Promiscuité et solitude

HISTOIRE DES LOGES 5/5

Loges collectives

Dans sa loge, le comédien peut être en « représentation », devant un public plus ou moins choisi, et ce jusqu’à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, seuls les sociétaires bénéficient d’une loge individuelle. Les pensionnaires – sauf les plus anciens d’entre eux – sont par deux. Cette pratique de la loge « collective » est ancienne, et pas seulement pour la figuration.
Au XVIIe siècle, on est comédien en famille et de père en fils. Il n’est pas rare qu’un couple de comédiens partage une loge : en 1690, les Guérin (Mlle Guérin n’est autre qu’Armande Béjart), les La Grange, les Raisin, dans la première troupe.
Mais à la fin du XVIIIe siècle, la cohabitation est parfois plus « subie » qu’acceptée. L’affaire de la loge de Mlle Raucourt qu’aucune comédienne ne peut supporter, est un véritable feuilleton.
En septembre 1774, Mlle Dumesnil s’entend avec Mme Drouin pour chasser de sa loge Mlle Raucourt. Les échanges laissent supposer que des bruits courent sur son manque de moralité, ce qui ne permettrait pas à Mlle Dumesnil de partager sa loge avec elle :

« Mlle Raucourt m’a dit que je me plaignais d’elle, et que j’avais dit que la loge servait à tenir de mauvais lieu. Je n’ai de ma vie tenu de propos contre personne, et n’ai point eu l’honneur de voir mes Supérieurs. J’ai toute ma vie été seule dans ma loge, je désire y être encore : deux personnes jouant sans cesse ensemble s’incommodent sans le vouloir ; et quand j’ai consenti à partager avec Mlle Raucourt, je croyais que ce n’était que pour un temps. Si la difficulté des logements du théâtre exige que l’on soit deux ; vous et moi désirons d’être ensemble, nous nous convenons depuis bien des années ; cela ne doit rien faire à Mlle Raucourt, elle trouvera à s’arranger et nous serons tous contents. Elle a fait dépense de papier, il est possible de lui en tenir compte : enfin mes camarades peuvent arranger cela avec elle. »

Un nouvel état des loges est alors publié, Mlle Raucourt demeurant seule.

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  • Registre des assemblées 1772-1775. Etat des loges des acteurs et actrices, 1774 © Coll. Comédie-Française

En mai 1775, le feuilleton rebondit. Mlle Dumesnil demande à être seule et en appelle à l’Intendant des Menus plaisirs, le Maréchal Duc de Duras. Mlle Saint-Val, ennemie déclarée de Mlle Raucourt, refuse de cohabiter avec elle, prétextant l’encombrement de leurs garde-robes respectives. Le Maréchal intervient et menace de révoquer l’organisation précédente.

« Mlle Dumesnil ayant demandé depuis très longtemps à être libre dans sa loge, il est étonnant qu’elle ne soit point encore satisfaite à cet égard. En conséquence Mlle Saint-Val s’habillera avec Mlle Fanier, comme elle a jusqu’à la mort de Feulie, ou recevra dans la loge ou elle est actuellement, Mlle Raucourt pour s’habiller avec elle. Signé Mal duc de Duras
Réponse de Saint-Val
Monsieur, J’ai eu l’honneur de m’expliquer à l’Assemblée, et je dis alors qu’il m’était impossible de m’habiller avec une tragédienne ; que si on voulait me donner une des dames qui ne jouait que dans la Comédie, j’y consentirais ; mais autrement j’aimerais tout autant m’habiller dans un corridor ; et je prendrai ce parti là, si vous ne cherchez pas une autre place pour Mlle Raucourt. Je ne suis étonnée de rien, et je m’attendrai toujours à être traitée comme la dernière des servantes. J’attends vos ordres, Monsieur, pour faire tout ôter de ma loge. J’ai l’honneur d’être etc. Signé de Saint Val ce 8 mai 1775.
PS : Si Mlle Raucourt ne jouait que dans la Comédie, je m’en ferais un plaisir ; car elle est aussi aimable et estimable que les autres camarades. Montrez-lui ma lettre. Mais j’ai besoin pour mes rôles d’être seule lorsque je m’habille. Il me souvient fort bien qu’il fut convenu à l’Assemblée qu’on mettrait la Dame Bonioli dans ma loge ; et que Mlle Raucourt aurait la sienne. Voilà de quoi je me souviens très bien. »

