aucun dérangement assez considérables pour les dénaturer entièrement. […] Ces variations dépendent réellement de la différence des emplois, des costumes et des habillements qui sont nécessaires aux différents acteurs qui par succession de temps et d’ancienneté doivent parvenir aux loges les mieux distribuées, et placées plus avantageusement et plus près du théâtre. […]
Le sieur Des Essarts avait une loge au 3e, il la laissé passer trois fois son tour de changer ; et cette année, il a pris la loge quittée malheureusement par M. Préville. Des Essarts a environ 30 à 40 perruques de caractère. Vos préposés, Monsieur le Comte, ont senti la nécessité de lui pratiquer une armoire pour renfermer sa collection. Le sieur Vanhove qui a tout au plus deux ou trois perruques de costume a repris au 3e la loge que quittait le sieur Des Essarts ; il n’y déplace rien, quoiqu’il joue dans les deux genres (et une garde-robe tragique aussi considérable que celle qu’exige son emploi nécessite des armoires bien différentes de celles qu’occupait la garde-robe comique de Des Essarts), parce qu’il ne regarde cette loge que comme une loge de passade. […]
La loge qui occasionne cette dissertation ne paraît peut-être pas au premier coup d’œil dans le cas d’aucun changement, parce que c’est une femme qui succède à une autre femme. Cependant, Monsieur le Comte ; c’est précisément cette succession qui rend ce changement si désirable. Madame Préville n’avait guère que des robes à grandes parures, très peu de petites robes, et depuis qu’elle jouait les mères nobles, elle ne faisait presque pas d’usage de plumes et de chapeaux. Mlle Contat qui lui succède, outre ses robes à grandes parures, a des fourreaux, ou des petites robes de toutes espèces, un nombre prodigieux de plumes, de chapeaux, et de coiffures différentes… »

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  • Préville dans le rôle de Brigantin, Des Essarts dans le rôle D'Outremer (Le Port de mer, Boindin et La Motte), gouache de Fesch et Whirsker, 1770-1788 © P. Lorette, coll. Comédie-Française
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  • Mme Préville dans le rôle de Lady Alton (L'Ecossaise ou le Café, Voltaire), gouache de Fesch etWhirsker, 1770-1788 © P. Lorette,coll. Comédie-Française
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  • Mlle Contat, rôle de Suzanne dans Le Mariage de Figaro, gravure de Dupin fils, d'après Desraie © Coll. Comédie-Française

Mlle Contat dans le « juste à la Suzanne », tenue dont elle lance la mode à l’occasion de la création de la pièce de Beaumarchais, ornée de rubans et volants et force rajouts de cheveux.

Finalement, Mlle Contat obtient gain de cause avec l’autorisation de faire procéder aux travaux qu’elle souhaite. Le résultat, miraculeusement conservé par le Musée des arts décoratifs qui détient les sept panneaux qu’elle commande à Charles De Wailly, montre à quel point ce décor était raffiné, savant et prestigieux dans sa réalisation. Les compositions allégoriques sont à la gloire de sept grands auteurs : Piron, Destouches, Dufresny, Molière, Regnard, La Chaussée et Gresset. Le décor sert donc d’écrin mural à une loge sans doute de grandes dimensions, également ornée de nombreuses glaces et d’un mobilier en mesure d’accueillir la garde-robe et les accessoires décrits par Des Essarts.

Sécurité des loges et économies de bouts de chandelle

En 1818, un incendie ravage l’Odéon, ancienne salle de la Comédie-Française investie par une autre troupe. À la suite de l’évènement, le Comité demande aux comédiens de ne garder que le stricte nécessaire dans les loges et tente de sécuriser les quinquets qui servent à l’éclairage tant du théâtre que des parties internes du bâtiment : « Le Comité arrête en outre et pour seconder de plus en plus les mesures prises et à prendre contre le danger et les suites d’un incendie que chaque acteur fournira un état signé de lui du mobilier à lui appartenant et déposé dans sa loge, lequel état qui ne devra contenir que ce qui est absolument nécessaire au service de l’acteur, après avoir été vérifié par l’inspecteur général, sera transcrit sur un registre qu’il conservera. »
En 1831, la situation financière de la Comédie est catastrophique : à la mauvaise gestion s’ajoute la concurrence accrue des théâtres de boulevard et leurs « effets » de scène spectaculaires grâce à une maîtrise de l’éclairage, domaine dans lequel le Théâtre-Français est bien en retard. Aussi le Commissaire royal du gouvernement auprès du théâtre, le Baron Taylor, prend-il une décision radicale : « Enfin la nécessité bien reconnue d’augmenter l’éclairage de la salle et le nombre de quinquets du lustre détermine M. le Commissaire royal à proposer la suppression de l’éclairage particulier des loges d’acteurs, afin d‘ajouter au lustre le nombre de becs de quinquets supprimés par cette mesure ». Les comédiens doivent donc se débrouiller autrement, suite à la réquisition du matériel d’éclairage des loges.

L’incendie est toujours redouté en 1842 : on règlemente cette fois « les chaufferettes admises dans les loges d’acteurs [qui] devront être conformes au modèle adopté pour aller dans les salles d’administration et de lecture ».
Enfin, en 1901, l’administrateur Jules Claretie, devant la gabegie qui menace l’équilibre financier, dénonce les dépenses d’éclairage et d’électricité, dont les « 64 prises de courant pour les bouilloires des loges et les chauffe-fers à repasser et à friser » !

En 1934, on proteste contre les nouvelles technologies : « le comité demande que les appareils de télégraphie sans fil et les gramophones qui usent du courant électrique et peuvent être des causes d’incendie, comme chez Mlle Bell, soient interdits dans les loges ».

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  • Marie Bell fumant dans sa loge © Coll. Comédie-Française

La loge, musée imaginaire de l’acteur

La loge ménage la coexistence du symbolique et du très particulier : en mêlant souvenirs personnels et objets fonctionnels (miroir, maquilleuses, paravents), effigies de figures tutélaires (notamment Molière) et portraits de soi ou de camarades. La loge est par essence un espace à plusieurs fonctions : le travail, le repos, l’exposition de soi et l’accueil des visiteurs.
Ceci est visible dans les photographies de Stéphane Lavoué, tout comme dans les témoignages photographiques qui nous restent de loges au XIXe siècle. Nous sommes frappés par l’hétérogénéité des décors reflétant les personnalités, mêlant le mobilier standard mis à disposition par le théâtre et des meubles et œuvres personnels, des costumes bien sûr, la loge étant également le lieu de la garde-robe théâtrale. Ces décors sont également symptomatiques de l’évolution des arts décoratifs et du goût.

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  • André Brunot dans sa loge en costume de ville © Coll. Comédie-Française
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  • Suzanne Reichenberg dans sa loge © Coll. Comédie-Française
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  • Albert-Lambert dans sa loge © Coll. Comédie-Française
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  • Emilie Broizat dans sa loge © Coll. Comédie-Française
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  • Emile Dehelly dans sa loge © Coll.Comédie-Française
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  • Jeanne Delvair dans sa loge © H. Manuel, coll. Comédie-Française
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  • Leitner dans sa loge © Coll. Comédie-Française

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