Marie-Françoise Marchand
dite MLLE DUMESNIL

118e sociétaire

Entrée à la Comédie-Française en 1737 ; sociétaire en 1738 ; retraitée en 1776.

Elle joue à Strasbourg et à Compiègne avant de débuter en 1737 à la Comédie-Française dans les rôles de Clytemnestre (Iphigénie en Aulide, Racine), Phèdre et Élisabeth (Le Comte d'Essex de Thomas Corneille). Elle est engagée pour doubler Mademoiselle Balicourt dans les reines de tragédie et jouer les soubrettes en troisième après Mesdemoiselles Quinault et Dangeville.

C'est dans la tragédie que Mademoiselle Dumesnil donne la pleine mesure de son talent. De grande taille, majestueuse quand il le faut, elle met dans son jeu une flamme et une passion qui vont au cœur du public. Son interprétation, toute instinctive, contrairement à celle de sa grande rivale, Mademoiselle Clairon, émeut par sa spontanéité. Sans craindre la violence lorsqu'elle est nécessaire, elle terrifie dans les imprécations de Médée ou de la Cléopâtre de Rodogune (P. Corneille). Elle a les défauts de ses qualités, un jeu inégal et surtout la mauvaise habitude de bâcler un peu les passages les moins brillants pour donner toute leur importance aux tirades et aux moments pathétiques remplis de valeur émotionnelle. Elle est la première à abandonner la dignité conventionnelle de reines de tragédie en traversant la scène en courant, dans Mérope de Voltaire (1743). D'un caractère simple et plus facile que Mademoiselle Clairon, elle crée plusieurs tragédies de Voltaire : Zulime (1740), Mérope (1743), Sémiramis (1748), Oreste (1750). Elle interprète aussi Crébillon, Marmontel, La Harpe et Ducis... Dans la comédie, elle crée La Gouvernante, comédie « larmoyante » de Nivelle de La Chaussée et Le Philosophe sans le savoir de Sedaine.

Son art subit un fléchissement pendant les dernières années de sa carrière, l'âge venant. Elle forma quelques élèves, dont Mademoiselle Bourgoin, et laissa un publiciste répliquer en son nom aux méchantes attaques lancées contre elle par Mademoiselle Clairon dans ses Mémoires.
La Révolution l'ayant privée d'une partie de ses ressources, elle vécut modestement et mourut en 1803, nonagénaire.

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