Micheline
Boudet

Sociétaire honoraire

Il est un rire et une voix qui continuent de résonner dans les mémoires de ceux et celles, qui eurent le privilège d'aller à la rencontre de Micheline Boudet ou de travailler avec elle.

Cette comédienne à la démarche gracile et au sourire lumineux commence sa carrière dès l'âge de dix-huit ans au sein du corps de ballet de l'Opéra National de Paris, où elle travaille aux côtés de Jean Babilée, du chorégraphe Roland Petit et de son égérie, Zizi Jeanmaire.
Elle décide très rapidement de changer de voie et embrasse sa vocation théâtrale en rentrant au Conservatoire national d'art-dramatique, où elle est admise dans la classe de Georges Le Roy. Elle obtient dès sa première année un prix de comédie et est aussitôt engagée en qualité de pensionnaire de la Comédie-Française en 1945.

La « Petite Boudet », comme la surnomme Louis Seigner à cette époque, fait ses débuts dans la maison de Molière, dans le rôle de Lisette dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, auteur qui l'accompagnera tout au long de sa carrière. Cette jeune comédienne a durant ses premières années le privilège d'être dirigée par ce grand maître que fut Louis Jouvet, dans Le Cantique des cantiques de Jean Giraudoux. Elle excelle tout d'abord dans le répertoire des rôles de servante ou de jeune première, telles que Marianne dansL'Avare (mis en scène par Jean Meyer), Hyacinthe dans Les Fourberies de Scapin de Molière ou encore dans les rôles de Lucette dans La Bonne Mère et de Silvia dans Arlequin poli par l'amour de Marivaux (mis en scène par Gaston Baty et Jacques Charon).

En 1950, sous la direction de Pierre-Aimé Touchard, Micheline Boudet devient la 414e sociétaire de la troupe. Elle s'illustre avec une fougue et un ravissement décuplé dans son interprétation de La Double Inconstance de Marivaux, aux côtés de son alter ego masculin Robert Hirsch, qui débuta aussi avec la danse quelques années plus tôt.
Jacques Charon, metteur en scène de ce spectacle, avouera, qu'il venait de former « un couple idéal ». À partir de là son répertoire commence à se diversifier : elle joue dans des pièces de Shakespeare, de Georges Courteline, d'Eugène Labiche, d'Édouard Bourdet, de Gérard Bauer ou encore de Jean Sarment. Elle joue, sous la direction de Pierre Dux, le rôle d'Agathe dans Électre de Jean Giraudoux, tout en alternant avec le répertoire classique et celui des Lumières qui lui tient à cœur : tout particulièrement Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, dans le rôle mythique de Suzanne.

Avec le répertoire de Georges Feydeau (Un Fil à la patte, Le Dindon, Feu la mère de Madame) elle trouve toute sa mesure dans la mécanique impitoyable et drolatique de ce dramaturge. Elle reprendra en 1966 le rôle de Mme Gamberone dans Un Voyageur de Maurice Druon, créé Salle Richelieu quelques années plus tôt dans une mise en scène de Jean Piat, avec qui elle collaborera à nouveau pour une création :Si Camille me voyait !... une pièce radiophonique de Jean Dubillard, créée durant la saison 1970/1971.
En-dehors de la Comédie-Française, Micheline Boudet mène une carrière brillante dans le théâtre privé, dans lequel elle voyage passant de Sacha Guitry, à Jean-Pierre Grédy et Pierre Barillet ou encore Victor Lanoux et George Bernard Shaw avec Pygmalion (mis en scène par Bernard Murat) au Théâtre Hébertot en 1991.
Au cinéma, elle joue dès 1946 auprès de Raimu dans L'Homme au chapeau rond de Pierre Billon, ainsi que dans Il n'y a pas de fumée sans feu de Pierre Cayatte en 1973. Elle apparaît aux côtés de Fabrice Lucchini dans Rien sur Robert de Pascal Bonitzer et dans Le Créateur d'Albert Dupontel en 1999.

Parallèlement Micheline Boudet se consacre à la solitude du métier d'écrivain, en publiant de nombreux ouvrages : notamment La Baladeuse aux Éditions Albin Michel (1979) ; Ami, Amant ou Le Roman d'un souffleur aux Éditions Plon (1984). Avec son livre Mademoiselle Mars, l'inimitable publié en 1979 chez Perrin, elle revient sur son métier en consacrant un premier livre à sa devancière, qui fit carrière dans la même troupe qu'elle au début du XIXe siècle. Mademoiselle Mars (de son vrai nom mademoiselle « Boutet ») est, comme elle l'écrira, ce « Diamant de la Comédie-Française ». À travers ce livre, elle avouera « avoir eu l'impression de raconter la vie d'une autre elle-même ». Son dernier livre, Viens voir les comédiens parait en 1997 aux Éditions Albin Michel.

Un portrait d'acteur et un hommage lui ont été rendus par la Comédie-Française, au Théâtre du Vieux-Colombier au mois d'avril 2008.

À la Comédie-Française

2007-2008