Mais le 12 mai, l’affaire est toujours en cours et on en appelle à nouveau aux supérieurs hiérarchiques :

Rien n’est moins prêt d’être arrangé que l’affaire de la loge de Mlle Dumesnil, si le Comité ne reçoit pas un ordre précis de Nosseigneurs les Supérieurs de faire enlever les effets de la Demoiselle Raucourt. Comme il n’est pas possible de faire habiller ensemble les Demoiselles St-Val et Raucourt, on a trouvé un autre tempérament, qui est de prendre la loge de la De Bonioli et de la destiner pour Mlle Raucourt ; et de faire habiller la Dame Bonioli avec la Demoiselle St-Val : la chose est déjà convenue entre les Dames Bonioli et St-Val. Pour la Demoiselle Raucourt, on ne peut en tirer une réponse honnête et raisonnable. Pour terminer cette tracasserie, le Comité supplie Nosseigneurs les Supérieurs de lui adresser un ordre de faire enlever, avec toutes les précautions, les ménagements et les attentions possibles, les effets de Mlle Raucourt et de les faire placer dans la loge de la Dame Bonioli dès qu’elle sera démeublée.

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  • Mlle Raucourt dans son costume d'Agrippine (Britannicus, Racine), huile sur toile d’Adèle Romance-Romany, [1812] © A. Dequier, coll. Comédie-Française
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  • Mlle Dumesnil dans le rôle d’Agrippine (Britannicus, Racine), huile sur toile de Donat Nonnotte, 1754 © A. Dequier, coll. Comédie-Française
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  • Mlle Saint-Val aînée dans le rôle de Mérope (Mérope, Voltaire), buste en marbre de Charles Ricourt © A. Dequier, coll. Comédie-Française

Solitude de l’acteur Jean Cocteau, Les Monstres sacrés, portrait d’une pièce en trois actes, Gallimard, 1948.

Le premier acte de la pièce, écrite pendant la guerre, dédiée aux acteurs et dédicacée à Jean Marais, se situe dans une loge de théâtre. La pièce, écrite en pensant à Réjane, Sarah Bernhardt et Greta Garbo, jouée par Yvonne de Bray avec un lever de rideau interprété par Edith Piaf (théâtre Michel à Paris en 1940), hésite entre le vaudeville et le drame. En 1966, la pièce est reprise dans une mise en scène d’Henri Rollan aux Ambassadeurs avec Arletty, habillée par Yves Saint-Laurent pour son dernier rôle au théâtre. En 1993, une reprise est programmée aux Bouffes-parisiens avec Michèle Morgan et Jean Marais.

Acte I
La loge d’Esther au Théâtre dont elle est la directrice. Loge classique de la grande comédienne. Au fond, vastes paravents superposés. Ces paravents sont tendus de mousselines de toutes les nuances de l’arc-en-ciel. Coiffeuse à gauche en pan coupé. Un petit paravent chinois l’encadre. A droite, porte sur le couloir. Divan, fauteuils, chaises, corbeilles de fleurs avec nœuds de rubans. Tapis rouge très usé, carpette. Les lumières viennent de lampes et d’ampoules nues à droite et à gauche du miroir de la coiffeuse. Le tout couleur perle.
Au lever du rideau, la loge est vide. Esther, cachée derrière le paravent de la coiffeuse parle très fort à son habilleuse qu’elle croit dans la loge. On voit ses bras qui s’agitent. Elle se déshabille et, tout en parlant, elle accroche une robe de chasse à courre en haut du paravent. C’est sa robe du dernier acte de l’œuvre qu’elle interprète, « La Curée ».

Scène 1
Esther seule, invisible, derrière le paravent

Esther. – Tu m’écoutes, Loulou ? C’est fini, fini, fini. Cette fois je me décide. J’enlève les avant-scènes. Voilà douze ans que j’hésite, mais, cette fois, c’est le comble. Ces avant-scènes me rendent folle. Douze ans, par paresse, par avarice, on supporte une chose qui vous rend folle. Nous fermons dans sept jours. Dans huit jours je mets les ouvriers dans le théâtre. Tu m’écoutes ? Déjà on avait l’impression d’avoir des gens à quatre pattes dans votre chambre, des hommes qui vous clignent de l’œil, des femmes qui touchent l’étoffe de vos robes, mais ce soir, ce soir c’était le bouquet. Loulou, tu m’écoutes ? Une vieille folle, au dernier acte – je retiens le contrôle. Elle doit être sourde et, au dernier acte on me la fourre dans l’avant-scène de droite – une vieille folle qui haussait les épaules, de toutes ses forces, chaque fois que j’ouvrais la bouche. Casimir me chuchotait : « Tu as vu la folle ? »… D’abord je ne m’étais pas rendu compte que c’était un tic, je me disais : elle me trouve ridicule. Mais elle continuait, elle n’arrêtait pas de hausser les épaules et, comme je vois tout, je voyais les premiers rangs d’orchestre qui riaient, qui ne suivaient pas la pièce. Ce qui me dépasse, c’est Charlotte ! Quand elle joue, elle est en extase. Tu crois que ça la dérangeait. Pas le moins du monde. Elle allait, elle allait, elle me regardait avec surprise comme si j’étais malade. Elle ne voyait pas la folle. Je l’aurais tuée. Heureusement que je sors de scène avant eux tous. J’aurais fait un esclandre. J’aurais dit : qu’on enlève cette femme qui a des tics, ou je ne joue plus. Tu m’écoutes, Loulou ? On ôte les avant-scènes. Elles sont mortes. Passe-moi mon peignoir à maquillage… Loulou… Loulou… mon peignoir. (Elle contourne le paravent et apparaît en robe blanche, très élégante, très vaste. Elle s’aperçoit qu’elle parlait dans le vide et reste stupéfaite.) Ça, par exemple… Décidément… Il y a une heure que je parle dans le vide… (Elle se dirige vers la porte et crie.) Loulou !... Loulou !

Les monstres sacrés de Jean Cocteau sont, entre autre :

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  • Jean Marais dans Britannicus de Jean Racine, 1952. Photo.Teddy Piaz
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  • Sarah Bernhardt dans sa loge. Carte postale Nos artistes dans leur loge, photo. Comœdia © Coll. Comédie-Française
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  • Edouard De Max dans L'Aiglon d’Edmond Rostand. Photo. Paul Berger
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  • Mounet-Sully, Oedipe dans sa loge. Photo. Mairet © Coll. Comédie-Française

Messieurs, mesdames, en scène !

Aujourd’hui, c’est par cette apostrophe, diffusée par les haut-parleurs dans tout le théâtre, et jusque dans chaque loge, que le régisseur général demande à tous de gagner leurs places pour le début de la représentation. Appeler les comédiens pour éviter toute erreur a toujours été une préoccupation.
Jusqu’en 1778, c’est une cloche qui sonne le rappel. À partir de cette date, le garçon de théâtre appelle les acteurs dans les couloirs et doit se présenter devant chaque loge.
En 1841, on engage des travaux pour organiser un réseau de sonnettes et de cordons d’appel, pour la somme de 200 francs.
Le garçon de théâtre est remplacé par « l’aboyeur », et en 1938, « L’installation de haut-parleurs dans les couloirs des loges, à la place des sonnettes, est envisagée ; le contrôleur général estime la dépense à 25000 francs. Le Comité pense que, lorsqu’un acteur n’est pas là une demi-heure avant le lever du rideau, l’aboyeur devrait prévenir le régisseur ; des instructions seront données dans ce sens aux aboyeurs. »
La Régie de coordination est maintenant responsable de ce contrôle, avant chaque représentation.

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  • Cabine de la Régie plateau, répétitions de Cyrano de Bergerac © J.-E.Pasquier / Agence Rapho, coll. Comédie-Française

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